Monnayage et idéologie dans les années de Nauloque et d’Actium morePublished in: RBN, 154, 2008, p. 55-85. |
77 views |
Roman History, Iconography, Augustan Poetry, Ancient numismatics (Archaeology), Ancient Roman Numismatics, and Augustan Principate
REVUE BELGE
DE
NUMISMATIQUE
ET DE SIGILLOGRAPHIE
EXTRAIT
CLIV - 2008
BELGISCH TIJDSCHRIFT
VOOR
NUMISMATIEK
EN ZEGELKUNDE
OVERDRUK
BRUXELLES - BRUSSEL
Pikrhk ASSENMAKKH (*)
MONNAYAGE ET IDEOLOGIE DANS LES ANNEES
DE NAULOQUE ET DACTIUM
Une des avancees majeures accomplies ces dernieres annees dans
l'ctude du Principat augusteen a consiste dans une approche plus nuaneee
de la gene.se du nouveau regime, qui a mis en lumiere 1'importance capi-
lale des annees 3(> a 28 av. J.-C. pour revolution des structures politiqucs
el l'elaboration de l'ideologie tjui soutiendra le pouvoir du princeps (').
Durant ces annees, qui precedent direclemenl l'octroi du nom d'Augusle
au jeune Cesar, sont composes les Georgiques de Virgile, les Epodes et cer-
taines odes d'llorace ainsi que le debut de fouvrage de Tile-Live, cruvres
gencralement considerees comme emblcmatiques de la litterature « augus-
teenne» (2). Celte periode est aussi celle d'une intense aclivite urbanis-
lique, dont Tune des plus importantes realisations est le temple
d'Apollon Palatin, dedie en 28, qui oecupera une place essentielle dans
la legitimation religieuse et ideologique du nouveau regime (!). L'elude
(*) Pierre Assenmakkh, aspirant an Funds national de la recherche scientifiqne a
l'Universite calholique de I .on vain, Faoultc de philosophic et leltrcs, Place Jilaise Pas-
cal 1, 15-1318 Louvain-la-Neuve. F-mail: pierre.asscnmaker@uclouvain.be.
La maliere de cet article a etc presentee dans le cadre du I'orschimgskolloquhmi de
rinstitut fiir klassische Archaologie de runiversite d'l Jeidelberg et a la Societe royale de
Numismatique de Belgique (mai et octobre 2007); les discussions qui out suivi ces ex-
poses out perniis d'ameliorer de nombreux points de cette etude. Nous remercions en
partieulier le professeur Tonio I Iolscher, dont les remarques critiques et les suggestions
on( vivement stimule notre reflexion, (let article doit aussi beaueoup au cours sur le
culte imperial dispense par le professeur John Scheie! an College de France (janvier-
mars 2007).
(1) Voir parficuliorement F. Millar, The First Revolution: Imperator Caesar, 36-28
BC, dans A. Giovannini, B. Grange (eds). La revolution romaine apres Ronald Sijnie.
Bilans el perspectives (Vandceuvres-Gene've, 6-10 septembre 1999). Sept exposes suivis de
discussions (Fondation Ilardt pour l'etude de I'Antiquile classique. Fnlretiens, 4(3),
Geneve, 2000, p. 1-38. F. Millar designe de facon heureusc les annees .'5(1-28 comme
«the regime of Imperator Caesar».
(2) ... mais en realite protondemenl marquees par les troubles des dernieres annees de
guerre civile: voir J. Griffin, Augustan Poetry and Auguslunism, dans K. Gai.insky
(ed.), The Cambridge Companion to the Age of Augustus, Cambridge, 2005, p. 306-320.
II serait preferable de distinguer, aussi dans le domaine de la litterature, une « periode
Lriumvirale», ainsi que l'avait propose a plusieurs reprises R. Syme (voir .1. Osgood,
Caesar's Legacy. Civil War and Emergence of the Roman Umpire, Cambridge, 2006,
p. t-6 et n. 12).
(3) Sur le plan religieux aussi, les initiatives prises par Octave entre M et 28 av. .J.-C.
out efe del.oniiinant.es; e'est. dans les annees du triumvirat qu'esf mis en cruvre ec qu'on
peut appeler la « politique religieuse» augusteenne: voir ,1. Sciieid, Augustus and Roman
/f/JN, 151, 2008, p. 55-85.
imichhe assenmakfr
approfondie des evenements et dcs documents de cctte periode amene a
conclure, avee F. Millar, que «many of the most decisive steps — and
even more important, the most decisive aspects of a fundamental altera-
tion of mentality and political awareness — had already taken place
before imperator Caesar Divi Fililis* was transformed into 'Imperator
Caesar Divi filius Augustus'» (').
