Triobole éginétique réduit ou drachme symmachique? moreIn : Revue Belge de Numismatique et de Sigillographie, 151, 2005, p. 39-48 |
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REVUE BELGE
DE
NUMISMATIQUE
ET DE SIGILLOGRAPHIE
EXTRAIT
CLI - 2005
BELGISCH TIJDSCHRIFT
VOOR
NUMISMATIEI(
EN ZEGELKUNDE
OVERDRUK
BRUXELLES - BRUSSEL
CHARLES
DOYEN (*)
TRIOBOLE ÉGINÉTIQUE RÉDUIT OU DRACHME SYMMACHIQUE? (**)
Prodrome
La frappe, à l'automne 336, d'un monnayage amphictionique de poids éginétique (') répond à la volonté de Philippe II de Macédoine, qui utilise l'Amphictionie delphique pour asseoir son pouvoir en Grèce. Cependant, dès le printemps 335, les émissions amphictioniques s'interrompent: la monnaie impériale d'Alexandre le Grand est frappée au poids attique C). Ainsi, durant la première moitié du II{ s., les monnaies aux types d'Alexandre et des Diadoques inondent le marché grec: l'étalon éginétique est condamné à disparaître. Au cours de la seconde moitié du III" s., la Ligue achéenne se reconstitue, les Ligues étolienne, acarnanienne, béotienne et thessalienne émergent: toutes adoptent un nouvel étalon monétaire, que les textes de Grèœ continentale et de Délos invitent à appeler « symmachique » Notre article vise à démontrer que cet étalon se base sur une drachme assimilée à l'ancienne drachme corinthienne (c. 2,90 g) et reprend les mêmes subdivisions que l'ancien étalon éginétique (35 statères à la mine). À cette fin, nous examinerons d'abord les informations épigraphiques et littéraires dont nous disposons au sujet du monnayage symmachique et exploiterons ensuite deux documents épigraphiques: le a~6p8w[J.Q(
n.
(*) Charles DOYEN. Université catholique de Louvain, Département d'Études grecques, latines eL orientales. TIue de la Solitude na, B-7540 Rumillies. E-mail: doyen@egla.ucl.ac.be (**) Nous tenons à remercier vivement :VI. le Professeur P. l\1archetti, qui nous initia à la numismaLique et guida cette éLude. Nous remercions également Mille le Professeur A.-l\I. Doyen, pour sa relecture attentive eL ses remarques judicieuses. (1) Cf. P. I\1ARCHETTI, Autour de la {rappr du nouvel amphictionique, dans REN, H5, 1999, p. 99-113, ainsi que CID IV (Documents l1mphictioniques), 9. (2) Les téLradrachmes frappés par Philippe II de Macédoine pesaienL c. 14,5 g (cf. G. LE RIDER, Le monnayage d'argent et d'or de Philippr II frappé en Macédoine de 359 d 2.94, Paris, 1977, p. 343-363). La frappe des émissions de Philippe II (en étalon thracomacédonien) perdura quelque Lemps, mais Alexandre adopta l'étalon aLtique pour son propre monnayage d'argent (ibid., p. 441-442). (3) Cc monnayage ({ symmachique », frappé en Grèce continentale duranL la basse époque hellénistique, ne présente aucune similarité avec le monnayage ({ symmachique » de :\lileL au IVe S. Sur ce dernier, cf. :\I.-Chr. MAnCELLESI, 1VIilet. Des Hécatomnides d la domination romaine. Pratiques monétaires ri histoire de la cité du IV' au 1/ sie'c/e av. J.-c., Mayence, 20lB, p. 27-611.
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d'Auguste (lG IX 2, 415), ainsi qu'un traité conclu entre deux Ligues (lG 2 IX l, 3).
