CAESAR DIVI F et IMP CAESAR. De la difficulté de dater des émissions monétaires morePublished in: Gh. MOUCHARTE, M. B. BORBA FLORENZANO, Fr. DE CALLATAŸ, P. MARCHETTI, L. SMOLDEREN, P. YANNOPOULOS, ed., Liber Amicorum Tony Hackens (Numismatica Lovaniensia, 20), Louvain-la-Neuve, 2007, p. 159-177. |
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Roman History, Ancient numismatics (Archaeology), Ancient Roman Numismatics, and Augustan Principate
UNIVERSITÉ CATHOLIQUE DE LOUVAIN NUMISMATICA LOVANIENSIA
20
LIBER AMICORUM TONY HACKENS
Édité par Ghislaine MOUCHARTE, Maria Beatriz BORBA FLORENZANO, François DE CALLATAY, Patrick MARCHETTI, Luc SMOLDEREN, Panayotis YANNOPOULOS
Louvain-la-Neuve Association de numismatique professeur Marcel Hoc
2007
CAESAR DIVI F et IMP CAESAR De la difficulté de dater des émissions monétaires
Pierre ASSENMAKER
Aspirant au Fonds national de la Recherche scientifique à l'Université catholique de Louvain'
Les deux séries monétaires qui font l'objet de cet article ont été émises par l'héritier de César et sont caractérisées par les légendes CAESAR DIVI F(ilius) et IMP(erator) CAESAR, inscrites chaque fois au revers (à l'exception du denier RIe 274, voir ci-dessous( Appartenant à une période charnière de l'histoire romaine, au moment où la République finis sante se mue en Principat, elles constituent un document historique de première importance sur les années agitées qui précèdent directement la prise par Octave du nom d'Auguste. En outre, tant leur typologie que leurs légendes présentent un caractère exceptionnel, qui leur confère une place particulière dans l'histoire de la numismatique romaine et ne cesse de susciter, depuis plusieurs décennies, l'intérêt et les commentaires des numismates. Les légendes CAESAR DIVI F et IMP CAESAR se distinguent de celles qui figurent sur les autres monnaies d'Octave en ce qu'elles ne font mention d'aucune magistrature, prêtrise ou acclamation impériale2 • Cette singularité prive les numismates des points de repère chronologiques fournis habituellement par la titulature et rend très problématique la datation de nos deux émissions3 . Cette question a fait l'objet de débats nombreux et n'a toujours pas reçu de réponse entièrement satisfaisante. Il n'est pas inutile de faire le point sur les diverses hypothèses et théories émises depuis plus d'un demi-siècle et de reprendre l'analyse des quelques documents sur lesquels elles se fondent. Après ce nécessaire état des lieux, qui nous permettra de fixer le cadre chronologique et historique dans lequel s'inscrit ce monnayage, nous tenterons, dans la mesure du possible, de déceler dans les types monétaires des allusions aux événements qui jalonnent la Nous sommes heureux d'exprimer ici notre gratitude envers le professeur P. Marchetti, qui nous a offert la possibilité de participer à ce recueil. Cet article a également bénéficié de la relecture attentive et critique et des conseils du professeur Fr. Van Raeperen, que nous remercions vivement. Nous tenons également à remercier le professeur 1. van Reesch, qui nous a guidé dans la recherche des illustrations, ainsi que les diverses banques de données et maisons de vente qui nous ont autorisé à reproduire des photographies extraites de leurs catalogues: la Numismatische Bi/ddatenbank Eichstatt du professeur J. Malitz, Gemini LLC, Gorny & Mosch Giessener Münzhandlung, LHS Numismatik AG, Numismatik Lanz München et Tkalec AG. Nous utilisons comme catalogue de référence celui de C.R.V. SUTHERLAND, The Roman Imperial Coinage. I. From 31 BC ta AD 69, Londres, 1984 (dorénavant RIC). Les monnaies dont nous traitons ont reçu les numéros de classement RIC 250-274. En ce qui concerne les monnaies antérieures, «républicaines », nous nous référons au catalogue de M.R. CRAWFORD, Roman Republican Coinage. I. Introduction and Catalogue. 11. Studies, Plates and Indexes, Cambridge, 1974 (dorénavant RRC). 2 Dans la légende IMP CAESAR, le terme imperator ne fait pas référence au titre conféré suite à une acclamation de l'armée, mais est utilisé comme praenomen (emploi que nous désignerons dorénavant par l'expression de Suet., Caes., LXXVI, 2 : praenomen imperatoris). Cf. infra. 3 En ce qui concerne le lieu de frappe, la recherche n'a pas non plus abouti à des conclusions assurées. On a longtemps attribué ces émissions à un atelier d'Orient, mais les études de ces dernières décennies (à partir de celle de C.R.V. SUTHERLAND, Octavian 's Gold and Si/ver Coinagefrom c. 32 ta 27 B.e., dans NAC, 5, 1976, p. 156) ont considéré avec davantage de vraisemblance qu'elles furent frappées dans la partie occidentale de l'empire, sans doute en Italie. Nous ne traiterons pas ici de cette question, largement tributaire de l'établissement de la datation et souvent aussi de jugements d'ordre stylistique, inévitablement subjectifs.
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période délimitée, afin de preCIser au maximum la répartition chronologique des différentes monnaies. Plusieurs questions resteront certes sans réponse, mais ce recadrage rigoureux constitue une étape préliminaire indispensable à l'étude du message idéologique délivré par les émissions CAESAR DIVI F et IMP CAESAR, que le présent article contribuera à replacer dans leur contexte historique exact.
Description typologique
Avant d'aborder la question de la datation des deux émissions, il convient de présenter brièvement les types qu'elles mettent en scène et la structure selon laquelle ils sont organisés. La série CAESAR DIVI F est constituée, sans tenir compte des variantes où un même type apparaît orienté à droite et à gauche, de onze associations de types de droit et de revers (8 deniers et 3 aurei) ; la série IMP CAESAR en compte le même nombre (9 deniers et 2 aurei).
Droit Revers CAESAR DIVI F Vénus, vue de trois-quarts dos, accoudée à une colonne, tient un casque dans la dr. et un sceptre dans la g. ; un bouclier, orné en son centre d'une étoile, est appuyé sur la colonne. lmperator debout à g., revêtu d'une cuirasse, une chlamyde flottant sur les épaules, portant une hampe (sceptre?, lance ?) de la g., le bras dr. tendu vers l'avant. Figure féminine couronnée (stéphanè), tenant dans la dr. un rameau d'olivier et une cornucopia dans la g. : Pax. Bordure perlée. Disposition verticale de la légende. Imperator debout à dr., sans cuirasse, une chlamyde tombant de l'épaule, portant une hampe (sceptre?, lance?) de la g. et faisant un geste de salut de la dr. Bordure perlée. Victoire ailée debout sur un globe, à g. ou à dr., tenant dans la g. une palme et tendant une couronne de la dr.
Portrait d'Octave, imberbe, à dr. (a) ou à g. (b). Buste de Vénus à dr. portant un diadème (stéphanè) et un collier. Portrait d'Octave, imberbe, à dr. Bordure perlée. Buste féminin à dr. portant un diadème (stéphanè), accompagné d'une cornucopia et d'un rameau d'olivier: Pax. Bordure perlée. Portrait d'Octave, imberbe, à dr. (a) ou à g. (b).
RIC250 a/b (AR) RIC251 (AR) RIC252 (AR) RIC253 (AR)
Buste de Victoire ailée, à dr.
Portrait d'Octave, imberbe, à dr. (a) ou à g. (b).
Id.
Figure masculine imberbe dans la nudité divine ou héroïque, une chlamyde dans le dos et ceinte d'un glaive, le pied dr. posé sur un globe, le bras g. appuyé sur un sceptre et la main dr. tenant un aplustre : attitude neptunienne (cf. irifra). Figure masculine imberbe dans la nudité divine ou héroïque, assise sur un rocher (recouvert d'une chlamyde qui drape le genou g.), un pétase accroché dans le dos et tenant une lyre (on distingue des talaria sur certains exemplaires) : Mercure. Quadrige à g. ou à dr., dont le char, vide, est orné de figures et surmonté de quatre chevaux miniatures (tensa ?). Légende en exergue. Victoire ailée menant un bige à dr., tenant une palme et les rênes. Légende en exergue. Cavalier à g. dans la nudité divine ou héroïque, une chlamyde autour du bras g., le bras dr. tendu vers l'avant. Légende en exergue.
RIC254 alb (AR) RIC255 b(AR) RIC256 (AR)
RIC257 a (AR)
Id. Id.
RIC258 b (AV) RIC259 b (AV) RIC261 a (AV)4 RIC262 a (AV)
Le catalogue du RIC mentionne un autre aureus (n° 260 = BMCRE 592), presque identique, mais où la Victoire tient une couronne en plus de la palme. Cette variante n'est pas mentionnée dans l'étude de coins de C.H.V. SUTHERLAND, op. cit. [no 3], p. 129-140; par ailleurs, nous n'avons pu en voir aucune illustration.
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Victoire ailée à dr., debout sur une proue, tenant une palme dans la main g. et une couronne dans la dr.
Quadrige triomphal, guidé par un personnage lauré (7), tenant les rênes dans la g. et un rameau dans la dr. Légende en exergue.
RIC263 (AR)
Id. RIC 263. Portrait d'Octave, imberbe, à dr. (a) ou à g. (b). Id.
IMPCAESAR Id. RIC 263 (sauf la légende).
Trophée naval, fixé sur une proue au-dessus de laquelle s'entrecroisent un gouvernail et une ancre. Edifice bordé d'un portique, doté d'une porte et de fenêtres, dont la toiture est ornée de deux figures appuyées sur une hampe (lance 7) et d'une Victoire sur l'apex, tenant une couronne et une palme ou un uexillum (7) ; la légende est inscrite sur l'architrave. Arc de triomphe surmonté d'un quadrige, vu de face, mené par un triomphateur togatus ; la légende est inscrite sur l'attique. Victoire aux ailes déployées, debout sur un globe, tenant dans la dr. une couronne et dans la g. un uexillum, appuyé sur son épaule. Herme laurée de face, avec en dessous un foudre. Personnage togatus, assis sur une sella curulis, tenant dans la dr. une Victoriola qui brandit une couronne.
RIC264 (AR) RIC265 a/b (AR) RIC266 a (AR)
Id. Id. Id. Buste d'une herme (cheir à hauteur de l'épaule) à dr., dont la figure porte une couronne de lauriers attachée par un nœud qui retombe sur la nuque et les épaules; un foudre derrière. Tête imberbe laurée à dr.
RIC267 a (AR) RIC268 a (AV) RIC269 a/b (AR) RIC270 (AR)
Tête laurée d'Apollon à dr., des boucles de cheveux tombant sur la nllClue. Buste de Diane à dr., avec arc et carquois derrière l'épaule. Tête de Mars à dr., barbu et casqué; IMP.