Mais un vide interpelle dans ce tableau des annees 36-28 av. J.-C.:
l'apporf des sources numismatiques, pourtant capital dans l'etude des
modes de representation du pouvoir, est presque entieremcnt neglige dans
nombre d'etudes traitant de cetfe periode. En effet, devant les problemes
de datation poses [)ar le monnayage d'fmperator Caesar entre 3(i ct 27
av. J.-C., certains historiens ou numisrnates p referent j)urement et siniple-
ment ignorer le temoignage des emissions monetaires du vainqueur de
Nauloque et d'Aclium, caracterisees par les legendes CAESAH DIVI F
et IMP CAESAH ('). Dans un precedent article, nous avons montre que
la frappe de ce monnayage s'efend sur l'ensemble de la periode allant de
la vicfoire de Nauloque (3(> av. .J.-C.) au moment ou Octave recoil le
nom d'Auguste, en janvier 27 av. J.-C. (,;). La periode d'emission rccouvrc
done exactement celle que F. Millar designe comme la « premiere revolu-
tion » d'Imperator (Caesar.
Nous nous proposons ici de reeonsiderer la propagande et fideologie
elaborees en ces annees par le parti du jeune Cesar en integrant la docu-
mentation — crueiale — que constituent les emissions CAESAR DIVI F
et IMP CAESAR. Par la confrontation entre les images monetaires et les
sources litteraires, nous etudierons parficulierement la facon dont le futur
Prince met en scene sa propre personne et nous nous affacherons a defi-
nir les fondements politiques et religieux (|u'il donne a son pouvoir gran-
dissant.
Religion: Continuity, Conservatism, and Innovation, dans K. Galinsky (od.), op.cil.
[n. 2|, p. 175-193, parLiculieirinent p. 178-18H.
(1) V. Mii.i.ah, op. rit. [n. 1], p. 30.
(5) Ainsi 1'. Wallmann, Triumviri Jrtei I'ubticae eonslituendae. Unlersiichungen zur
polilischen Propaganda im Zweiten Triumvirat (43-HO v. Chr.), Frankfurt am Main,
1989, p. 219, n. 1 ; R. Newman, A Dialogue of Power in the Coinage of Antony and (k-
lavian (44-30 B.C.), dans AJN, s. 2, 2, 1990, p. 37-03; cos deux au tours, qui dressent
le catalogue dcs emissions d'Anloine et d'Octave entre 11/13 et 30 av. J.-C, n'en attri-
hucnl aucimo a ce dernier aprcs I'anncc 37. Mcmc silence sur les emissions CAKSAR
1)1 VI 1'" et IMP CAKSAR chez F. Millar, op. rit. [n. 1], qui s'etonne, a juste titre, dc
cc quo « the 'Roman' coinage thus did not represent the last few years of the regime of
Imperator Caesar as vividly as did other media* (p. 17).
(ti) 1'. Assknmakkr, CAESAR DIVI F el IMP CAESAR. De la difficult de dater
lies emissions monetaires, dans (lh. Mouciiahtk, M.R. Robra Fi.orknzano, Fr. de C\l-
i.aYay, P. Marchetti, L. Smoi.deren, P. Yannopoi'i.os (oils). Liber amieorum 'Tony
Ilaekens (Numisnialica Lovanicnsia, 20), Louvain-la-Neuvo, 2007, p. 159-177. On y
frouvora un bilan dc la recherche sur les emissions CAKSAR DIVI F et IMP CAKSAR
el l'argunicntation soutenanl les datations donne.es ici aux diflorontos monnaios de cos
scries.
monna\.\r.i-; r:r idkoi.oc.ik
Parta uictoriis pax
L'ensemble <lu monnayage emis par [mperator Caesar dans les annees
.'il>-2<S ;iv. .!.-('.. est place sous le signe fie la victoire. an point que I'appel-
lalion de Sieyespriiyunyen est devenue eourante pour designer les series
CAESAR DIVI F el IMP CAESAR ( ). Dans la periode suivant Nauto-
(|iie, le vainqueur de Sextus Pompee emet plusieurs monnaies cornmemo-
ranl I'evenement: deux deniers de la serif CAKSAH l)I\'l F le monlrenl
associe a la deesse Victoria (lilC. 254-5 el 256), tandis (pie deux monnaies
portanl la lei«eiide IMP CAKSAH represenlenl un trophee naval (HIC.