1. L'étalon des Ligues
1.1. L'à(!yv(!wv aVlij.jaXlxov
A. Giovannini relève cinq occurrences de l'&pyûpwv aU[L[LIXX~XÔv et tente d'identifier cet étalon monétaire e). Les inventaires déliens mentionnant des aU[L[LIXX~x& C) et des aU[L[LIXX~XIX[ (") [co 145-140], ainsi qu'une inscription d'Orchomène C) [co 70], fournissent un cadre chronologique: le monnayage symmachique aurait circulé entre la seconde moitié du Ile et le début du {r s. En outre, l'examen des témoignages épigraphiques livre certaines observations: l'inscription de Thespies (") fait état de dépenses en &pyûpwv aU[L[LIXX~Xôv ("); celle d'Orchomène révèle que le monnayage symmachique compte 35 statères ou 70 drachmes à la mine; les comptes de Pompidas CO), que le monnayage béotien, comme d'autres monnayages ayant cours légal en Béotie, se rattache au système symmachique; le « scandale de 125» CI), enfin, que les Amphictions utilisent, au Ile s., un système symmachique où la mine vaut 35 statères et où le talent, plus léger, s'oppose au talent attique (dit aTEpEôç, « lourd »). A. Giovannini voit en l'&pyûpwv aU[L[LIXX~xôv l'étalon des Confédérations et de quelques cités péloponnésiennes. À cause de la division de la
(4) A. GIOVAIÇIÇIIÇI, Rome et la circulation monétaire en Gréce au II' siécle auant JésusChrist, Bâle, 1978, p.t3-51. Pour les interprétations antérieures de ce terme, cf. notamment G. COLIN, Inscriptions de Delphes, dans RCH, 27, 1903, p. 140, n. 1; Th. REINACH, Inscription d'Orchome'ne d'Arcadie, dans BCH, 28, 1904, p. 12; l'Il. FEYEL, L'argent symmachique en Gréee centrale au second sie'cle auant notre eTe, dans REG, 52, 1939, p. XI-XII [résumé d'une communication] et S. ACCAME, Il dominio Romano in Grecia dalla Guerra AcaiCl1 ad Augusto, Rome, 1916, p. 117-120. (5) ID, 1112 B, 1. 52; 14,13 A, col. J, 1. 150 [in lac.]; 1449 Aab, col. II, 1. 24; 1466, 1. 5 [in lac.]. (6) ID, 1139 Abc, col. II, 1. 36-37 [in lac.]; 1443 A, col. l, 1. 163 [in lac.]; 1450 A, 1. 108. (7) IG \. 2, 315, 1. 21. (8) IG VII, 1713, 1. 7, 8 et 11. (9) Cf. A. GIOVANNINI, op. cil. ln. 4], p.43. Selon C. GRANDJEAN (Les comptes de Pompidas (IG V II 2426). Drachmes d'argent symmachique et drachmes de bronze, dans BCH, 119, 1995, p. 13-14), il s'agit plutôt d'inventaires « des phiales en argent (00') et des monnaies (00') constituant le trésor d'un concours 1): le poids des phi ales est précédé tantôt de la mention oÀxoc 1tÀ()(TÉOÇ - 1tÀ()(TÛÇ équivaudrait dans ce contexte financier à GTsps6ç, (, lourd 1) - , tantôt de la mention oÀxoc GOUfLfL()(X~xw. (10) IG VII, 2426. (11) PD III 1, 276-284, complété par CID IV (Dowments Amphictioniques), 119: les Amphictions débattent de la nature des talents détournés des fonds sacrés par les Delphicns.
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mine en 35 statères et de la prèsence de pièces pesant c. 5 g (soit ~ Ir, d'une drachme èginétique « lourde ») dans ces régions, il nomme cet étalon « éginétique réduit» ('2), en postulant que la drachme éginétique a subi une légère dévaluation au Ille s. pour équivaloir à deux drachmes corinthiennes C"). Selon cette optique, l'étalon symmachique est le résultat de la fusion, au cours du Ile s., des étalons éginétique et corinthien. Pour expliquer le terme crufLfLIXX~x6v, A. Giovannini rappelle que de nombreux « trioboles» de la Confédération achéenne circulent dans le Péloponnèse au cours de la seconde moitié du Ile S. Ce monnayage a pu être appelé &pyûpwv &xlX~~x6v, mais une telle dénomination devient caduque à partir du moment où, en 146, les Romains circonscrivent la Ligue achéenne au territoire de l'Achaïe: de nombreuses cités, après avoir recouvré leur liberté, frappent encore des monnaies de poids « achéen ». Le terme crufLfLlXX~x6v se serait alors substitué à celui d'&XIX~~x6v, d'autant plus naturellement que la Ligue achéenne a peut-être été réinterprétée après coup comme une crufLfLlXX(1X (14). C. Grandjean ( 5 ), reprenant l'étude de l'inscription IG VII, 2426, s'est immédiatement heurtée au cadre chronologique proposé par A. Giovannini: les comptes de Pompidas sont antérieurs à 146 (W) et l'inscription de Thespies date du début du Ile S. ('7). Dès lors, si