Columna rostrata surmontée d'une statue d'un personnage dans la nudité héroïque ou divine, appuyé de la main dr. sur une hampe (lance 7), tenant un parazonion de la main g., une chlamyde lui tombant de l'épaule. Personnage togatus et capite uelato, avec un fouet dans la g., menant un attelage de deux bœufs tirant une charrue. Légende en exergue. Edifice tétrastyle dont le fronton est orné d'un triskeles ; trophée naval à l'intérieur; la légende est inscrite sur l'architrave. Bouclier rond avec une étoile au centre, derrière lequel sont croisées une épée et une lance; CAESAR inscrit sur le bouclier.
RIC 271 (AR)
RIC272 (AR) RIC273 (AV) RIC 274 (AR)
Les émissions CAESAR DIVI F et IMP CAESAR présentent une structure typologique très élaborée, reposant sur un jeu de correspondances et d'associations en « chiasme» et sur l'emploi récurrent de certains éléments (sceptre, globe, etc.)5. Ainsi se tissent d'étroites et subtiles relations
La structure typologique des deux émissions a fait l'objet d'une étude, restée déterminante, de K. KRAFT, Zur Münzpragung des Augustus, Wiesbaden, 1969, p. 6-19. Le savant allemand a mis en évidence une série d'associations typologiques, par lesquelles il résolvait plusieurs problèmes d'identification: ainsi les bustes de Vénus, Pax et Victoire aux droits des deniers RIC 251, 253 et 256 répondent aux représentations de ces mêmes divinités sur les revers des deniers RIC 250,252 et 254, tandis que l'imperator et le personnage neptunien (cf. irifra) aux revers des trois premiers correspondent au portrait d'Octave qui figure au droit des trois autres - ce qui démontre qu'il faut bien voir Octave dans les trois figures de revers. L'association typologique se présente donc sous la forme d'un croisement entre types de droit et de revers. K. Kraft a relevé une correspondance semblable entre les deniers RIC 269 et 270 : portrait d'Octave 1 herme avec foudre - buste d'herme 1 magistrat sur sella curulis (à identifier dès lors avec Octave). Ces associations sont indiscutables; il ne faut cependant pas à tout prix appliquer à l'ensemble des types un système trop rigide, excès dans lequel tombe l'analyse de K. Kraft. À la suite de ce dernier, plusieurs « Spielmoglichkeiten» ont été proposées dans la typologie de la série CAESAR DIVI F par W. TRILLMICH, Münzpropaganda, dans M. HOFTER, et al. (éds), Kaiser Augustus und die verlorene Republik. Eine Ausstellung im Martin-Gropius-Bau. Berlin. 7. Juni-14. August 1988, Mayence, 1988, p. 483-485. On a parfois été très loin dans l'interprétation de la typologie, ainsi F. FISCHER, Zahlenmystik in der Goldpragung des Caesar Divi F. Ein Prinzip augusteischer Ideologie und Propaganda?, dans NAC, 13, 1984, p. 163-170, qui propose une analyse sans doute trop subtile du symbolisme numérique dans les types des trois aurei CAESAR DIVI F.
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entre les diverses divinités mises en scène (Vénus, Mars, Diane, Apollon, Mercure, Victoria, Pax ... ) et le Diuifilius, présent non seulement dans les portraits de droit6 , mais aussi sur plusieurs types de revers, en imperator (RIC 251 et 253), en triomphateur (RIC 263) et en magistrat (RIC 270), ainsi que sous des traits héroïsés (RIC 256, 262 et 271). L'irrésistible impression de cohérence qui se dégage de ce monnayage recèle un piège pour le numismate, qui en vient de manière naturelle à considérer qu'il a sous les yeux deux « séries» monétaires conçues de manière globale, dans un laps de temps assez court. Nous verrons que cette conception « systématique» - qui est davantage le fruit d'une construction intellectuelle que d'une analyse historique - va à l'encontre de ce que les autres sources (littéraires et numismatiques) peuvent nous apprendre sur les circonstances dans lesquelles furent frappées nos monnaies 7 • Il n'est pas question de nier les évidentes associations typologiques évoquées plus haut, mais elles ne peuvent intervenir dans la question de la datation qu'après qu'une analyse individuelle des types a permis de fixer le maximum de repères. Dans un premier temps, toutefois, il convient de déterminer dans quelle fourchette chronologique assurée se situent les deux émissions.
La période d'émission: les années de Nauloque et d'Actium (36-27 av. J.-c.)
Dans la question de la datation, une des seules données parfaitement assurées est le terminus ante quem que constitue la prise par Octave du titre d'Auguste: après cette date 8, toutes les émissions feront mention de ce nouveau titre. Il est possible également, en étudiant l'évolution de la titulature sur le monnayage d'Octave, de situer un terminus post quem pour l'apparition des légendes CAESAR DIVI F et IMP CAESAR. César est divinisé en janvier 42 av. J.-C. par la {ex Rufrena, et plusieurs légendes monétaires feront bientôt référence à la filiation divine d'Octave: d'une part CAESAR DIVI F (RRC 535/1) et DIVI F (RRC 535/2), présentes sur une émission de sesterces de datation controversée9 ; d'autre part IMP DIVI IVLI F TER III VIR RPC (RRC 534/1), DIVI F (RRC 534/2) et IMP CAESAR DIVI IVLI F (RRC 534/3) sur une émission frappée
Le style des portraits d'Octave figurant dans cette émission a été étudié par C.H.V. SUTHERLAND, op. cit. [n.3], p. 144-145, qui distingue entre deux types de portraits, l'un « héroïque» (hellénisant), l'autre plus « réaliste» (purement italique). Le premier caractériserait la série CAESAR DlVI F, le second celle des IMP CAESAR, bien que chaque type ne domine pas entièrement sa série. « This should reflect, primarily, a difference of model and thus of date» (p. 145). Bien plus qu'à une différence de modèle, c'est sans doute au style et à la manière propres à chaque graveur que sont dues ces nuances. Il est téméraire de tirer des conclusions chronologiques d'une telle analyse, entachée non seulement par la subjectivité des critères et du vocabulaire employés, mais aussi par de flagrantes contradictions internes. On ne peut que renchérir sur les critiques formulées par R.A. GURVAL, Actium and Augustus. The Politics and Emotions of Civil War, University of Michigan, 1995, p. 52-57. 7 On renvoie ici aux pertinentes remarques méthodologiques formulées par D. MANNSPERGER, Ikonographische Interpretation von Münzbildern : zwei Denare Octavians aus der Zeit nach Naulochos (36 v. Chr.), dans LNV, 4, 1992, p. 232 et n. 5. Tout en étant conscient du danger d'une « isolierende Überinterpretation », l'auteur met en évidence le risque tout aussi grand de la « systematische Betrachtungsweise » adoptée entre autres dans les études de K. KRAFT, F. FISCHER et W. TRILLMICH citées supra ln. 5]. 8 La datation exacte n'est pas assurée: Ov., Fast., I, 590 mentionne l'événement à la date du 13 janvier 27 av. 1.-C., tandis que les Fasti Praenestini le consignent au 16 janvier. Pour la question qui nous occupe ici, on retiendra comme terminus le début de l'année 27 av. J.-c. M.H. CRAWFORD, RRC, p. 535, propose de situer cette émission en 38 av. J.-C. (mais ajoute un point d'interrogation) ; A. ALFDLDY et 1.-8. GIARD, Guerre civile et propagande politique. L'émission d'Octave au nom du Divos Iulius (41-40 av. J.-c.), dans NAC, 13, 1984, p. 147-161, émettent J'hypothèse que ces pièces auraient été frappées lors du siège de Pérouse en 41 av. 1.-C., en s'appuyant sur J'existence de balles de plomb utilisées dans ce conflit, portant l'inscription DIVOM IVLIVM. R. NEWMAN, A Dialogue of Power in the Coinage of Antony and Octavian (44-30 B.C.), dans AJN, s. 2, 2, 1990, p. 47, situe l'émission en 39 av. J.-c. « because the portraits and titulatures are similar to other coins issued by Octavian this year ».
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en 38 av. J._C. lO • C'est dans cette dernière légende qu'apparaît lepraenomen imperatoris ll . Celuici figure encore, lié à l'expression DIVI F et le plus souvent aussi à la mention du titre de triumvir (III VIR RPC ou III VIR ITER RPC), dans les émissions de 37-36 av. J.-C., où Octave est nommé Imperator Caesar DiuifiliuS 12 • Il s'agit des dernières monnaies d'Octave que l'on peut dater avec une certaine précision, et leur légende annonce directement celles de nos émissions: elles peuvent dès lors constituer un terminus post quem pour celles-ci. Soulignons ici le fait que plusieurs de ces monnaies des années 38-36 av. J.-c. réunissent dans leur légende le praenomen imperatoris et l'expression Diui (Iuli) f Ce constat invite à ne pas considérer les émissions CAESAR DIVI F et IMP CAESAR comme des ensembles hermétiques, chronologiquement distincts, mais à envisager, à l'inverse de la position adoptée par la plupart des numismates, une contemporanéité ou un chevauchement des monnaies frappées aux deux légendes. Le monnayage frappé au lendemain d'Actium par L. Pinarius Scarpus, gouverneur de Cyrénaïque, corrobore cette conclusion. Octave, à qui est dédiée cette émission, y est désigné (au datif) soit par l'expression CAESARI DIVI F (RRC 546, 7-8 = RIC 531-532), soit par la nomenclature complète IMP CAESARI DIVI F (RRC 546, 4-6 = RIC 533-535). Les légendes de ce monnayage, manifestement calqué sur celui d'Octave, attestent qu'en 31 av. J.-C., tant le praenomen imperatoris que l'expression Diui f sont employés dans les émissions monétaires du vainqueur d'Actium 13 • La frappe des séries CAESAR DIVI F et IMP CAESAR est donc à situer, de manière globale, entre 36 et début 27 av. J.-C. Telle était la datation, prudente, donnée par les catalogues de la
10 La légende de revers des différentes pièces: M AGRIPPA COS DESIG permet de dater en toute certitude l'émission de 38 av. J.-C., puisqu'Agrippa a revêtu son premier consulat en 37 av. J.-c. (voir J.-M. RODDAZ, Marcus Agrippa (BEFAR, 253), Rome, 1984, p. 77-80). Il Dans la légende de l'aureus RRC 534/1, la nature du terme imperator semble ambigüe : sa position initiale pourrait indiquer qu'il s'agit du praenomen, mais la précision TER(tium), qui en est séparée par une singulière hyperbate, montre qu'il s'agit d'une référence à la troisième acclamation impériale de 40-39 av. J.-C. (cf. R. NEWMAN, op. cit. [no 9], p. 48, n. 26, et p. 58). L'apparition du praenomen imperatoris dans la même série monétaire incite à penser que cette ambiguïté n'est pas fortuite et reflète l'hésitation d'Octave à endosser ce prénom. Le témoignage unique des Fasti Triumphales Barberiniani attesterait de ce qu'il l'avait utilisé dès 40 av. J.-c., mais il n'en fait un usage fréquent qu'à partir de l'année 38 av. J.-c. : cf. R. COMBÈS, Imperator. Recherches sur l'emploi et la signification du titre d'Imperator dans la Rome républicaine, Paris, 1966, p. 132-135. La prise du praenomen imperatoris par Octave et sa signification au niveau politique sont sujets à discussions: voir R. SYME, Imperator Caesar: a Study in Nomenclature, dans Historia, 7, 1958, p. 172-188 ; R. COMBÈS, op. cit., p. 132-150 ; C.J. SIMPSON, IMP. CAESAR DIVI FILIUS. His Second Imperatorial Acclamation and the Evolution of an Allegedly "Exorbitant" Name, dans Athenaeum, 86/2, 1998, p. 419-437. 12 RRC 537,538 et 540 (aux revers de ces émissions figure la légende COS ITER ET TER(T) DESIG). L'émission RRC 540 est datée par M.H. CRAWFORD, RRC, p. 102, « in and after 36 », tandis que R. NEWMAN, op. cit. [no 9], p. 47, la situe en 37 av. l-C. La légende IMP CAESAR DIVI F est également présente sur le denier RIC 543, dont la datation et le lieu de frappe sont très discutés (état de la question chez D.R. SEAR, The History and Coinage of the Roman Imperators, 49-27 B.e., Londres, 1998, p. 337, n. 165). Cet auteur voit dans cette monnaie, qu'il date de 35-34 av. J.-C., la transition entre la pièce RRC 540 et le début de l'émission CAESAR DIVI F (p. 241) ; la proximité des types (portrait d'Octave au droit, bouclier rond au revers) avec ceux des séries CAESAR DIVI F et IMP CAESAR rend vraisemblable cette position intermédiaire (cf. aussi M.H. CRAWFORD, RRC, p. 102), même si la datation absolue proposée par D.R. Sear n'est pas contraignante. 13 Les quatre monnaies de L. Pinarius Scarpus en l'honneur d'Octave ne peuvent avoir été émises que pendant un très court laps de temps au lendemain d'Actium: cf. M.H. CRAWFORD, RRC, p. 542-543 et D.R. SEAR, op. cit. [n. 12], p.248-249, qui datent l'émission de 31 av. l-C. En raison du très petit nombre d'exemplaires conservés, on ne peut admettre pour cette émission la datation de ca 31/30-29 av. J.-C. proposée par C.H.V. SUTHERLAND, op. cit. [n.3], p. 142-143 et RIC, p. 37-38 (qui insiste pourtant sur la taille très réduite de cette émission). Les efforts déployés par K. KRAFT, op. cit. [no 5], p. 223-224, pour descendre la datation de cette émission à fin 30-début 29 av. J.-C., afin qu'elle coïncide avec la date qu'il attribue au monnayage d'Octave, ne convainquent pas.