21)5 el *27.'5) — la presence de Diane el du Iriskelrs sur Wiurriis HIC 27.'!
precisenl le lien avec la victoire remportee dans les eaux siciliennes, non
loin d'Arteinision. La deesse ailee figure encore sur deux awei (HIC. 2(11
el 268), pour lesquels on ne pent preciser s'ils furenl I'rappes a la suite de
Nnuloque on d'Aclium (").
Denier CAKSAH DIVI K. 36-31 av. J.-C. {HIC 256) Denier CAKSAH 1)1 VI F. 36-31 av. J.-C. (HIC 25-1)
(Gemini! LLC. Auction U) INamlsmcdixht Bitddtdenbank Eidutitt)
IH-nier IMP CAKSAH. 311-31 av. .I.-C. [HIC 265) Amm IMP CAKSAH. 36-31 av. J.-C. </(/(. 273)
{Corny A' Sliarh (iirssnm Mumhanilhmg. Auction 117) [Nttmismalica .Irs Classica. Auction II)
(7) Ce terme s'esl impose particulierement a Isi suite de reiude de K. Khait. /.ur
Mdnzprigung des .\uyiisliis, Wiesbaden, 19(19.
(8) Si la Victoire de \'aureus HIC 268 represente la Fameuse Victoire de Tarente pla-
ces par Octave dans la Curia lulia en 29 av. J.-C., ninsi cjue I'admettenl la plupart des
nimiisinales. nil pnunnit alors considercr (|iie eel aureus a etc cinis enlic 29 el 27 av.
J.-C, Voir la discussion dans noire article. op. rit. |n. (1|, p. 1(19.
i'ikhhi. assknmakkh
Aureus CAKSAH divi i'. .iti-11 :iv. J.-C. («/(.' 'Jill Aumu imp f.AKSAH. :Mk>7 iiv. J.-C. (H/C 2i1x)
idnrnu iV A/fwr/i tiinsmrr Mun:h<mtlluntj. Auction 1 11) iXiimismntisrhr Itilililtilrnbimk lurhstult)
La calibration de la victoire est done un Iheme majcur de hi propa-
gande (In parti <lu jeune Cesar des le lendemain de Nauloque. Par la
recurrence des images et des symboles, le futur Prince, pietre honime de
guerre, allail imposer I'image d'un general favorise par la Victoire. Cette
faveur de la deesse ailee I it i eonfere la souverainele nniverselle: an revers
tin denier HIC 2"i(i, le vaiiupienr de Sextus Ponipee apparait en heros
neplunien, le pied pose sur nn globe, f.e synihole se retronve snr deux
antres monnaies presentanl la Victoire juehee sur la sphaira (HIC. 254-5
et 2(>8).
I .'art figuralif augusteen I'era la part belle a I'imagerie de la v ictoi-
re ( '): la figure nienie ile la deesse sera ties presente sur les frises des
monuments publics, couronnanl un trophee mi tenant un aplustre a la
main: par ailleurs, divers symboles navals (trophees marins. roslrcs.
aplustres, ancres, gouvernails...) orneront aussi les Irises el acroleres de
temples. Ces tnemes motifs se retrouvenl egalemenl dans Part de la
sphere privee (gemmes el pales de verres ("'). lampes). On considere ge-
neralement <pi'Aclium marque le point de depart de ces representa-
tions ("). S'il est incontestable que la commemoration de cette victoire a
donne lieu a line multiplication el line diffusion sans precedent de ces
(9) Voir T. Holscher, Denkmiilrr tier Srlilttilil mm Allium. I'rnpmjantla und Reso-
iinii:, duns Klin. 117. 1!>X.">, p. 81-102: P. Z\nki:h. Augustus unil die Mcchi ilrr Mirier,
MUnchen, hint. p. X8-»)0: T. Holscher, Hislorisdu Reliefs, dani M. Hoptbb et al. (4da),
Kaiser Augustus tunl die oerlortne Republik. Eine Ausslellung im Martin-Gropius-Bau,
Berlin. 7. Juni-14. August 1988, Mainz am Rhein, 1988, p. 351-400, particulierement
p. 356-357; p. 301-371 (catalogue n" 300-203); p. 373-375 (catalogue n" 206-207).