elle accepte l'hypothèse selon laquelle l'&pyûpwv crufLfLlXX~x6v correspond à l'étalon que les Modernes nomment « éginétique réduit », C. Grandjean conteste, en revanche, l'étymologie qu'A. Giovannini entre(12) A. GIOVANNINI, op. cit. [no 4], notamment p. 48-49. L'étalon (, éginétique réduit ,) est également nommé (, corcyréen », bien que celle dénomination ne soit attestée dans aucun texte (ibid., p. 10, Il. 24 et p.10). Ces deux appellations nous semblent peu appropriées, cf. infra. (13) Cf. A. GIOVANNINI, op. cit. [no 4], p.18-49. Ce modèlc explicatif a introduit chez les numismates la notion dc « triobole éginétique réduit»: cf. notamment J.A.O. LARSEN. Greek Federal States. Their Institlltions and History, Oxford, 1968, p. 234; A. GIOVANNINI, op. cit. [no 4], p. Il; C. GRANDJEAN, lac. cit. [no 9], p. 16-17 [Lacédémone]; EAD., Monnaies et cirClllation monétaire à 1Hesse'ne dll second sie'de av. J.-c' ail premier sie'cle ap. J.-C., dans Topai, 7/1, 1997, p. 115-122 [Messènc et Ligue achéenne]. (14) Polybe (II, 37, 10) utilise d'ailleurs le terme crufLfLIXX~x6ç en évoquant la Ligue achéenne: wcr're: fLY, fL6vov crufLfLIXX~X~V xd (fnÀ~x~v xmvwvLIXv IEIOVÉVIX~ npIX1fL'XTWV
ne:pl IXlhouç, &:ÀÀ&: xIXl v6fLO~Ç Xp'Yjcr(JIX~ ,oTç IXù'roTç xIXl cr'rIX(JfLoTÇ xIXl fLÉ'rpmç xd VOfLLcrfLIXcr~, npàç ùÈ: 'ro{rro~ç &PXOUQ'L ~ouÀEU,IXTç ùLXIXcr'rIXTç 'roTç IXù'roTç [texte édité par P. PÉDECH, CU/<', Paris. 1970], « de sorte que, pour eux, n'est pas seulement apparue
unc communauté politique basée sur J'alliance el l'amitié, mais aussi l'usage des mêmes lois, des mêmes poids et mesures, des mêmes monnaies el, en outre, le recours aux mêmes archontes, aux mêmes bouleules, aux mêmes juges '). (15) C. GRANDJEAN, lac. cit. [no 9], p. 1-26. (16) Ibid., p. ,1-5 rejette la dalalion basse [seconde moi lié du II" s.] proposée par W, Dillenberger - et adoptée par A, Giovannini - pour se rallier, après P. ROESCH (Thespies et la confédération béotienne, Paris, 1965, p. 177, Il. 1), à une datation haute [enlre 170 et 150]. (17) C. GRANDJEA:-.I (lac. cit. [no 9], annexe I, p. 22-24) en fournit une nouvelle lecture effectuée par P. Hoesch; pour la datation de celle inscription, cf. ibid., p. 1:3-1<1.
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voit pour le terme aU[L[LIXX~XOV : d'une part, cette expression, d'après la datation haute des inscriptions de Thèbes et de Thespies, est apparue bien avant 146, d'autre part, la Confédération achéenne « était un État fédéral et pas une entente internationale de caractère militaire » CR) et les Grecs distinguaient clairement, au Ile s., le xo~vov de la aU[L[LlXxtlX. La proposition de M. Feyel correspond mieux au cadre chronologique adopté par C. Grandjean, mais limite, une fois de plus, les perspectives à la Confédération achéenne et à l'alliance qui fut conclue avec Rome entre 196 et 192/1 CD). C'est pourquoi C. Grandjean, cherchant à mettre l'&pyûpwv aU[L[LIXX~XOV en rapport avec « une symmachie conclue entre le milieu du Ille siècle (date des premières monnaies d'étalon éginétique de Grèce centrale et du Péloponnèse) et le début du Ile siècle (date de l'inscription la plus ancienne du dossier) » eO) penche pour la Symmachie Hellénique fondée en 224/3 à l'initiative d'Aratos et d'Antigone Dôson CI), qui englobe les Achéens, les Béotiens, les Acarnaniens et les Épirotes. L'expression &pyûpwv aU[L[LIXX~XOV serait donc apparue dès les années 224-217, lorsque la Symmachie s'opposa à Cléomène III de Sparte (224/3-222) avant d'affronter les Étoliens alliés aux Éléens et aux Lacédémoniens (guerre des Alliés, 220-217). Les hypothèses de C. Grandjean ne manquent pas de provoquer la perplexité: Polybe atteste que la Confédération achéenne est d'abord et avant tout une aU[L[LlXxtlX ("") et, de ce fait, le postulat selon lequel xmvov et aU[L[LIXX tlX sont deux réalités absolument distinctes dans l' espri t des Grecs du Ile s. risque fort de n'être qu'une vue de l'esprit (""). De plus, le
(18) Ibid., p. 15. (19) M. FEY EL (loc. cit. ln. -1], p. XII) suggère que les alliances conelues entre la Grèce et Rome après la deuxième guerre de Macédoine peuvent expliquer le terme
crufLfLOtX~x6v.