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fin du XIX e siècle 14 • Très tôt, les numismates tentèrent de resserrer la fourchette chronologique et de déterminer un moment de transition entre la série CAESAR DIVI F et celle IMP CAESAR, puisqu'il était généralement admis que les deux émissions devaient se succéder dans cet ordre. Un passage où Dion Cassius précise qu'Octave prit le praenomen imperatoris en 29 av. J.-c. a joué un rôle important dans cette question:
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Sur la base de ce texte, l'année 29 av. J.-C. a été considérée comme un terminus a quo pour la série IMP CAESAR 16 , sans songer que l'assertion de l'historien de l'époque des Sévères était contredite par le témoignage des émissions de 38-37 av. J.-C. mentionnées plus haut 17 • Un grand nombre de numismates, dont K. Kraft, a situé l'ensemble des deux séries après Actium, arguant que tous les types exaltaient la grande victoire et participaient du même esprit de célébration que les triomphes de 29 av. J._C. 18 La datation qui fait généralement autorité aujourd'hui est celle proposée par C.R.V. Sutherland, qui situe l'émission CAESAR DIVI F entre ca 32 et 29 av. J.-C., et l'émission IMP CAESAR dans les années 29-27 av. J._C. 19 Récemment, l'ouvrage de D.R. Sear,
14 H. COHEN, Description historique des monnaies frappées sous l'empire romain communément appelées médailles impériales, Paris-Londres, I, 18802, p. 69-74 et 80-82 ; E. BAB ELON, Description historique et chronologique des monnaies de la République romaine. vulgairement appelées monnaies consulaires, Paris - Londres, II, 1886, p. 4854 et 63-67. 15 Dio, LU, 41, 3-4 : « Et il endossa le titre d'imperator. Je ne parle pas de celui que l'on accordait à certains à la suite des victoires, en vertu de l'ancien usage [ ... ], mais de l'autre, qui est un signe de puissance, tel qu'il avait été décrété pour César, son père, ainsi que pour ses enfants et ses descendants ». 16 H.A. GRUEBER, Coins of the Roman Republic in the British Museum, Londres, 1910 (Oxford, 1970), p. 13-14, date les CAESAR DIVI F de 36-29 et les IMP CAESAR de 29-27 av. J.-C. Le témoignage de Dion Cassius a également déterminé la datation proposée par H. MATTINGLY, Coins of the Roman Empire in the British Museum. Volume 1. Augustus to Vitellius, Londres, 1923, p. cXX-CXXIV, qui situe les CAESAR DIVI F en 31-29 av. J.-C. et suggère que la frappe a débuté avant Actium et a pu se prolonger après 29; les IMP CAESAR dateraient de 29-27 av. J.-c. C.H.V. SUTHERLAND, op. cit. En. 3] et RIC, s'inscrit dans la même perspective (voir infra). 17 En situant en 29 av. J.-c. la prise dupraenomen imperatoris (qui marque à son époque le début du règne d'un empereur), Dion Cassius veut présenter cet épisode, au sein d'une reconstruction historique cohérente, comme le début du pouvoir monarchique d'Octave; voir notamment M. REINHOLD, From Republic to Principate. An Historical Commentary on Cassius Dio 's Roman History. Books 49-52 (36-29 B. e.), Atlanta, 1988, p. 210 et 231-232. 18 E.A. SYDENHAM, The Coinages of Augustus, dans NC, s. 4, 20, 1920, p. 17-56, particulièrement p. 33-38, situait les deux séries « from about 23 to 20 B.C., since the reverse types are clearly post-Actian» (p. 37). 1. LlEGLE, Die Münzpriigung Octavians nach dem Siege von Actium und die augusteische Kunst, dans JdAI, 56, 1941, p. 91-119, fut le premier à consacrer une étude particulière à nos deux émissions, qu'il traitait comme un ensemble, sans distinguer en fonction de la légende, et datait d'après Actium. K. KRAFT, op. ci!. En. 5], défendait également une datation basse; les deux séries auraient été frappées dans le contexte du triple triomphe de 29 av. J.-C. Sa datation a longtemps fait autorité et fut souvent reprise; J.-B. GIARD, Catalogue des monnaies de l'Empire romain. 1. Auguste, Paris, 1976, 1988 2 ; R. ALBERT, Das Bild des Augustus auf den frühen Reichspriigungen. Studien zur Verg6ttlichung des ersten Prinzeps, Speyer, 1981 ; F. FISCHER, op. ci!. En. 5], p. 163; W. TRILLMICH, op. cit. En. 5], p. 507. La datation d'après Actium pour la série CAESAR DIVI F est acceptée par J. POLLINI, Man or God. Divine Assimilation and Imitation in the Late Republic and Empire, dans K.A. RAAFLAUB et M. TOHER (éds), Interpretations of Augustus and his Principate, Berkeley - Los Angeles, 1990, p. 342. 19 Les arguments soutenant cette datation sont développés dans C.H.V. SUTHERLAND, op. cit. En. 3] ; les conclusions sont reprises ensuite dans son RIC, p. 30-31 et 59-61. Le terminus post quem de 32 av. J.-C. pour la série CAESAR DIVI F est fixé en raison de l'absence du titre du triumvir dans la légende (op. cit. En. 3], p. 141) ; cet argument est cependant à rejeter en raison des légendes de RRC 53412-3 et 535/1-2, qui ne mentionnent pas le titre alors qu'elles sont antérieures à 33 av. J.-C. (cf. supra). Parallèlement à Sutherland, une datation similaire était proposée par P.V. HILL, From Naulochus to Actium. The Coinages ofOctavian and Antony. 36-31 B.e., dans NAC, 5,1976, p. 121-128, qui
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le dernier, à notre connaissance, à avoir traité du problème de la datation de ces émissions, a proposé de prendre comme point de transition entre les deux séries non plus l'événement auquel fait allusion le texte de Dion Cassius, mais la prise du trésor des Ptolémées durant l'été 30 av. J.C. : c'est à cette occasion que les pièces IMP CAESAR auraient succédé aux CAESAR DIVI F, dont la frappe aurait commencé en 32 av. J._C. 20
Les années de Nauloque : un « vide» monétaire?