(1(1) Sur In reflexion des evenemenls poliliipies et des themes de propnfjnnde (Inns In
glyptique n fepoque de I'm-cession nu pouvoir d'Octnve, voir ('.. Madichna-I.aitkh,
Glyptik, dnns M, 1 loFTBB et nl. (eds), »/'. tU. [n. 9]a p. I Il-I7:i. particulierement p. I 11-
159; G. Skna C.iiiksa. Olliwiuim rupnparte: simbolici politici in Roma nella produzione
glittica delta fine delta repubblica t del principato augusteo, dans P.G. Michblotto (ed.),
Aoytoc ivr(p. Slurii rii nnlichitd in memoria ili Maria AUilio Levi. Milano, 2002, p. 395-
121'.
(11) Cf. T. I Ioi.sciii:h. Denkmdier..., op.cit. [n. 9], p. 81: «Die Schlaohl von Actium
ist niehl nur der (frundiingssicg des I'rinzipnts. sic ist aueli tier AusguiiKspunkt der au-
gusteischen Repr&sentationskun&l»: mime opinion ;i propos de In glyptiqne chez <• M\-
dhbna-l.acteh. lip. t il. |ll. 1()|. p. 11.")-I Mi.
monnayage et ideolog1h
59
motifs ieonographiques, lc temoignage des monnaies eniises a la suite de
Nauloque nous invite toutefois a faire remonter au lendeniain de cello
bataille les debuts de la symbolique el de l'iconographie augusteennes de
la vietoire (,2). Ce n'est pas seulement Aclium, mais bien les deux vietoires
navales d'Imperator Caesar qui sont a l'origine de cette celebration de la
vietoire et de la souverainete universelles, dont le futur Auguste fait un
des fondcmenls ideologiques de son pouvoir
II en va de nieme pour un autre theme, etroitement lie a celui de la
vietoire et qui connaitra une fortune peut-etre plus grande encore: celui
de la paix ("). L'ideal de la pax Augusta, incarne dans VAra Paeis Augus-
lae, repond aux atlentes d'une generation exsangue et epuisee par les
guerres civiles et deviendra un fondement essentiel du nouveau regime.
Le jeune Cesar fut tres tot conscient de la necessite de se presenter en
champion de la paix: a son retour a Home en novembre 36 av. J.-C, lc
vainqueur de Sextus Pompee annonca dans ses discours au senat et au
peuple la fin de la guerre civile el le retour de la paix (ls). Entre aulres
honneurs, le senat lui erigea une statue placee an sommet d'une colonne
rostrale et aecompagnee d'une inscription disant qu'« il retablit la paix,
(12) Cf. (i. Sena Ciiif.sa, op. cit. [n. 10], p. -109, a propos rles themes marins dans la
glyptique: «Ad eccezione dei delfini, solo dopo la ballaglia di Nauloco del 36 a.C. ven-
gono associate ad OUaviano le iriimagini legale al mare (iiavi, prora di nave, apluslre,
spesso aecompagnale da delfini). Esse saranno poi riprese dopo la definiliva viltoria
aziaea». Voir de maniere generale M. I Iai.m-Tisskkant, La celebration d'Aclium et
I'oubli de Nauloque. De la mi.se en images de la uictoire navale, dans N. Kheutz,
li. Schwkizkr (eds), Tekmeria. Archaologisrhe Zeuanisse in Hirer kullurlii.storischen und
polilischen Dimension. lieitrage. fur Werner (lauer, Miinsler, 2006, p. 103-118. Si ton ne
pent que suivre rauleur lorsqu'elle ratnene l'elaboration d'un «repertoire commemo-
ratif» dans l'art offieiel a la celebration de Nauloque (p. 103-109), on regrette par
eontre, outre quelques erreurs ou impreeisions ponetuelles, qu'elle soit tributaire des
<la la lions « post-Actium» des emissions CAESAR DIVI F et IMF CAESAR, ee qui
1'aniene, forcement, a relever des «retirements et contradictions» (p. 115) dans l'elabo-
ration ideologique du Principal, au lieu d'en reconnaitre la eontinuite et la coherence
remarquables (voir noire conclusion infra).