(20) C. GRANDJEAN, lac. cit. ln. 9], p. 21. (21) Ibid., p. 17 et 21; sur la Symmachie hellénique, cf. également Cl. PHÉAl!X, Le Monde hellénistique. La Gréer et l'Orient de la mort d'Alexandrr ri la conquête romaine de la Gre"ce. 323-146 avant J.-c. (Nouvelle Clio. L'histoire ct ses problèmes), Paris, 2002", t. l, p. 148-15:~ el 2002"', t. II, p.464-465. Polybe, en évoquanl celle alliance, ulilise bien le terme crufLfLOtX[Ot (cf. p. ex. Polybe, IV, 9). (22) Cf. n. 1<1. (23) V. EIIHENBERG (J:État grec [trad. Cl. PICAVET-Roosj, Paris, 1976, p. 178 ct 182216) distingue clairement trois types d'entités dépassant le cadre des Etats: les unions à caractère culluel (Amphictionie [tXWfnxTLov[Ot]), polilieo-mililaire (Symmachie hégémonique [crufLfLOtX[Ot]) ou institutionnel (Fédération [xo~v6v ou Ë8voç]). Le savant allemand souligne par ailleurs que la Confédération achéenne hellénistique, au moment de son apogée, comptait une soixanlaine de cités dispersées dans tout le Péloponnèse et (, n'admettait en son sein aucun koinon en tant que tel » (p. 2(7). D'autre part, P. CABANES (Recherches sur les États Fédéraux en Grr'ce, dans CUist, 21, 1976, p. 393) note que (' le nom de koinon s'applique parfois à des groupements qui n'ont rien d'un Élat fédéral, ( ... ) pour des groupements à caractère religieux (orgeones et thiasôtai); il est également employé pour des alliances militaires placées sous l'hégémonie d'un souverain étranger extérieur au groupement » et C. GRANDJEAN elle-mème (lac. cit. ln. 9], p. 12, Il. 31) doit
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stratège et l'armée fédérale jouent un rôle primordial au sein de la Ligue achéenne hellénistique (24). Enfin, il est certain que les émissions monétaires antiques servent avant tout à payer les troupes. Rien d'étonnant, dès lors, à ce que, en matière de monnayage, l'accent soit mis sur l'aspect militaire de la Ligue, plutôt que sur ses structures politiques. En définitive, il ne nous semble pas nécessaire d'évoquer la Symmachie hellénique: l',xpyûpwv crufLfL(XX~xÔV est l'étalon utilisé par les Ligues (achéenne, étolienne, acarnanienne, thessalienne et béotienne) pour payer leurs soldats, ce qui explique l'emploi, dès le début du Ile s., d'un adjectif apparemment réservé aux seules alliances militaires. Les supputations visant à donner une autre origine au terme crufLfL(XX~XÔV nous paraissent vaines. Par contre, le consensus des Modernes pour identifier l'étalon symmachique à un « étalon éginétique réduit » doit être remis en question. Pour ce faire, nous examinerons ci-dessous les renseignements fournis par Polybe au sujet du monnayage hellénistique. 1.2. La « drachme polybéenne
1)
Deux passages des Histoires permettent de fixer la valeur de la drachme polybéenne par rapport au denier. Le premier pose une équivalence entre un demi-as et le quart d'une obole (25). Le second, qui nous renseigne sur la solde de l'armée romaine er,) - deux oboles par jour pour les légionnaires, quatre oboles pour les centurions, une drachme pour les cavaliers - prouve, d'une part, que la drachme polybéenne vaut six oboles 7 ), d'autre part, que la « retarification » du denier est antérieure à l'œuvre de Polybe eS). En vertu de ces équivalences, nous pouvons établir:
e
reconnaître que, dans une inscription au moins (SGDI 1336, datée de c. 317-297), l'expression ol crufLfLotXOL désigne bel et bien les membres d'une fédération. Enfin, M.-Chr. MARGELLESI (op. cil. In. 31, p. 41-42) montre, dans l'étude du monnayage symmachique de Milet, que la crufLfLotX[ot n'exclut pas des formes d'alliances plus élaborées et plus durables qu'une simple alliance mililaire. (24) Cf. notamment J.A.O. LARSEN, op. cil. ln. 13], p. 215-240; Cl. PRÉAUX, op. cit. ln. 21], t. II, p. ,11,8-473. (25) Polybe, II, 15, 6. (26) Polybe, YI, :39, 12. (27) Tite-Live indique que le fantassin romain perçoit le simplex slipendillm, le cavalier le triplex stipendium (cf. notamment P. MARCHETTI, Histoire économiqlle el monétaire de la dellxie'me gllerre pllniqlle, Bruxelles, 1978, p. 198-209): trois fois deux oboles donnent donc une drachme. (28) Avant la « relarification 1), le denier vaut dix as sextantaires; après, il s'échange contre seize as onciaux, comme en témoigne Pline l'Ancien (N.H., XXXIII, 13, 44-45). Sur l'interprétation correcte de ce passage de Pline, cf. P. I\L-\RCHETTI, Nllmismatiqlle romaine el Hisloire, dans Cahiers dll cenlre G. Glolz, 4, 1993, p. :35-42. Si Polybe écrit avant la (1 relarificalion 1), la solde journalière de deux oboles - ou quatre as - équivaut ù '/.-, de denier par jour, soit 144 deniers par an; s'il écrit après la réforme, cette
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Y2 as oncial 2 as onciaux 12 as onciaux 16 as onciaux
Y. d'obole polybéenne 1 obole polybéenne drachme polybéenne denier romain
Il s'ensuit nécessairement que, dans le système polybéen, une drachme vaut % de denier. Étant donné l'équivalence connue entre un denier et une drachme attique, nous devons conclure, avec P. Marchetti (""), que la drachme polybéenne vaut % de drachme attique ("0).