Malgré les divergences ou nuances qui les distinguent, les études que nous venons de mentionner ont en commun de proposer une datation plus ou moins basse (à partir de 32, 31 ou 29 av. J.-C.), qui laisse un vide de quatre à sept ans dans le monnayage d'Octave, au moment où il doit financer ses campagnes en Illyrie (35-33 av. J.-C.) et où son rival Antoine frappe pour sa part un abondant monnayage 21 • Est-il imaginable que durant cette période cruciale, qui voit la fortune sourire enfin à l'héritier de César, vainqueur de Sextus Pompée à Nauloque (3 septembre 36 av. J.-C.), qu'en ces années de tension grandissante et d'intense propagande de la part des deux adversaires, il ne soit sorti aucune monnaie de l'atelier d'Octave, qui jusque-là émettait de manière régulière 22 ? C'est ce paradoxe, ainsi que le refus d'une interprétation «actio-centriste» de la typologie 23 , qui a amené plusieurs numismates à remonter le début des émissions CAESAR DIVI F et IMP CAESAR jusqu'en 36 av. J._C?4 L'un des premiers à s'inscrire à l'encontre de la datation communément acceptée fut D. Mannsperger, selon qui la série CAESAR DIVI F célèbre la victoire de Nauloque et débute dès l'année 36 av. J.-C., les pièces IMP CAESAR étant frappées
datait certaines des pièces CAESAR DIVI F entre 32 et Actium, le reste de cette série et les IMP CAESAR entre Actium et 27. 20 D.R. SEAR, op. cit. ln. 12], p.240-249 et 254-261. Se basant sur le message typologique, l'auteur cherche à préciser encore la datation, et distingue parmi les pièces CAESAR DIVI F entre types « pre-Actian » (32-31) et « postActian» (31-30). 21 Sur le monnayage d'Antoine à partir de 36 av. J.-C. jusqu'à Actium, voir notamment R. NEWMAN, op. cil. ln. 9], p. 49-51, et D.R. SEAR, op. cit. ln. 12], p. 226-240. Il est singulier que R. Newman, qui dresse le catalogue des émissions d'Octave et d'Antoine entre 44 et 30 av. J.-C., en s'inspirant majoritairement du RRC, n'ait pas été interpellé par une totale absence de monnayage de la part d'Octave après 37 av. J.-C. Ce vide a par contre suscité, à juste titre, l'étonnement de F. MILLAR, The First Revolution: lmperator Caesar, 36-28 BC, dans A. GIOVANNI et B. GRANGE (éds), La révolution romaine après Ronald Syme. Bilans et perspectives (Fondation Hardt. Entretiens. Tome XLVI), Genève, 2000,p.16-17. 22 K. KRAFT, op. cit. [n.5], p.22, relève ce problème, mais élude la question plus qu'il n'y répond. c.H.V. SUTHERLAND, op. cil. ln. 3], p. 143, tente de montrer que le financement de la campagne d'Actium nécessita de frapper monnaie à partir de 32 av. J.-c., mais ne fait aucune mention des campagnes d'Illyrie, qui durent également nécessiter des frappes monétaires. 23 Chez nombre de numismates, la victoire d'Actium est le seul point de référence utilisé dans l'interprétation de l'ensemble de la typologie; ainsi chez C.H.V. SUTHERLAND, op. cil. ln. 3], P.V. HILL, op. cit. ln. 19] et D.R. SEAR, op. cit. ln. 12], qui partagent la série CAESAR DIVI F entre « pre-Actian» et « post-Actian issues ». Il est indispensable d'introduire à côté d'Actium un second pôle: la victoire de Nauloque (cf. infra). 24 Pour des raisons d'un autre ordre, M.H. CRAWFORD, Roman Republican Coin Hoards, Londres, 1969, p. 41-42, refusait déjà la datation d'après Actium et, renonçant à fixer une chronologie absolue et relative précise, considérait que « as a group, [these issues] may be regarded as running between c. 34 B.C. and 13 August 29 B.C. » (p. 41). S'appuyant principalement sur le témoignage du trésor de Vigatto, il considérait les émissions CAESAR DIVI F et IMP CAESAR comme globalement contemporaines du monnayage des légions d'Antoine, voire légèrement antérieures. Le numismate anglais réaffirma cette position à plusieurs reprises: dans un compte rendu de l'étude de K. KRAFT, op. cil. ln. 5], dans JRS, 64, 1974, p. 246-247, ainsi que dans son ouvrage Coinage and Money under the Roman Republic. ltaly and the Medilerranean Economy, Cambridge, 1985, p. 256.
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à partir de 33 av. J.-c., en même temps que le monnayage de la flotte d'Antoine (RRe 544)25. L'interprétation « actienne » traditionnelle a été passée au crible d'une critique rigoureuse par RA. Gurvae 6, qui conclut que « no specific reference to the Actian victory can be surely identified on any issue» (p. 57), et préconise donc une chronologie plus souple que celle généralement adoptée, les deux seuls termini restés valides étant ceux de 36 et début 27 av. J.-C. Une telle remise en question de l'interprétation traditionnelle des deux émissions était depuis longtemps nécessaire. En effet, aveuglés par l'éclat que la propagande augustéenne conféra ultérieurement à la victoire d'Actium, numismates et historiens ont pendant longtemps sous-estimé ou négligé le retentissement que dut avoir à Rome la victoire remportée dans les eaux de Nauloque. Il est hors de doute cependant que le jeune Octave, dont la position était alors fragile, ne s'est pas privé d'exploiter au maximum ce premier grand succès militaire, si longtemps attendu. Nos deux principales sources pour la période, Appien et Dion Cassius, font mention des honneurs - démesurés, selon Appien (Tq.tlXÇ &fLSTQOUÇ) - accordés à Octave après Nauloque 27 et brossent le tableau d'une Rome presque euphorique, qui, après plusieurs années de famines et d'agitations dues au blocus imposé par la flotte de Sextus Pompée, fêtait en cet événement la fin des guerres 28 civiles . Octave profita naturellement de ce climat favorable. Dans un discours adressé au peuple et au sénat, qu'il fit publier par la suite, il rendit compte de ses actions et de sa politique; il annonça ensuite, comme il le fera également en 29-28 av. J.-c., le retour de la paix et son intention de restaurer la res publica 29 • Pendant les cinq années décisives qui précédèrent Actium, la victoire de Nauloque fut indéniablement un thème central de la propagande du parti d'Octave. Il est significatif qu'au moment où le sort d'Antoine vient de se jouer dans les eaux d'Actium, c'est la victoire sur Sextus Pompée qui sert de point de comparaison à Horace, dans la neuvième épode, pour célébrer ce nouveau succès 30 . Même si la « mythification» de la bataille finale, un des thèmes majeurs de la construction idéologique du nouveau régime, relégua dans l'ombre la victoire de Nauloque, celleci ne fut néanmoins pas oubliée. C'est ainsi que des émissions monétaires de Lyon, vingt et un ans
25 D. MANNSPERGER, Annos undeviginti natus. Das Münzsymbol for Octavians Eintritt in die Politik, dans B. VON FREYTAG GEN. LORINGHOFF et al. (éds), Praestant Interna. Festschriflfor Ulrich Hausmann, Tübingen, 1982, p. 331337, particulièrement p. 331-332. L'auteur développe et approfondit son examen des séries CAESAR DIV! F et IMP CAESAR dans une étude globale du monnayage d'Auguste, parue en 1984 et reprise sous le titre Die Münzpragung des Augustus, dans G. BINDER (éd.), Saeculum Augustum III. Kunst und Bi/dersprache (Wege der Forschung, 632), Darmstadt, 1991, p. 348-399, particulièrement p. 363-375. Voir également une troisième étude, op. cit. ln. 7], p.231237. La référence à Nauloque était réaffirmée parallèlement à D. Mannsperger par F. PRAYON, Projektierte Bauten au! romischen Münzen, dans B. VON FREYTAG GEN. LORINGHOFF et al. (éds), op. cit., p. 319-330, particulièrement p. 322323. Voir aussi, dans le même sens, P. ZANKER, Augustus und die Macht der Bi/der, Munich, 1987, p. 48-50 et 61-65. 26 Op. cit. ln. 6], p. 47-65. 27 App., B.C., V, 130; Dio, XLIX, 15, 1-6. 28 L'anecdote relatée par Dio, XLIX, 15,2 est significative à la fois de l'atmosphère qui régnait alors dans l'Vrbs et de la manière dont la propagande d'Octave présenta l'événement: le jour de la victoire de Nauloque, alors que la nouvelle n'avait pas encore gagné Rome, un soldat court déposer son épée au pied de Jupiter Capitolin, pour signifier qu'il n'en aura désormais plus l'usage. 29 App., B.C., V, 130 et 132. On ne peut qu'être frappé, en lisant les récits d'Appien et de Dion Cassius, par la similitude des situations et des attitudes d'Octave aux lendemains de Nauloque et d'Actium; cf. l'analyse de P. GRENADE, Essai sur les origines du Principat. Investiture et renouvellement des pouvoirs impériaux (BEFAR, 197), Paris, 1961, p. 82-86 ; voir également R.A. GURVAL, op. cit. ln. 6], p. 63. 30 Hor. Ep., IX, 7-10. L'expression ut nuper (7) indique très clairement le rapprochement établi entre les deux victoires. Sur la datation exacte de cette épode et les nombreux problèmes d'interprétation qu'elle pose aux philologues et historiens, voir G. SETAIOLI, Gli "Epodi" di Orazio ne/la critica dal 1937 al 1972 (con un 'appendice fino al 1978), dans ANRW, II, 31, 3, Berlin - New York, 1981, p. 1716-1732 et D. MANKIN, Horace, Epodes, Cambridge, 1995, p. 159-182.
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après Nauloque, commémorent encore ce succès, en même temps que celui d'Actium31 ; le premier est placé sous le signe de la Diana Siciliensis, le second est l'œuvre de l'Apollon actien. Dans l'idéologie du Principat, désormais bien établi, les deux victoires fondatrices sont célébrées comme des victoires-sœurs, sous le patronage des divinités qu'Horace avait chantées dans le Chant séculaire32 . Si le souvenir de la victoire sicilienne est encore vivace en 15 av. l-C. et dans les années qui suivene 3, à une époque où le huitième chant de l' Énéide avait déjà présenté Actium comme l'accomplissement desfata romains 34 , comment imaginer qu'Octave n'exploita pas directement le prestige de cette victoire dans la lutte de propagande acharnée qu'il livrait alors contre Antoine? Le témoignage des émissions de Lyon invite donc à la même conclusion que l'examen des sources littéraires: un monnayage commémorant la victoire de Nauloque et les honneurs décernés à cette occasion par le sénat trouve tout naturellement sa place dans le contexte des années 36-31 av. l-C. La difficulté est de savoir quels éléments des émissions CAESAR DIVI F et IMP CAESAR se rapportent effectivement à Nauloque et sont donc à dater de cette période 35 . Ce problème est rendu particulièrement complexe par l'ambiguïté de plusieurs types, qui peuvent faire référence tant à la victoire sicilienne qu'à Actium, ou par le caractère général de certains autres, qui ne se réfèrent pas obligatoirement à un événement précis. L'ambiguïté ou la non-spécificité des images monétaires Depuis longtemps, les numismates ont relevé le caractère « victorieux» des séries CAESAR DIVI F et IMP CAESAR, qualifiées de Siegespragungen 36 , mais l'ambiguïté typologique empêche dans bien des cas de déterminer avec certitude laquelle des deux grandes victoires navales est célébrée. On a parfois prétendu que la Victoire sur un globe (RIC 254, 255, 268)37 et le personnage neptunien (cf. infra), appuyé sur un même globe (RIC 256), ne pouvaient faire référence qu'à Actium, sous prétexte que Nauloque « lacked the "global" significance of Actium »38. C'est oublier qu'Octave s'efforça justement de présenter sa victoire sur Sextus Pompée non pas comme un simple succès naval (qui plus est remporté contre d'autres Romains), mais bien comme une
31 Les aurei RIC 170 et les deniers RIC 171, que la légende du revers (lMP - X) permet de dater entre 15 et 13 av. l-C., présentent au revers un Apollo Citharoedus tenant le plectre et la lyre, avec en exergue la légende ACT, qui identifie le dieu comme l'Apollon actien. Les aurei RIC 172 et les deniers RIC 173, datés des mêmes années, figurent au revers Diane, appuyée sur une lance et tenant un arc, avec en exergue la légende SICIL, qui établit un lien avec la victoire de Nauloque (cf. infra). Ces deux émissions seront suivies de nombreuses autres, qui continueront, des années durant, à célébrer ensemble les deux victoires. 32 Hor., Carm. Saec., 1 : Phoebe siluarumque potens Diana. 33 Le Bellum Siculum fit l'objet d'un poème épique (qui constituait peut-être un épisode d'une épopée plus vaste) de Cornelius Severus, composé après 8 ap. J.-C. : cf. L. DURET, Dans l'ombre des plus grands: I. Poètes el prosateurs mal connus de l'époque augustéenne, dans ANRW, II, 30, 3, Berlin - New York, 1983, p. 1492-1496. 34 Verg., Aen., VIII, 671-7\3. Cf. notamment J. THOMAS, Le sens symbolique de la bataille d'Actium (Énéide VIII, 671-728), dans Euphro5yne, n. s., 19, 1991, p. 303-308. 35 La commémoration d'un événement dans un type monétaire n'implique pas obligatoirement que la frappe de la monnaie suive de près l'événement, ainsi que le montre l'exemple des émissions de Lyon. Dès lors, si certaines monnaies CAESAR DlVI F et IMP CAESAR font allusion, comme nous le verrons, à Nauloque plutôt qu'à Actium, il n'est toutefois pas entièrement assuré qu'elles ne furent pas frappées après 31 av. J.-c. L'allusion contenue dans les types rend cependant très vraisemblable que ces monnaies appartiennent au monnayage qu'Octave dut frapper dans les années qui suivirent la victoire sur Sextus Pompée. 36 K. KRAFT, op. cil. [no 5], p. 6. La désignation « Triumphalpragung» est également très répandue. 37 À propos de ce type, lié au problème de l'interprétation du denier RIC 266, cf. infra. 38 J. POLLINI, op. cit. [no 18], p. 347. Même opinion chez K. KRAFT, op. cit. [no 5], p. 20, n. 5.