(13) II est possible (pie l'ambiguite ou la non-specificite des images monetaires relati-
ves a la vietoire, qui rend si problematique la datation de eertaines monnaies, ait ete
intentionnelle et ait eontribue a l'usionner dans l'esprit des conleruporains le souvenir
des deux vietoires fondatriees pour creer un «elimat.» ideologique: voir B. Simon, Die
Selbstdarstelluny des Augustus in der Miinzprdgung und in den Res Gestae (Antiquitates,
1). Hamburg, 1993, p. 98.
(11) Sur les themes, en realite indissociables, de la vietoire et de la paix dans ('ideo-
logic augusteenne, voir E.S. Ghuhn, Augustus and the Ideology of War and Peace, dans
R. Winkhs (ed.), The Age of Augustus. Interdisciplinary Conference held al Brown Uni-
versity April 30-Mag 2, 19X2 (Publications d'histoire de l'art el d'areheologie de 1'1'ni-
versite eatholiijue de Louvain, 11 = Archaeologia Transatlanliea, 5), Louvain-la-Neuve-
Pmvidcnce, R.I., 1985, p. 51-72; P. Zankhh, op. cit. [n. 9], p. 188-196; K. Bai.bcza,
/.)i7' Sicgesideologie von Octavian Augustus, dans Los, 86, 1999, p. 267-299.
(15) App., H. C. V, 130.
60
I'lKRHi: ASSKNMAKKH
dcpiiis lon^temps houleversee, sur terre fl sur mer* ("): apparait id lc
theme de la pax terra marique, que l'on retrouvera massivenient employe
apres Actium (,7). Dans les inois qui suivirent Nauloque, le vninqueur I'M
I'rapper deux (k'nicrs ou il figurail en imperator, associe a la deesse Pax.
identifiee par le raineau d'olivier el la come d'abondance (/>'/(.' 252 el 2.").'?).
lh-nkT CAKSAIt DIVI V, fin MUM,. Xi av. .1 A.. {UIC £i2> lltni.r CAKSAH DIVI K. fin Mi. 35 av. J.-C (/(/(.' rill
((>«r/ij/ A' Munch (iicssnvr Mundumllimy. Auction I2!l) [Nmisnwlik /.«».- Miinchcn. Aucliun Ml.
PhetO : Ltbkt uml Wit'ilciilnllll. .Mlllt^ar!)
Apres Ariiiim el la defaite finale d'Antoine el CleopsYtre a Alexandrie,
les themes de la victoire e1 de la paix seront, de facon bien naturelle, an
c<eur de la propagande d'lmperator Caesar. Le retour de la paix fut so-
lennellement ceiebre If 11 janvier 29 av. J.-C. par la fermeture des portes
dii temple de .Janus — la premiere des trois qui allaienl ponctuer le regne
d'Auguste ('"). Les 13, 1 I el 15 aoul de cette menu- annee soul celebres
les trois triomphes portanl successivement sur les victoires de Dalmatie,
d'Actium el d'Alexandrie.
Le ruonnaya^e des annees 29-27 av. J.-C. — les dernieres emissions
avant (pie le mini d'Au^uste n'apparaisse sur les monnaies — esl eonsacre
principalemenl a la celebration des victoires i orientates» el an retour de
la paix. Les trois triomphes linenl eoinniemnres par deux emissions de
deniers (se distinguant settlement par les le^endes CAESAR DIVI F el
IMI" CAESAR), qui presentent au droit one Victoire delimit sur une
prone, tenant line palnie dans la main gauche et tendanl line couroiine
de la droite, comme pour couronner le triomphateur mis en scene au
revers de la piece (RIC 263-264). Les deniers a la legende AEGVPTO
CARTA, dates de I'annee 28 av. J.-C, mace a la legende COS VI. cele-
brenl la prise de I'Egypte el participenl du me me espril d'exaltation des
succes militaires du jeune Cesar (/?/C 275). On retrouve la Victoire au
(1(>) App., li. C, V. 180 : ttjv EipTjVTjV EfTTaaiafTfXEvr^ be ttoXXoO cs'jvzrs-rrpz xa7X te
yTjv xxi Oa/.airirav. On notrr.i OJBC les nmls xaTa te yvjv Kal OaAaTTav soul I'cxjk I equi-
valent ilc l'expression la tine imn marique.
(17) Ainsi dims hi ceiebre formule des Res gestae, XIII : cum ... terra marique tsset
porta uictoriis pax. Voir ausaj Hor., Bp., IX. 27 terra manque nidus Imsiis; l.iv.. I. til.