1.3. Métrologie
L'étalon de Polybe permet de fixer la valeur de l'&pyupwv (jUfJ.fJ.IXX~x6v. Puisque la drachme polybéenne équivaut à '% de drachme attique [c. 4,15 g] CI), nous obtenons un poids théorique de c. 3,10 g. En pratique, le poids de la drachme corinthienne [c. 2,80 g] sert de référence ('"), même si les monnaies retrouvées dans les trésors pèsent c. 2,30-2,50 g:
solde équivaut à Y4 de denier par jour, soit 90 deniers par an. Comme le soulignent l'. l\IARCHETTI (op. cil. [n.271. p. 192-197) et A. GIOVA;\fNINI (La solde des Iroupes romaines d ['époque républicaine, dans M H, 35, 1978, p. 2(1), la seconde hypothèse s'accommode mieux avec les informations données par Suétone (Diu. lui., 26, 5) et Tacite (Ann., I, 17,6): la solde aurait été doublée par César (180 deniers par an) et encore augmentée par Augusle (pour arriver à 225 deniers à la fin de son principal). (29) Cf. notamment P. l\IARCHETTI, op. cil. In. 27]. p. 197-198, malgré le sceplicisme affiché par A. BUHNETT (A Survey of Nllmismalic Research 1978-1.984, Londres. 1986, p. 33). (30) Par ('ontre, A. Giovannini postule que la drachme polybéenne esl une drachme attique et équivaut à un denier (lac. cil. In. 28]. p. 2(0). Pour respecter l'équivalence « Y2 as = Y4 d'obole », le savant suisse doil donc admettre que la drachme polybéenne se divise en huit oboles. Cette hypothèse a été nettement réfutée par P. l\IAHCHETTI, Une mise au poinl sur la valeur en denier de la drachme polybél'TlTle, dans RHN. 124, 1978, p. ,19-52. (31) Nous nous appuyons sur les données fournies par 1\1. THOMPSON (The New SIyle Silver Coinage of AIhens, New York, 1961, t. I, p.6'12-(48). La chronologie haute proposée par 1\1. Thompson doit, naturellement, ètre revue: cf. D.I\l. LEWIS, The Chronology of Ihe AIhenian New SIyle Coinage, dans NC, s. 7, 2, 1962, p. 275-300; O. :\10RKHOLM, New SIyle Coinage of A/hem, dans ANS;~lN, 29, 1984, p.29-42 et Fr. DE C.'ŒLATA Y, Les monnaies au nom d'Aesilllls, dans I/aliam fato profugi Hesperinaque venerun/ li/ora. Numismatic Studies Dedicatcd to Vladimir and Elvira Eliza Clain-Stefanelli, Louvain-la-Neuve, 1996, p. 113-151. (32) Nous sommes conscient du hiatus qui subsiste entre le poids théorique et le poids effeclif. Cependant, cette situation n'a rien d'exceptionnel en dehors de l'étalon attique. Ainsi, au IVe S., à j'occasion de la frappe du nouvel amphictionique, les comptes de Delphes indiquenl comme &.rroucrLrx la différence entre le poids réel des monnaies ct leur valeur théorique, cf. O. PICARD, Les monnaies des comptes de Delphes d apousia, dans D. KKOEPFLER (éd.), Comptes et inventaires dans la cité grecque. Arles du colloque inlernational d'épigraphie tenu d Neuchâtel du 2;) au 26 septembre 1.986 en l'honllPur de Jacques Tréheux. Nellchàtel-Genève, 1988, p.91-101. De même, au II'' s., un lélradrachme cistophorique de Pergame (c. 12,60 g) s'échange contre trois drachmes atliques (:3 x c. 4,15 g) ou quatre drachmes plinthophores de Rhodes (4 x c. 2,90 g), d. H. :\[ICOJ.ET-PIEHRE. Numismatique grecque, Paris, 2002, p. 224-225.