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victoire ramenant la paix universelle 39 , ainsi que l'indique l'inscription gravée, d'après le témoignage d'Appien, sur une statue d'Octave placée sur la colonne rostrale commémorant Nauloque : 1~V 8!Q~VY]V S01O((JlIXO[J.SVY]V SX 7WÀÀOÙ OUVSaTY]08 M1a 18 y~v XlXl 8aÀIXooIXv40. En ce qui concerne les autres divinités figurant dans nos émissions, il ne faut pas chercher à établir à tout prix un lien avec un événement précis. C'est particulièrement vrai pour ce qui est des représentations de Vénus (RIC 250-251). La déesse est déjà présente sur de nombreuses émissions de César et il est inutile de rappeler la place importante conférée à la Venus Genetrix, mère des Iulii et du peuple romain41 , par le dictateur et son héritier42 . Mars est présent aussi dans nos monnayages, au droit du denier RIC 274. On y a vu une allusion à la victoire de Philippes (42 av. J.-C.), lors de laquelle Octave avait voué le temple de Mars Vltor43 ; par ailleurs, Mars fut également honoré sur le site d'Actium, avec Neptune et Apollon44 • Mais, à l'instar de Vénus, ce dieu n'est pas obligatoirement lié à un événement particulier et peut incarner davantage que le rappel d'une victoire: car de même que Vénus est la mère de tous les Énéades, Mars est le père du peuple romain. Même - surtout - en ce qui concerne Apollon (RIC 272 45 ), la prudence s'impose dans l'interprétation. Bien sûr, on le retient surtout comme le grand dieu d'Actium, qui sera honoré dans le temple du Palatin, mais il ne faut pas oublier que c'est au lendemain de la victoire sur Sextus Pompée, lors de son retour à Rome, qu'Octave voua ce temple, geste qui ne pouvait manquer de rapprocher déjà le vainqueur de Nauloque du dieu Apollon46 . Le Mercure au revers du denier RIC
Cf. infra à propos des deniers RIC 252 et 253 figurant Pax. App., B.e., V, 130: «Il rétablit la paix, depuis longtemps bouleversée, sur terre et sur mer» (à propos de la colonne rostrale, cf. infra). Les mots xcnti TS yqv XCtl 8tiÀomu()(v sont l'exact équivalent de l'expression latine terra marique, qui désigne la victoire totale sur l'ennemi, amenant la paix universelle; on la trouvera utilisée à propos de la victoire d'Actium et de la paix qui s'ensuivit (cf. Hor., Ep., IX, 27 terra marique uictus hostis ; Liv., 1, 19, 3 pace terra marique parta ; RG, XIII cum ... terra marique esset parta uictoriis pax; Suet., Aug., XXII, 1 terra marique pace parta). Sur le sens et la symbolique de la formule, reprise à la tradition encomiastique hellénistique, voir A. MOMIGLIANO, Terra marique, dans JRS, 32, 1942, p. 53-64. 41 Cf. l'invocation à la déesse qui ouvre le poème de Lucrèce: Aeneadum genitrix ... 42 Cf. R. SCHILLING, La religion romaine de Vénus depuis les origines jusqu'au temps d'Auguste (BEFAR, 178), Paris, 1954, p.301-342. Est-il vraiment nécessaire, pour expliquer ce type, de faire référence aux Ludi Veneris Genetricis de 34 av. J.-C. (Dio, XLIX, 42, 1), comme le fait C.H.V. SUTHERLAND, op. cit. ln. 3], p. 147 ? La tentative de D. MANNSPERGER, Die Münzpriigung des Augustus, op. cit. ln. 25], p. 366, de mettre les types vénusiens en rapport avec l'ambassade d'Octavia en 35 av. J.-C. et avec la statue qu'elle reçut cette même année ne convainc guère. La déesse apparaît bien plutôt, en dehors de toute contingence, comme la protectrice de l'héritier de César - il n'est pas anodin de constater qu'Octave imperator, au revers du denier RIC 251, porte le même sceptre que la déesse au revers du denier RIC 250 (les deux monnaies étant unies par une correspondance typologique). 43 Suet., Aug., XXIX, 2 ; Ov., Fast., V, 569. On a ainsi associé cette pièce IMP CAESAR à l'aureus RIC 273 et au denier RIC 272 de la même émission pour former un triptyque commémorant les trois grandes victoires de l'héritier de César: Mars symboliserait Philippes, la Diana Siciliensis Nauloque et Apollon Actium (cf. K. KRAFT, op. cit. [n.5], p. 14; W. TRILLMICH, op. cit. ln. 5], p. 483). 44 Suet., Aug., XVIII, 3 : ampliato uetere Apollinis templo locum castrorum, quibus fuerat usus, exornatum naualibus spoliis Neptuno ac Marti consecrauit (<< après avoir agrandi l'ancien temple d'Apollon, il consacra à Neptune et à Mars le lieu du campement où il avait séjourné, qu'il avait orné de dépouilles navales »). Sur Apollon, Mars et Neptune honorés comme les dieux d'Actium, cf. J. GAGÉ, Actiaca, dans Mélanges d'archéologie et d'histoire (École française de Rome), 53, 1936, p. 37-100; sur le monument orné des dépouilles d'Actium, voir dernièrement J. OSGOOD, Caesar's Legacy. Civil War and the Emergence of the Roman Empire, Cambridge, 2006, p. 377-378 (avec bibliographie). C.H.V. SUTHERLAND, op. cit. ln. 3], p. 154-155, explique le Mars de la pièce IMP CAESAR comme complétant la liste des dieux honorés après Actium. 45 Nous ne pensons pas que la tête laurée au droit du denier RIC 271 représente Apollon: cf. infra. 46 Vell., Il, 81, 3 et Dio, XLIX, 15,5. Le temple ne sera dédicacé qu'en 28 av. J.-c. Properce, dans l'élégie IV, 6, présente la bataille d'Actium comme le mythe étiologique de la fondation du temple d'Apollon Palatin: à cette époque
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257 47 ne permet pas davantage de préciser la datation de cette monnaie, qui trouve sa place aussi bien dans le contexte des années de Nauloque qu'après Actium. Dans le cas de quelques autres monnaies, l'interprétation des types n'est pas assurée et ne peut donc servir à préciser la datation: ainsi les deniers RIC 266, 269, 270 et 272, que l'on a généralement datés d'après Actium sans que les arguments avancés soient contraignants. On observe cependant que certaines hypothèses avancées jadis se sont transformées, au fil des études, en fausses certitudes. L'exemple le plus frappant est celui de l'édifice figurant au revers du denier RIC 266 : avec une stupéfiante unanimité, les numismates le renseignent désormais comme une représentation de la Curia Iulia48 , dans laquelle Octave avait installé, en 29 av. J.-c., la fameuse statue de Victoire ramenée de Tarente 49 • Cette identification repose sur la présence d'une Victoire sur un globe représentée au faîte de l'édifice, en laquelle on a voulu reconnaître, un peu rapidement, la Victoire de Tarente, ce qui amenait à dater ce denier d'après 29 av. J.-C., ainsi que l'aureus RIC 268 et les deniers RIC 254-255, dont les revers présentent également une Victoire juchée sur un globe so . R.A. Gurval, par une lecture plus scrupuleuse du passage de Dion Cassius, a démontré la fragilité des liens établis et remis en question la datation généralement adoptée sl . Ajoutons que pour ce qui est de la Victoire CAESAR DIVI F, on a la certitude que ce type monétaire était en circulation bien avant 29 av. J.-C., puisque, dès le lendemain d'Actium, L. Pinarius Scarpus l'imite dans le monnayage qu'il dédie à Octave (RRC 546/4-7 ; cf. supra).
(16 av. l-C.), un an après les Jeux séculaires, Apollon n'est plus que le dieu d'Actium et son lien avec Nauloque est oublié. 47 Cette identification fait aujourd'hui l'unanimité, même si l'absence du caducée et la présence de la lyre dérouta bon nombre de numismates: J. LIEGLE, op. cil. [n. 18], p. 108, décrivait la figure comme un «Apollon-Mercure» ; K. KRAFT, op. cit. [no 5], p. 14-18, proposait d'y voir une représentation d'Apollo Leucadius. Son interprétation a déjà été réfutée par l'étude iconographique de P.R. FRANKE, Apollo Leucadius und Octavianus ?, dans Chiron, 6, 1976, p. 159-163. e.H.V. SUTHERLAND, op. cil. [n.3], p. 150-151, Y voyait pour sa part l'Apollo Actius. On ne pourrait justifier le pétase et les talaria dans une représentation d'Apollon; quant à la lyre, si on la trouve souvent associée à ce dieu, elle est, au même titre que le caducée, également l'attribut de Mercure, qui en est l'inventeur, comme le rappelle Hor., Carm., l, 10,6 et Ill, Il, 1-4; elle figure ainsi au revers du sesterce RRC 472 (daté de 45 av. J.-C.), qui présente au droit une tête de Mercure, portant le casque ailé et accompagnée du caducée. 48 K. KRAFT, op. cil. [no 5], p. 10; C.H.V. SUTHERLAND, op. cit. [no 3], p. 151 et 154; P.V. HILL, Buildings and Monuments on Augustan Coins, C. 40 BC-AD 14, dans NAC, 9, 1980, p. 209; F. PRAYON, op. cit. [no 25], p. 324; W. TRILLMICH, op. cit. [no 5], p. 510; D.R. SEAR, op. cit. [no 12], p. 257 (ce dernier et F. Prayon s'appuient sur la ressemblance avec les vestiges de la curie telle qu'elle apparaissait après la restauration de Dioclétien). J.C. BALTY, Curia ordinis. Recherches d'architecture et d'urbanisme antiques sur les curies provinciales du monde romain, Bruxelles, 1991, p. 12-13, s'appuie sur la représentation du denier pour reconstituer l'ordonnance de la façade de la curie augustéenne. Sur les dimensions, l'orientation et la décoration du bâtiment de la fin du Ille S. ap. J.-e. (qui devait être sans doute globalement assez proche de l'état à la période augustéenne), voir J.e. BALTY, op. cit., p. 15-21 et E. TORTORICI, dans LTUR, J, 1993, p. 332-334, S. V. Curia Iulia. 49 Dio, LI, 22, 1-2. 50 La Victoire au revers de l'aureus IMP CAESAR est identique à celle qui surmonte le bâtiment du denier RIC 266; C.H.V. SUTHERLAND, op. cit. [no 3], p. 151 et 154, y voit une représentation de la statue de Tarente. Nombre de numismates ont voulu reconnaître celle-ci dans la Victoire de l'émission CAESAR DIVI F (RIC 254-255), pourtant sensiblement différente de celle figurée sur l'apex de l'édifice: J. LIEGLE, op. cit. [no 18], p. 101 ; K. KRAFT, op. cit. [no 5], p. 20; P.V. HILL, op. cit. [no 48], p. 209-210; W. TRILLMICH, op. cit. [no 5], p. 510; D.R. SEAR, op. cit. [no 12], p. 257. Selon F. PRAYON, op. cit. [no 25], p. 324, les deux types peuvent représenter la Victoire de Tarente. En réalité, la description qu'en donne Dion Cassius ne permet d'identification assurée avec aucune Victoire de nos deux émissions. 51 R.A. GURVAL, op. cit. [no 6], p. 61-62.