.! pace terra marique porta ; Suet., Aug., Wit. 1 terra marique pace porta.
(IS) Cf, Res gestae, XIII: ter mc prineifpe senaiJus daudeadum esse eensuiflj. Voir lc
eomiiu'iitnire dims IV'ilition de .1. Sr.m m (C.11-"). I';nis. 2007. |i. IS (aver hihiio^nipliif).
monnay.vii-: i:t idkoi.ik.ii-:
61
lexers d'un quinaire da 16 de 211-27 nv. .J.-C. (''). ou elle figure sin one
cislc entouree de deux serpents (HIC. 2711). Cette composition s'accorde
bien aver le sens do la legende ASIA HKCKPTA, puisqu'elle illustre la
victoire d'Octave (qui Figure an droit) sur I'Asie: an type monetairr tra-
ditionnel des ateliers d'Asie Minenre (la eiste et les serpents) s'ajoule la
Victoire, element lypique du monnavai>e d'lmperalor Caesar et coinme-
moranl le succes de son action en Orient. On observe le meme prorede
dans unc emission de cistophores d'Epbesc, datce de 28 av. .I.-C. {HIC.
I7(i): an revers figure la deesse Pax, a readmit Iradilionnellemenl occupe
par la ciste, qui est releguee an second plan. La figure, identified par la
let>ende PAX. tient un caducee; en tant qu'attribal de Mercure. dieu
pacifer (cf. infra), celui-ci est devenu tin symbole de paix et trouve done
naturellement sa place entre les mains de la deesse.
Cislnpliuri' fByMll, 2X av. .I.-C. (/(/(.' I7B)
(I'ril: Itwhlf Kioto Munzmhanilluny. taction 133)
(l!t) Kn liiison ill- hi li-fji-nili- ilu droit: CAI-lSAIi [.MP VII (Octave tnl prm hinii- im-
perator pour hi septieme h>is en av. J.-C. et l;i monnaie no mentionne pas encore le
nom d'Auguste),
62
p1f.rre assenmaker
Les honneurs rendus au vainqueur
Au lendemain do Nauloque, alors (|u'Imperator Caesar annoneaif au
senat el au peuple le retablissement de la paix et son intention de res-
taurer la res publica, le senal lionora le vainqueur par une serie de
decrets, dont une partie seulernenl ful acceptee par celui-ci (2"). C'est ainsi
que le 13 novembre 36 av. J.-C, le jeune Cesar celebra sa victoire par
une oualio. Des monuments commemorerenl aussi l'heureuse issue du hel-
ium Siculum: un arc orne de trophees et une eolonne rostrale, surmontee
d'une statue le representant «dans l'attitude qu'il avait lors de son entree
en ville» ("'). Cette eolonne fut erigee sur le Forum, a quelqucs pas de la
eolonne de Duilius; Octave etablissait ainsi un parallele entre la victoire
contre Sextus Pompee et celle remportee sur les Carthaginois a Mylae, a
quelqucs encablures de Nauloque, en 260 av. J.-C. Ce rapprochement geo-
graphique et symbolique contribuait a faire oublier que la bataille de
Nauloque avait etc remportee contre d'autres Romains pour lui donner
le statut d'une victoire sur un ennemi exterieur (~2).
Les emissions monelaires des arinees qui suivirent Nauloque n'ont pas
manque de eomrnemorer ces honneurs decretes par le senat. La columna
rostrata figure ainsi sur un denier de la serie IMP CAESAR (RIC 271) et
il se peut que Youalio du 13 novembre 36 soit rcfletee dans le type du
cavalier au revers d'un aureus de la serie CAL\SAR DIVI F (RIC 262) (2:l).
La victoire d'Actium puis la prise de l'Rgypte donnerent lieu a des
honneurs plus nombreux encore, dont Dion Cassius nous procure une liste
detaillee (LI, 19, 1-20, 4). Le monnayage du vainqueur rappelle certains
de ceux-ci. Nous avons vu plus haut que les trois triomphes d'aout 29
furent commemores par deux emissions de deniers (RIC 263 et 264); l'arc
qui figure au revers d'un denier de la serie IMP CAKSAR (RIC 267)
represente probablement celui erige sur le Forum a la suite d'Actium —
on ne peut cependant exclure qu'il s'agisse de l'arc orne de trophees qui
fut eleve pour celebrer la victoire de Nauloque (-').