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cette dévaluation pondérale s'explique par le caractère sporadique des émissions des Ligues. Lors de frappes épisodiques - liées, par exemple, aux campagnes militaires - l'institution émettrice doit, en effet, aligner le poids de ses nouvelles émissions sur celui des monnaies en circulation, sous peine de voir diminuer le pouvoir d'achat de ses nouvelles monnaies. Or, nous connaissons l'action du frai sur la circulation monétaire C'''). Les monnaies faisant l'objet de frappes irrégulières subissent donc un phénomène de dévaluations pondérales successives. Les informations livrées par Polybe, combinées aux données fournies par les documents épigraphiques, nous renseignent sur les poids originels de J'étalon symmachique. La drachme vaut % de drachme attique et pèse c. 2,80 g. Le statère de deux drachmes pèse donc c. 5,60 g, la mine de trente-cinq statères c. 196 g et le talent de soixante mines c. 11,76 kg. Certaines équivalences enlre ce système « léger » el l'étalon attique (mine de c. 415 g, talent de c. 24,90 kg) sont possibles: un talent attique comprend 8 000 drachmes symmachiques C"), une mine attique, 133 drachmes symmachiques et 2 oboles. Deux inscriptions permettent de confirmer notre hypothèse: la première prouve qu'un stalère symmachique compte deux drachmes et confirme le taux d'échange entre une drachme symmachique et % de denier; la seconde montre que le poids de la drachme symmachique est d'origine corinthienne.
2. Le cas des statères thessaliens
L'inscription IG IX 2, 115 - le ô~6p6(ùfLcx d'Auguste - pose une équivalence entre 15 statères thessaliens et 22 deniers et demi. B. Belly arrive à la conclusion que ce ô~6p6(ùfLCX impose un taux de change d'un denier pour huit oboles: « 15 statères convertis en oboles font 15 x 12
(:rl) Les pelitcs dénominations - qui sont da\"anlagc employées el onl, proportionnellcment, unc plus grande surfaee sensible à l'usure - s'usent plus rapidement que les grandes. G. LE BIDER (Sllr le (rai de certaines monnaies anciennes et contemporaines, dans NI RS, 8, 1988, p. 70-8:3) caleule, à partir des données issues du trésor de :\IeydanClkkale (Giilnar), un frai de 0,5 cg/an pour un lélradrachme (de c. 17,32 g) et de c. 0,27 cg/an pour une drachme (de c. 4,3:3 g). Pour une étude scienlifique du problème du frai, cf. Fr. DELA:I1ARE, Le (rai et ses lois 011 de l'Poo/Il/ion des espe'ces, Paris, 1991. (:H) Nous retrouvons ici les T&À(l(VT(l( fLsY&À(l( de Polybe (XXYIII, n, 13). Du point de vue d'un Achéen, les talents alliqucs sont nécessairement (, grands» ou (, lourds ». Rappelons-nous que les Amphictions, lors du (, scandale de 125 », devaient déterminer si les talents détournés étaient crTSpS& (c'est-à-dire tXTnx&) ou, au contraire, crufLfL(l(Xm&. En outre, Polybe caractérisc toujours le mot T&À(l(VT(l( de l'épithète Eù~o'(x& [cf. 1,62,9; XV, 18, 7; XXI, 17,1; 30,2; ,12, 8] lorsqu'il éYoque des talents tXpyuplou 'ATnxou (c'est-à-dirc pesant au moins 80 livres romaines, soit 25,92 kg [cf. XXI, '13,19]). Le mot T&À(l(VT(l( n'est employé seul que lorsque le contexte est suffisamment explicite [cf. Y, 89, 1 (talents ptolémaïques d'argent) et XXII, 9, 3 (talents achéens de bronze)].