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P. ASSENMAKER
RIC 266 et 268 (Numismatische Bilddatenbank Eichstéitt)
RIC 254 et RRC 546/4, revers (Numismatische Bilddatenbank Eichstéitt)
Une autre pièce IMP CAESAR (Rie 270) présente au revers Octave assis sur la sella euru/is, tenant dans la main droite une statuette de Victoire tendant une couronne. Octave est ici manifestement présenté en magistrat, mais en même temps, la présence de la Vietoriola rappelle la position de prééminence que lui confèrent ses succès militaires (qu'il s'agisse de Nauloque ou d'Actium) : «Beamter und Herrscher zugleich ! »52. Il est difficile de déceler dans ce type une référence à un événement précis 53 et ce n'est pas l' énigmatique borne hermaïque accompagnée du 54 foudre qui nous permettra de préciser la période d ' émission de cette monnaie et du denier Rie 269. Il ne faut pas davantage espérer tirer une indication chronologique précise du type de l' oiketès (Rie 272), qui n'est pas assez explicite que pour être mis en relation certaine avec la fondation de Nicopolis 55 .
Les monnaies de Nauloque
À la suite de la remise en question proposée par R.A. Gurval, on a montré que les types monétaires mentionnés ci-dessus ne peuvent être accrochés de façon suffisamment ferme à aucun événement des années 36-27 av. J.-C. : il faut dès lors se contenter de les situer dans cette fourchette chronologique, sans céder aux tentations de 1'« actio-centrisme». Toutefois, pour certaines pièces de nos deux émissions, on parvient à dissiper quelque peu ce relatif flou chronoP. ZANKER, op. cit. [no 25], p. 64. H. MAlTINGLY, op. cit. [no 16], p. CXXIV, propose d'y voir y une allusion à l' octroi de la tribunicia potestas en 29 av. J.-C ; selon D.R. S EAR, op. cit. [no 12], p. 259, ce type « clearly relates to Octavian's activities in the East». 54 De nombreuses hypothèses ont été émises quant à la nature de la divinité représentée. Terminus (le foudre rappelant que le dieu partage avec Jupiter le temple du Capitole): H . M AlTINGLY, op. cil. [no 16], p. CXXll I-CXXIV; K. KRAFT, op. ci!. [no 5], p. 9-10 ; C.H.V. S UTHERLAND, op. ci!. [no 3], p. 150. Jupiter-Terminus: H.A. GRUEBER, op. cil. [no 16], p. 14; 1. LlEGLE, op. cit. [no 18], p.94-96 (selon qui les traits imberbes et juvéniles en feraient même un « Veiovis-Terminus apollinien»); R. ALBERT, op. cit. [no 18], p. 147-148 ; D.R. S EAR, op. cit. [no 12], p.258-260. Jupiter Feretrius (?): P. Z ANKER, op. ci!. [n.25], p.63-64. Veiovis en terme: J.-B. GlARD, op. cit. [no 18], p.68 . J. POLLINI, op. cit. [no 18], p. 348-349, voit dans l'herme ithyphallique une allusion au culte du genius - en tant que puissance procréatrice - d' Octave. 55 État de la question et critique de l' hypothèse traditionnelle chez R.A. G URVAL, op. cit. [no6], p. 58-59.
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CAESAR DIVI F ET IMP CAESAR. DE LA DIFFICULTÉ DE DATER DES ÉMISSIONS MON ÉTAIRES
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logique, en établissant des connexions plus précises entre les types monétaires et le témoignage des sources littéraires. Nous sommes ainsi en mesure de distinguer au sein des séries CAESAR DIVI F et IMP CAESAR un certain nombre de monnaies célébrant la victoire sur Sextus Pompée et datant très certainement des années 36-31 av. J.-C.
Rie 252 (Gorny & Mosch Giessener Miinzhandlung. Auction
129)
Rie 253 (Numismatik Lanz Miinchen. Auction 94. Photo : Lübke und Wiedemann, Stuttgart)
En ce qui concerne les deux premières monnaies dont nous traiterons ici, il est en outre possible de les situer dans une chronologie relative par rapport au reste des monnaies CAESAR DIVI F et IMP CAESAR. Il s' agit des deniers RIC 252 et 253 , qui figurent la déesse Pax. Ces deux pièces présentent une bordure perlée (alors que toutes les autres monnaies de nos deux émissions sont cernées d ' un trait continu), prolongeant ainsi l' ornementation en usage dans les précédentes émissions d' Octave (et de manière générale dans le monnayage de la fin de la République). Cette particularité stylistique nous indique qu'elles furent parmi les premières monnaies du nouveau monnayage entamé après Nauloque56 . La présence de Pax conforte cette conclusion, puisque nous avons vu plus haut que dès l' annonce de la victoire à Rome, le sénat avait décrété en l'honneur d'Octave l'érection d'une statue portant une inscription qui proclamait la paix rétablie par le vainqueur.
Rie 273 (LHS Numismalik AG. Auction 91) et 265 (Gorny
& Mosch Giessener Münzhandlung. Auction 117)
Dans le cas de l'aureus IMP CAESAR RIC 273 , la référence à Nauloque fait l'objet d' un consensus absolu de la part des numismates. Le revers montre un temple tétrastyle, dont le fronton orné d' un triskeles indique le rapport avec la Sicile, tandis que la présence d'un trophée marin à l' intérieur de l'édifice commémore la victoire remportée dans les eaux siciliennes. Au droit figure Diane, qui fut naturellement honorée à la suite de ce succès, comme le confirment les émissions de Lyon (cf. supra), puisque la bataille avait eu lieu non loin d' Artemision, petite bourgade célèbre
S6 Judicieuse observation de D. M ANNSPERGER, Die Miinzpréigung des Augustus, op. cil. [n o25] , p. 364 et op. cil. [no 7], p. 23 8. L' auteur propose pour ces deux monnaies la datation absolue, très vraisemblable, de fin 36 av. J.-C.
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pour son temple d'Artémis 57 - de même qu'Apollon sera invoqué comme le dieu d'Actium parce que le combat avait eu lieu près d'un sanctuaire qui lui était consacré. Les incertitudes qui subsistent quant à la nature exacte du bâtiment représenté au revers, sans doute un temple de Diane 58 , ne nous empêchent pas de conclure que nous sommes ici en présence d'une émission commémorant Nauloque, datant des années 36-31 av. J._C. 59 Le denier RIe 265, qui appartient également à la série IMP CAESAR et présente au revers un trophée naval identique à celui qui figure à l'intérieur du temple de l' aureus, fut sans aucun doute émis durant la même période. Diane n'est pas la seule divinité dont se réclama Octave au lendemain de la victoire sur Sextus Pompée. Celui-ci, qui ne possédait comme seule arme que sa flotte, basée en Sicile, faisait montre envers le dieu Neptune d'une dévotion toute particulière, sur laquelle les historiens ultérieurs nous renseignent abondamment6o • Le monnayage qu'il frappa en Sicile dans les années qui précédèrent le conflit met en scène cette relation privilégiée avec le dieu marin 61 • La popularité du fils du Grand Pompée était grande, l'impact de sa propagande neptunienne assurément considérable, puisque, cinq ans après la défaite finale de Sextus, Horace se souvient encore de lui comme du Neptunius dUX62 • Octave se serait même écrié, à l'issue d'une défaite, « etiam inuito Neptuno uictoriam se adepturum »63. On comprendra que, la victoire ayant enfin changé de camp, l'héritier de César ne pouvait manquer de récupérer à son profit le patronage neptunien, destiné, en définitive, à être repris par Agrippa64 •
57 La localisation en est inconnue: cf. App., B.C., V, 116 et Dio, XLIX, 8, 1 (voir HÜLSEN, dans RE, IV, Stuttgart, 1896, col. 1444, s. v. Artemision). 58 Il pourrait s'agir de la représentation du temple de Diane sur l'Aventin, restauré par L. Comificius, amiral d'Octave durant la guerre de Sicile (Suet., Aug., XXIX, 5 ; H.A. GRUEBER, op. cit. [n. 16], p. 14), mais le type monétaire suggère un édifice de petites dimensions. On a alors suggéré qu'il représenterait un petit temple de Diane à Rome, peutêtre édifié en remplacement du temple (détruit) de la déesse in Circo Flaminio : F. COARELLI, Il tempio di Diane "in circo Flaminio" e alcuni problemi connessi, dans DArch, 2, 1968, p. 191-209. Selon P.V. HILL, op. cit. [no 48], p. 215, le temple représenté sur la monnaie aurait été érigé en Sicile. F. PRAYON, op. CÎt. [no 25], p. 323, émet l'hypothèse que le type monétaire évoquerait seulement un projet de construction. On ne peut toutefois rien conclure d'assuré à ce propos, étant donné l'absence de sources complémentaires. 59 Cf. R.A. GURVAL, op. CÎt. [no 6], p. 57-58. L'hypothèse d'un groupe constitué des pièces IMP CAESAR avec au droit Mars, Diane et Apollon (symbolisant les trois victoires de Philippes, Nauloque et Actium), est certes attrayante, mais s'avère une construction a posteriori, conçue de façon théorique sans prendre en compte toutes les données historiques. 60 Fort des divers succès remportés contre les flottes d'Octave, Sextus se faisait appeler fils de Neptune, se vêtait d'une chlamyde azurée et offrait à son divin protecteur des sacrifices exceptionnels (App., B.C., V, 10; Dio, XLVIII, 19, 2 ; 48, 5 ; Plin., Nat. Hist., IX, 55 ; De Viris illustribus, 84,2; cf. également Porph. et Pseudacr. ad Hor., Ep., IX, 7-8). 61 RRC 511. La datation de cette émission est discutée: M.R. CRAWFORD, RRC, p. 521, la date de la période 43/4240 av. l-C.; le témoignage de l'inscription de Lilybée (ILS, 8891) invite au contraire à la situer entre 39 et 36 av. l-C. Sur la question de la datation, voir J. DE ROSE EVANS, The Sicilian Coinage of Sextus Pompeius (Crawford 511), dans ANSMN, 32, 1987, p. 97-157, particulièrement p. 126-129; B. WOYTEK, MAG ?IVS lM? ITER. Die Datierung der sizilis chen Münzpriigung des Sextus Pompeius, dans JNG, 45, 1995, p. 79-94. Dans l'étude de la propagande neptunienne de Sextus Pompée, il importe de tenir compte également des deniers frappés par son lieutenant Q. Nasidius (RRC 483), antérieurs ou contemporains de l'émission sicilienne de Sextus, qui identifient le Grand Pompée au dieu Neptune. 62 Hor., Ep., IX, 7-8. 63 Suet., Aug., XVI, 5. Sur l'impact populaire de la propagande neptunienne de Sextus, voir aussi Dio, XLVIII, 31, 4-5. 64 Au départ de l'expédition vers la Sicile en 36 av. J.-C., Octave tente déjà de se concilier les faveurs des divinités marines, dont Neptune (App., B.C., V, 98). Pendant cette guerre de Sicile, peut-être à la veille même de Nauloque, un présage aurait annoncé au jeune homme la domination des mers (Dio, XLIX, 5, 5; Plin., Nat. Hist., IX, 55 ; Suet., Aug., XCVI, 4).