(20) App., B. C, V, 130; Dio, XLIX, l.r>, Voir P. Wai.i.mann, op. cit. [n. 5|,
p. 2G9-270.
(21) App., /}. C, V, 130: [X£T<x ax'^J-ctToq o'J7rsp s^ojv zlnfjXQz.
(22) Cf. P. Zankuk, op. cil. \n. 9], p. 50 et D. Pai.ombi, dans LTHH, 1, 1993, p. 308,
.v. o. Columnar roslralae Auqusli. I.a propaganda auguslecnnc, dont l'liistoiiograpliie an-
tique a profondemcnl subi rinl'luenee, a presente Sextus Pompoc comme un chef de
pirates, taisant du bellum Siculum une guerre servile et non plus civile. Co denigrcmonl
du personnage culmine dans la formule anonvme et nieurlriere des Hes gestae, XXV, 1 :
mare pticaui a praedonibus (voir F.J.A.M. Miii.n:u, Sexlus Pom/icius slarhtoffer van Au-
gustus' propaganda?, dans Lampas, 27.1, 1991, p. 305-318).
(23) Ilypothese emise dans noire article, op. cit. |n. 6], p. 175-170.
(21) Dion Cassius nous apprend en el'l'el que des arcs furent erigos a la suile de Nau-
loque (XLIX, 15, 1) el d'Actium (IJ, 19, 1). La representation du quadrige triomplial
an somniet de fare de notre denier invite a y voir plutol celui eleve a la suite d'Actium
et dans le contexle du triple triomphe de 29 av. J.-C., d'autant plus que Dion precise
MONNAYAC.K KT IDKOI.OGIE
Di-nicr IMP CAKSAH. av. .I.-C. {HIC 271) Aureus C.AKSAK 1)IV! K. M\-M av. .I.-C. C'l (/(/(.' 2K>)
{Gemini, LLC. AnettM II) (NiuBtimettxht IliUihlrnbimk BfaMM)
Denier MP CAESAR, :iI-27 av. .I.-C. ff) Hiic 2B7)
iSumisniulik /.««: Munrlirn. Auction M.
I'hntii: l.iihki' uad Wirilrniann. Stuttgart)
La representation de res nionunients on des ceremonies (riomplialcs
sur les tnonnaies trouve un parallele dans les texles poetiques conlcmpo-
rains, qui evoquenl aussi les honneurs commemoranl la victoire d'Actium.
Ainsi Virgile mcntionnc-t-il dans les (ieorgiques les tumuli surgenlis aere
(■illiniums (111, 29), allusion aux quatre colonnes rostra les qui furenl cons-
truites avec le bronze des rostres des navires d'Antoine (J ). Mais parmi
les honneurs rendus an vainqueur, celui qui, indeniaMeinent. inan|iia le
plus les esprits Int le triple triomphe d'aout 29. Des le lendemain
d'Aetiuin, dans la neuvieme epode, Horace a cette exclamation enthou-
siaste: In Triumphe! Tit nwruris utireos ciirrits el inluctas hones'.' (*).
L'interrogation In nwruris Tail peut-etre echo aux reticences el problemes
souleves par la pretention du vainqueur a celebrer ce qui, en depil de
toute la propa^ande. restait line vicloire remportce eontre des Hoinains
dans le cadre d'une guerre civile. Ce texte nous montre en lout cas que
le projet du triomphe elail dcja assez present dans les esprits an lende-
main de la victoire pour trouver un echo sous la plume d'llorace.
que fiirr ilc NiUilc)(|ui' cliiit onie lie Irophi'es, ([iii lie sont |>;is irpivscntes dims If type
monitabe.
C2.")) Voir le coiiimentaire de Srrvius ml. foe. Etat de l:i question sur In situation el le
DOmbre exad iles colonics rlu-z I). I'ai.ombi, op. cil. Iii. 22|. p. .'508.
(26) I lor.. /•;/).. IX. 21-22.
61
fikhhk assknmakkk
Apres aout 29, nous trouverons (It's allusions aux Iriomphes dans deux
text.es de Virgile el d'llorace re.diges respe.ctivement en 29 et avant debut
27 av. J.-C; il n'esl pas sans inlerel de conslaler que, dans les deux cas,
le triomphe est presenle eomme l'honneur supreme rendu au vainqueur
dans le monde des homnies et oppose a la future entree du iuuenis dans
la sphere divine (-7). Cette concordance n'est certainement pas fortuite et
nous laissc entrevoir que le theme du triomphe s'est charge d'une valeur
syinbolique parlieuliere qui s'inlcgre dans 1'ensemble de la construction
ideologique du nouveau pouvoir.