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oboles, soit 180, équivalant au calcul de 180 divisé par 22 deniers Y2 (ou 45 demi-deniers et 180 divisé par 15 = 4), soit quatre oboles par demidenier, 8 oboles par denier » CO). Par ailleurs, B. Helly a établi, suite à de savantes considérations sur une tablette de bronze publiée en 1908 par G. Rensch et sur le fragment 95, 8 des Metrologicorum Scriptorum Reliquiae C';), que (, l'équivalence entre statère et denier fixée par le diorthôma d'Auguste en Thessalie est aussi une valeur correcte dans le contexte des traités de métrologie, à savoir que: 1 drachme vaut % de denier; 1 denier vaut 8 oboles ou 1 drachme et Y3 de drachme » ( 7 ). Enfin, la numismatique vient appuyer les observations de B. Helly. Le corpus dressé par F. Burrer CR) montre que le monnayage de la Confédération thessalienne à l'époque impériale (, a été établi dans un esprit de continuité rigoureuse avec le monnayage thessalien autonome des Ile et {r siècles av . .1.-c. » C"). Étant donné que, sous l'Empire, la frappe des mètaux nobles est rèservèe à Rome, seules les dènominations de bronze témoignent de la pérennité frappante des monnayages thessaliens d'époque hellénistique à l'époque impériale: l'obole d'époque hellénistique [0: 20 mm; poids: 7-8 g] correspond au diassarion d'époque impériale [0: 21-23 mm; poids: 7,5-8 g]; de même, l'hémiobole hellénistique [0: 16 mm; poids: c. 5 g] correspond à l'assarion impérial [0: 16 mm; poids: c. 5 g] (40). Nous retrouvons ici l'équation posée par Polybe: Y4 d'obole = Z2 as. Que conclure de tout ceci, sinon que l'étalon polybéen a cours en Thessalie? Un statère thessalien vaut, en toute logique, deux drachmes d'étalon symmachique, soit 2 x % de drachme d'étalon attique (tI). Une
(35) B. HELL Y, Le diorthôma d'A ugus/e fixant la conversion des s/ate'res thessaliens en deniers. Une si/ua/ion de « passage à la monnaie unique », dans Topai, 7/1, 1997, p. 65. 2 (36) Me/ralogicorum Scriptomm Reliquiae, éd. F. J-h:LTSCII, RT, Stuttgart, 1971 , t. J, p.302. (37) B. HELLY, lac. cit. [no 35], p. 77. Il est remarquable que B. lIeUy n'envisage aucunement la possibilité d'une drachme comptée à huit oboles et s'accorde de fa cio avec l'hypotbèse proposée par P. lVlarchetti. (38) F. BURRER, Münzprdgung und Geschich/e des Ihessalischen Rundes in der r6mÎschen Kaiserzei/ bis auf Hadrian (31 V. Chr.-138 n. Chr.), Sarrebruck, 1993. (39) B. HELLY, lac. cil. In. 35], p. 82. (40) F. BURRER, op. cil. [no 38], tableau 1 (p. 62) ct p. 6:3-65. (41) B. Helly, par contre, pense que ,( la drachme thessalienne, dont le poids est de 3 g (entre 2,65 et 3,(5), valait en fait, dans le cadre du système grec, une hémidrachme d'étalon éginétique et attique, qui ont les mêmes valeurs à partir du 3" siècle » (lac. ci/. ln. 35], p. 87) et déduit donc que le statère thessalien équivaut à unc drachme atticoéginétique. Autrement dit, le a~6pewfJ.()( aurait reconnu au statère thessalien une valeur double de sa valeur pondérale, en le comptant à douze oboles - plutôt qu'à six - dans ce prétendu étalon. Nous ne pouvons que nous étonner de l'aplomb awc lequel pareille démonstralion est menée! Nulle source n'attesle, en effet, une fusion entre les étalons attique cl éginétique au Ill" S.
TRIOBOLE ÉGINÉTIQUE REDUIT OU DRACHME SYMMACHIQUE?
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obole thessalienne vaut également 'Y4 d'une obole attique et l'équivalence du ô~ôp8wfJ-1X se comprend aisément: 15 statères (= :30 dr.) symmachiques 1 drachme symmachique 1 obole symmachique 22 deniers Y2 (ou 22 dr. att. Y2) % de denier (ou % de dr. att.) % d'obole attique
Il n'est donc pas nécessaire, pour préserver cette équivalence, de postuler que les subdivisions du statère thessalien sont des drachmes et hémidrachmes de poids attique C"). La présence de pièces de poids attique en Thessalie témoigne seulement de l'existence, à la fin de l'époque hellénistique, de deux étalons concurrents: l'attique et le symmachique.
3. Le traité entre les Ligues acarnanienne et étolienne
Un traité d'assistance mutuelle conelu en 272 ou en 262 entre les Acarnaniens et les Étoliens fixe une solde commune pour les troupes des deux Ligues (n): un statère corinthien par jour pour les cavaliers, de sept oboles à deux drachmes pour les hommes d'infanterie - en fonction de leur équipement. La référence au système corinthien prouve que les drachmes des Ligues sont frappées à l'origine, du moins à un poids théorique de c. 2,80 g, c'est-à-dire le poids normal d'une drachme corinthienne depuis le v" s. Le statère corinthien évoqué dans cette inscription reste certainement une monnaie de compte, équivalant à trois drachmes symmachiques, mais le ô~ôp8wfJ-1X d'Auguste révèle que le statère symmachique compte deux drachmes.