CAESAR DIVI F ET lMP CAESAR. DE LA DrFFICULTÉ DE DATER DES ÉMISSIONS MONÉTAIRES
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RiC 256 (Gemini, LLe. Auction rI)
C 'est dans cette perspective que doit être considéré, selon nous, le denier CAESAR DIVI F RIC 256, qui figure au droit un buste de la Victoire et au revers un personnage manifestement «neptunien» étant donné sa position et l'aplustre qu'il tient dans la main droité 5. À l'évidence, il ne s'agit pas de Neptune lui-même 66 , mais d'Octave présenté en héros neptunien, nouveau favori du dieu qui a abandonné Sextus Pompée à Nauloque. Nombre de numismates ont cependant vu dans ce denier une allusion à la victoire d'Actium 67 . Ce n'est pas entièrement exclu, puisque Neptune fut honoré à cette occasion, aux côtés d'Apollon et de Mars68, mais il est bien plus vraisemblable que cette monnaie commémore Nauloque et la «réconciliation» entre Octave et Neptune. La figure du type Latran est en effet manifestement inspirée de celle représentée au revers d'un denier de l'émission sicilienne de Sextus Pompée (RRC 511 /3): un personnage imberbe, la tête couronnée, tenant un aplustre de la main droite et le pied droit posé sur une proue; autour de son bras gauche est enroulée une chlamyde.
RRC 51 113, revers (Numismatische Bilddatenbank Eichstiitt) RiC 256, revers (Cabinet des Médailles de Bruxelles. Photo : J. van Heesch)
Le rapprochement est d'autant plus probant que ce denier de Sextus ne représentait pas non plus un Neptune «traditionnel », mais un personnage identifié au dieu marin 69 . Le denier
65 La représentation de la monnaie est dérivée d ' un type iconographique appelé le « type Latran », en référence à la statue colossale de Poséidon conservée au Musée du Latran; on suppose qu ' il provient d ' un original du IVe S. av. l-C., peut-être dû à Lysippe. Il connut une très grande vogue durant toute l'époque hellénistique et devint un type de représentation traditionnel, dans la sculpture comme dans la glyptique, pour Poséidon-Neptune, bien qu'il fût également employé pour représenter d ' autres figures (le plus souvent des divinités) ; cf. S. B ÔHM , Die Münzen der romischen Republik und ihre Bildque/len, Mayence, 1997, p. 65-67. 66 Les quelques monnaies républicaines où figure le dieu nous montrent une tête barbue, souvent laurée, accompagnée du trident (RRC 348/4, 390/2, 420/ 1, 507/2, 510/ 1, 511 /2). 67 C.H.V. SUTHERLAND, op. cit. [n.3], p. 149-150 ; J. POLLINI, op. cil. [no 18], p. 346-347 ; D.R. SEAR, op. cil. [no 12], p. 245-246. Les arguments avancés ne sont pas contraignants et reflètent particulièrement la conception « actiocentriste » traditionnelle. 68 Cf. supra, n. 44. 69 Sans doute faut-il y voir Pompée le Grand en Neptune (cf. E. LA ROCCA, Pompeo Magno "Nouus Neptunus", dans BCAR, n. S. 12, 92/2, 1987-1988, p. 265-292 ; 1. POLLINI, op. cit. [no 18], p. 341), plutôt que Sextus lui-même (P. ZANKER, op. cit. [no 25], p. 49).
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CAESAR DIVI F se présente donc indubitablement comme une réponse à la propagande neptunienne du rival défaieo, récupérée et intégrée dans une perspective plus large, « universelle» (cf. la présence du globe), qui distingue déjà la propagande du futur Prince7 '. Une monnaie encore peut être datée avec une grande vraisemblance de la période suivant Nauloque. Il s'agit du denier IMP CAESAR RIC 271, qui présente au revers une columna rostrata. Au premier abord, ce type pourrait évoquer autant Nauloque qu'Actium, de même qu'un autre denier de cette série, où figure au revers un arc de triomphe (RiC 267). Le sénat avait en effet décrété l'érection de tels monuments à la suite des deux batailles 72 .
RIC27 1 (Gemini, LLC. Auction TI) RIC 267 (Numismatik Lanz München . Auction 94. Photo: Lübke und Wiedemann, Stuttgart)
En ce qui concerne la colonne rostrale toutefois, il est possible d'échapper à cette ambiguïté. Sur notre denier, elle est surmontée d'une statue d'un personnage masculin; cette représentation est la parfaite illustration de la description qu ' Appien donne de la colonne qui fut décrétée en l'honneur d'Octave après Nauloque :
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Selon le témoignage numismatique, la statue de la colonne représentait Octave dans une attitude héroïsée : nu, portant la chlamyde, tenant la lance et le parazonion. Cette présentation
70 Cf. P. ZANKER, op. cil. [no 25], p. 49 ; nous refusons l' hypothèse de l' auteur, qui voit dans ce type la représentation d ' une statue d ' Octave en Neptune - qui ne serait attestée par aucune autre source. On a par ailleurs souvent fait le lien entre le Neptune des monnaies d 'Octave et/ou de Sextus Pompée et le Poséidon de type Latran au revers de tétradrachmes de Démétrios Poliorcète (voir O. M0RKHOLM, Early Hellenistic Coinage. From the Accession of Alexander to the Peace ofApamea (336-188 B. C), Cambridge, 1991 , p. 77-81 , nO 173). Ce rapprochement est sans doute justifié (cf. notamment J. POLLINI, op. cil. [no 18], p. 347), mais il est hors de doute que la première source d'inspiration du type neptunien du denier CAESAR DrVI F soit à rechercher dans le monnayage de Sextus Pompée. 7 1 Ce thème d ' un dieu marin universel , esquissé dans le type monétaire, sera repris et amplifié quelques années plus tard dans le prooemium des Géorgiques, où, entre plusieurs possibilités d'apothéose, le nouveau maître du monde se verra proposer de régner sur les mers: an deus immensi uenias maris ac tua nautae / numina sola colant (Verg., Georg. , 1,29-30 : « ou bien viendras-tu en dieu de la mer immense et les marins révéreront-ils ta seule puissance divine ? »). 72 Après Nauloque : App., B.C, V, l30 (colonne rostrale sur le Forum, surmontée d'une statue en or) et Dio, XLIX, 15, 1 (arc orné de trophées) ; après Actium: Dio, LI, 19, 1 (un arc à Brindes et un autre sur le Forum) et Verg., Georg., Ill, 29 (et Serv. ad loc. : quatre colonnes rostrales). État de la question sur la situation et le nombre exact des colonnes chez D. PALOMBI, dans LTUR, 1, 1993, p. 308, s. v. Columnae roslratae Augusti. 73 App., B.C , V, 130: « Il accepta ... d'être représenté par une statue d ' or dressée sur une colonne sur le forum, dans l'attitude qu'il avait lors de son entrée en ville, des éperons de navires ceindraient la colonne. Et l' image fut érigée, portant une inscription disant qu ' il rétablit la paix, depuis longtemps bouleversée, sur terre et sur mer ». L'hypothèse d ' une représentation d 'Octave sous les traits de Mars proposée jadis par J. LIEGLE, op. cil. [n o 18], p. 106, ne repose sur aucun argument solide.