HEI.LV (lac. cil. In. :~5L p. 89 et n. R4), en suivaut J. Kroll. (43) Il s'agit de [(;" IX 1, :~, 1. 35-40: ~~TotPXOUVTlil oÈ: TOÙÇ ,x1tOO"TEÀÀofLÉvouÇ O"TpotnWT- 1 otç É:XhEpO~ T01JÇ otÙTWV afLEpiXv Tp~tÎt)WVTot. Et oÈ 1tÀdovot Xpôvov SXO~EV TiXç
(42) Comme Il' fail B.
(J, , . ,l, ' '(J, 'Cl " '" , ,., "Oot- 1 Cl ' \}O~otç XpE~otV aL fLETot1tEfL't'otfLEVO~ TotfL "oot\}O~otv, oLoOVTlil TotÇ O"~TotPX~otÇ, EO"TE Xot 1 Èv oIxov ,x1tOO"Te:lÀlilVTL TOÙÇ O"Tpot7~WTotÇ. ~~TotpX[ot O'SO"Tlil 70U 1tÀdovoç Xpôv- 1 ou TiD[ ~ [1t1tEI O"Tot ]TY,P Koplv8wç 7iXç tXfLÉpotÇ ÉXtÎtO"TotÇ, TW~ oÈ: TtXfL 1totV01tÀ[otV sxo[vn ouo OPotXfLot[]. 7WL ai: Tà ~fLLOlilptÎtX~OV Èvvé:' à~oÀo[, ~~ÀW~ Ë1t7' à~oÀo[, « Que chaque
(Ligue) fournisse du ravilaillcmenl durant trl'nle jours aux soldats qu'elle a envoyés. Si ceux qui ont réclamé du spcours avaienl hesoin de secours pour une période plus longue, qu'ils allouenl une subvention alimentaire, jusqu'à ce qu'ils renvoient les soldais cbez cux. Que la subvention de celle période plus longue soil, [pour le chevalier, un sla]tère corinthicn par jour; pour cclui qui a J'armure complète, [deux dracbmes]; pour eclui qui a la moitit' de J'armun', neuf oboles; pour celui qui est armé à la légère, sepl oboles 1).
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Conclusion
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Notre étude, en respectant les témoignages littéraires, épigraphiques et numismatiques grecs, a montré que l'étalon symmachique, quoiqu'il adopte les mêmes subdivisions que l'ancien étalon éginétique, ne doit, en aucun cas, être assimilé à un (i étalon éginétique réduit ». Comparer directement, à l'instar de nombreux numismates, la drachme éginétique du IVe S. à la drachme symmachique du Ile S. introduit dans la discussion le concept de (i triobole éginétique réduit », lequel complique abusivement la problématique des étalons monétaires à la basse époque hellénistique. Les seules mentions de (i triobole éginétique» en Grèce continentale concernent, en effet, la solde militaire aux v e et IVe S. Cl); cette dénomination n'est plus attestée dans notre documentation dès le Ille S. Par contre, le concept moderne de (i triobole éginétique réduit» force C. Grandjean à corriger la mention [œÀÀY)v (ÛpIXXf1.~V) ÀIX-Jlx(ùv~x~v XIX~ cp (ÙXlXtû [ oç] dans un inventaire dé lien daté de 162/161 eS): (i cette prétendue drachme ne peut être qu'un triobole puisque aucune drachme lacédémonienne n'est attestée » (46). Le modèle théorique fait violence à la pratique! Les nombreux (i trioboles» d'époque hellénistique, chers aux numismates modernes, sont, en réalité, des drachmes symmachiques. Voici exactement un siècle, Th. Reinach remarquait déjà: (i les seules pièces d'argent [de la monnaie fédérale achéenne] sont des drachmes légères (pesant entre 2,20 et 2,60 g), improprement qualifiées d'hémi-drachmes par les numismates » (17). Nous ne pouvons qu'adhérer à ce constat.
(44) Thucydide, Y, 47, G; Xénophon, Hell., Y, 2, 21. (-15) ID 1408 A, col. II, 1. G-7; cf. égale meut ID 1444 Aa, 1. 18. (46) Cf. notamment C. GRAND.JEA:-.1, loc. cÎl. [no 91, p. 16. (-17) Th. REINACII, lac. cÎt. !n.l], p. J().