CAESAR DIVI F ET IMP CAESAR. DE LA DIFFICULTÉ DE DATER DES ÉMISSIONS MONÉTAIRES
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n'étonne pas dans le cas d'une statue exaltant un vainqueur selon le modèle hellénistique74 • Il n'est pas invraisemblable par ailleurs que le maintien (aX~I-1IX) d'Octave à son entrée en ville ait été effectivement marqué par un fort caractère hellénistique: nous savons que Pompée, dont le triomphe de 61 av. J.-C. avait marqué les esprits par sa magnificence, y avait défilé drapé dans la chlamyde d'Alexandre le Grand 75 . Au droit de la monnaie figure une tête masculine imberbe, aux traits identiques à ceux des portraits d'Octave, couronnée de lauriers. Cette particularité a poussé certains numismates à y voir Apollon ou Octave assimilé au dieu, cette identification soutenant leur datation post-Actium76 . S'il n'est pas exclu que la couronne de lauriers évoque un rapprochement avec Apollon, ce seul attribut n'autorise cependant pas à voir dans ce type une tentative d'assimilation divine. Dion Cassius (XLIX, 15, 1) nous apprend que juste après Nauloque, avant le retour d'Octave, le sénat lui accorda le droit de porter en tout temps la couronne de lauriers (ordinairement réservée aux triomphateurs). Il est permis de penser que durant son ouatio du 13 novembre 36 av. J.-C., le vainqueur arborait cette distinction et que cette couronne est un des éléments justifiant l'insistance d'Appien sur le aX~1-11X d'Octave à son entrée en ville. La couronne que porte Octave au droit de notre denier rappelle cet honneur insigne et confirme que la colonne du revers est celle de Nauloque. Les types de droit et de revers invitent donc à dater cette monnaie de la période qui suit la victoire sur Sextus Pompée77 . Nous sommes désormais en mesure d'assurer qu'au moins six pièces de nos émissions sont à situer dans cette période de 36-31 av. J.-c. Une autre pièce CAESAR DIVI F pourrait également faire partie des émissions commémorant les honneurs décernés à Octave après Nauloque, mais son interprétation est plus hypothétique. Il s'agit de l'aureus RIe 262, qui présente au revers un cavalier dans la nudité héroïque, une chlamyde sur le bras gauche. Ce type a le plus souvent été expliqué comme la représentation d'une statue équestre d'Octave, soit celle élevée in rostris en 43 av. J.-C., qui figure sur plusieurs monnaies de la fin des années 40 av. J._C. 78 , soit une autre non
74 La statue telle qu'elle est représentée sur le type monétaire ne peut que faire songer au célèbre bronze conservé au Palazzo Massimo aile Terme à Rome, datant du Ile s. av. l-C., qui représente un imperator romain à la manière des souverains hellénistiques (cf. P. ZANKER, op. cil. [no 25], p. 15-16). 75 Sur le triomphe de Pompée et son retentissement, voir J. VAN OOTEGHEM, Pompée le Grand, bâtisseur d'empire, Louvain-Paris, 1954, p. 281-287. P. ZANKER, op. cit. [no 25], p. 50, suppose sur base du type monétaire que, lors de l'ouatio de 36 av. J.-c., Octave défila lui aussi, sur le modèle de Pompée et des rois hellénistiques, vêtu d'une chlamyde. D. MANNSPERGER, Die Münzpragung des Augustus, op. cil. [no 25], p. 365 et op. cit. [no 7], p. 234-235, propose de voir une illustration du aX~fllX (compris au sens secondaire et restrictif de « Tracht », « tenue ») auquel fait allusion Appien dans le type de l'imperator sans cuirasse (RIC 253), la « korperhafte Plastizitiit» de l'image invitant à y voir une représentation de statue; l'hypothèse est ingénieuse, mais ne s'appuie que sur des observations stylistiques discutables. 76 C.H. V. SUTHERLAND, op. cit. [n. 3], p. 154, et RIC, p. 60, décrit le type comme une représentation d'Apollon, de même que K. KRAFT, op. cit. [no 5], p. 9, qui argue de la présence de la couronne de lauriers - qui serait encore réservée aux dieux - pour refuser l'identification avec Octave. P.V. HILL, op. cit. [no 48], p. 212 et D.R. SEAR, op. cit. [no 12], p. 258, y voient « Octavian as Apollo» et datent pour cette raison la pièce d'après Actium. 77 Cette datation fut proposée par P. ZANKER, op. cit. [no 25], p. 50, qui voit également dans la couronne de lauriers celle décernée par le sénat; elle est reprise par J. OSGOOD, op. cit. [n.44], p. 300-301. La colonne est correctement identifiée comme étant celle de Nauloque par D. PALOMBI, op. cit. [n.72] et R. STOLL, Architektur au! romischen Münzen. Kulturgeschichtliches im Spiegel der antiken Numismatik, Trèves, 2000, p. 198, mais les deux auteurs reprennent la date du RIC (29-27 av. J.-c.). 78 La statue, mentionnée par Vell., II, 61, 3, est représentée au revers d'un aureus daté de 42 av. J.-C. (RRC 497/1), qui présente en exergue la légende S-C de part et d'autre d'un rostrum tridens (qui symbolise le lieu où se dresse la statue). C'est peut-être la même statue (contra P.V. HILL, op. cit. [no 48], p. 213) qui figure sur les revers des deniers RRC 490/1 et 3, datés de 43 av. J.-C. (mais le cavalier ne tient plus le lituus qui figurait sur l'aureus et l'éperon n'accompagne plus la légende S C). Le denier RRC 518/2, daté de 41 av. J.-c., montre également une statue (comme l'indique la légende POPVL IVSSV), mais le cheval est représenté en mouvement et non plus à l'arrêt (ce qui est le cas aussi sur le denier CAESAR DIVI F). P. ZANKER, op. cit. [no 25], p. 46-48, considère que toutes ces monnaies, y compris
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P.ASSENMAKER
attestée par ailleurs 79 . Toutefois, honnis la similitude avec les représentations sur les monnaies mentionnées, aucun élément ne prouve que notre aureus représente effectivement une statue équestre (on ne trouve notamment aucun élément de légende similaire à celui qui précisait sur les autres monnaies l' instance qui avait fait élever la statue)80.
RIC 262 (Numismatische Bilddatenbank Eichstiitt)
Peut-être est-il possible de proposer un rattachement à la célébration de la victoire de Nauloque: comme sur la colonne rostrale, qui commémorait l'auatia de 36 av. l-C., Octave est représenté dans une attitude héroïsée, vêtu de la chlamyde. On sait d'autre part que dans cette cérémonie, le vainqueur défilait non pas en char, comme lors d'un triomphe, mais à cheval81. Il n'est dès lors pas exclu que cette représentation d'Octave à cheval évoque son entrée en ville le 13 novembre 36 av. J.-c. et soit à dater de la même période que les six autres monnaies commémoratives de Nauloque.
Remise en perspective de l'impact respectif de NauJoque et d'Actium dans Je monnayage d'Octave
En dernière analyse, parmi les nombreuses monnaies que comptent les émissions CAESAR
DIVI F et IMP CAESAR, deux seulement peuvent être datées avec certitude des années qui suivent la victoire d'Actium. Il s'agit des deniers RIC 263 et 264, qui présentent au revers un
quadrige triomphal. Ce type illustre sans aucun doute le retentissant triomphe célébré par Octave à son retour à Rome, en août 29 av. l-C. Quant au quadrige vide sur les aurei RIC 258 et 259, il est difficile de savoir s'il s' agit d 'un currus triumphalis, vide parce qu'incarnant la promesse d ' un triomphe 82 , ou d'une tensa, ce char à la caisse ornée de reliefs, qui transportait les attributs des dieux (sacra) lors de la procession des fudi circenses 83 .
la pièce CAESAR DIVI F, illustrent la statue de 43 av. J.-C. (les types avec le cheval à l'arrêt auraient été conçus avant l'érection du monument, ceux avec le cheval au galop représenteraient la statue dans son état définitif). 79 K. KRAFT, op. cil. [no 5], p. 21 , considère qu ' il s'agit d' une « Ehrenstatue für den zurückkehrenden Sieger von Actium » ; D.R. SEAR, op. cit. [no 12], p. 243, évoque une statue érigée après Philippes, sans indiquer aucune source. 80 Cf. l' interprétation de C.H.V. SUTHERLAND, op. cÎt. [no3], p. 149, qui date ce type d' après Actium et y voit la représentation du « dux appearing to receive the salutation of his troops, or possibly Octavian 's arriva I in Rome in August 29». P.V. HILL, op. cil. [no 48], qui étudie les représentations de monuments sur la monnaie augustéenne, ne prend pas en compte cette pièce lorsqu'il traite des statues équestres (p. 200 et 213). 81 Ce qui est confirmé dans le cas de l'oua/io de 36 av. J.-C. par Dio, XLIX, 15, 1. 82 C.H.V. SUTHERLAND, op. cit. [no 3], p. 150 et RIC, p. 59. 83 Dans la question de l'identification de ce char, il faut prendre en considération les deniers de L. Rubrius Dossenus (RRC 348/ 1-3), datés de 87 av. J.-c., qui présentent au revers un quadrige dont le char possède de hautes parois décorées, fermées sur le dessus (ce qui évoque une tensa), et est surmonté tantôt d ' une Victoire tendant une couronne (RRC 348/ 1-2), tantôt d' une Victoire en bige (RRC 348/3). Les numismates ne s'accordent pas non plus sur la nature de ces chars, currus triumphales ou tensae (voir M.H. CRAWFORD, RRC, p. 362-363, qui, s'opposant à
CAESAR DM F ET IMP CAESAR. DE LA DIFFlCULTÉ DE DATER DES ÉMISSIONS MONÉTAIRES
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RIC 264 (Tkalec AG. Auction 2002)
RIC 258 (Numismatische Bilddatenbank Eichstéitt)
Les monnaies au currus triumphalis n'étaient vraisemblablement pas les seules à commémorer la victoire d'Actium et le triple triomphe de 29 av. J._c. 84 , mais il est impossible de distinguer avec certitude d'autres types se référant clairement et univoquement à la situation des années 31-27 av. J.-c. À l'inverse de ce que l'on a souvent prétendu, la victoire d'Actium n'occasionne en réalité aucun changement dans le monnayage d'Octave85 . Une étude rigoureuse de la datation des émissions CAESAR DIVI F et IMP CAESAR interdit désormais de considérer leur caractère exceptionnel dans le paysage monétaire de la fm de la République comme le fruit de la victoire finale. En réalité, s'il est un événement qui a infléchi dans cette voie le développement du monnayage du jeune César, il s'agit bel et bien de Nauloque, sa première grande victoire « personnelle ». Un tel déplacement de perspective n'est pas anodin. Il amène en effet à prendre en considération, à côté d'Actium, un deuxième pôle autour duquel doit s'articuler l'histoire de la genèse du Principat. Un récent article a souligné l'importance cruciale des années 36-28 av. J.-c. dans la transition vers le nouveau régime 86 • C'est durant cette période, qui va de Nauloque à la prise par Octave du nom d'Auguste, que les mutations essentielles s'accomplissent. C'est à ce moment également qu' est frappé le monnayage étudié ici. L'historien possède donc avec ces émissions une source de première importance sur l'impact idéologique des événements majeurs autour desquels s'articule cette période. Pourtant, cette précieuse mine d'informations n'a pas toujours été exploitée à sa juste valeur, quand on n'a pas purement et simplement ignoré son existence. C'est que les incertitudes chronologiques liées à ces monnayages ont pu légitimement effrayer bien des historiens; d'autres par contre, séduits par d' attrayantes constructions, se trouvèrent prisonniers de perspectives biaisées. En dégageant ici les éléments de datation assurés, nous avons tenté d'offrir à 1'historien une base de travail sûre, qui permette de rendre aux monnaies CAESAR DIVI F et IMP CAESAR la place qu'elles doivent occuper dans les études sur la construction idéologique du Principat87 •
l'interprétation traditionnelle, les identifie comme des quadriges de triomphe « intended to allude to a hoped-for, not to an actual triumph »). 84 Peut-être l'arc de triomphe au revers du denier RIC 267 représente-t-il un de ceux décrétés par le sénat à la suite d' Actium (cf. supra). 85 Nous rejoignons ici la conclusion de R.A. G URVAL, op. cil. ln. 6], p. 64. 86 F. MILLAR, op. cil. [no 21], p. 1-38. 87 La place des émissions CAESAR DrV! F et lMP CAESAR dans la propagande des années 36-27 av. J.-C. sera étudiée dans un prochain article, à paraître sous le titre de Monnayage et idéologie dans les années de Nauloque et d 'Actium.