Le vainqueur et la res publica: liberateur, restaurateur et nou-
veau fondateur
Une des conslanles de l'allitude d'Imj)erator Caesar fut de se presenter
eomme le restaurateur de la res publim. A l'aulomne 3(i, deja, lors de son
relour victorieux a Home apres Nauloque, il annonca son intention de
mettre fin au triumvirat et de revenir aux institutions traditionnelles des
qu'Anloinc reviendrait d'Orient: c'etait la une facon de fa ire retomber la
responsabilite de la guerre civile sur son adversaire, alors occupe par
l'expe.dition eonlre les Farthes (■*). Le discours sera tres semblable apres
Actium el la conquete de l'Egypte. En 29-28 av. J.-C, desormais maitrc
de Home, le futur Augusle se donne a voir eomme le liberateur du peuple.
romain: la legende des cislophores avec la deesse Fax (HIC 176; cf.
supra), emis en 28 av. J.-C., le designe eomme LIHEHTATIS F H VIN-
DEX (-''). Le message de cette emission doit etre mis en rapport avec
celui delivre par un aureus recemment decouvert, qui apportc un
lemoignage exceptionnel sur la position politique d'Iniperator Caesar en
cette meme annee 28 av. J.-C. ("'). Le droit presenle le portrait d'Octavc
(27) Verg., (ienrg., I, 503-501: lam pridem nobis caeli le regiii, Caesar, j inuidet atque
Iwminum querilur curare triuznphos; I lor., Curm., I, 2, 49-50: hie maynos polius
triumphos, j hie antes diei paler ali/ue princeps.
(28) App., /}. C, V, 1.T2. Voir I'. Wai.i.mann, op. eil. |n. 5|, p. 272.
(29) Sur k' sens di> ccUo appellalion et son role dans la definition du slalul politique
d'Oclave en 28 av. J.-C, voir J.W. Rich, .1.11.C. Williams, Leges et Ivra P. H. iiesli-
tvit : A New Aureus of Oelavian and the Settlement of 2X-27 HC, dans NC, 159, 1999,
|). 169-213, partieuliereinent p. 183-185. Sur le theme, relaliveinent seeondaire, de la
liberlas dans l'ideologie augusteenne, voir L. Consiclirrf,, « Slogans » monelarii e poesia
augustea, (ienova, 1978, p. 12-47.
(30) Cet aureus a ete porte a la eonnaissanee des nurnisniales en 1992 (Numismalica
Ars Classica, Auction catalogue 5, lot 400). Son aulhentieite a cle niise en doute par
H. Martini, Note in ealce ad una falsa emissione aurea di Oclavianus reeentemente appar-
sa sul mercato anliquario, dans Annolazioni Numismalielie, 5, 1992, p. 94-95, el Id.,
Nttoim nota a eonfenna delta falsifild deW« aureo » di Oclavianus, dans Annolazioni Nu-
mismatiche, 21, 1990, p. 1 (if>-1 (i7. X.'aureus est toutefois generalement ronsidere eomme
authentique. t'n nouvel exemplaire en a ete decouvert en 2005, issu de la collection
mow w i:t iukologie
(if,
eouronne de laurier avec la legende IMI* CAKSAK DIVI F COS VI; au
revere, Octave, vetu de la toge, est assis sur une sella curulis el tient an
rouleau dans la main droite; mi scriniUBl csl pose a cole du siege. Une
legende expucite la scene; LEGES ET [VRA P R RESTITVIT. Cham-
pion de la libertd du peuple romain. Imperalor Caesar csl aussi celui qui
crendit ses lois el droits an peuple romain »("). Si cet aureus esl bien
aulhentupie, nous avons sous les yeux line represcntalion uniipie el cxlrn-
ordinairemenl explicile de la pretention du jeune Cesar a reslaurer la
Hepublupic a I'auhe du regime «augusteen* (1'-').
A until IMI' CAESAR DIVI F cos VI. js »v. J.-C.
(Thr Tnialrra of Ihr liritixh Musnim)
Deux types monetaires de la seric IMP CAESAH illuslrenl de fa con
symbolique la position parliculicrc d'Imperator Caesar vis-a-vis de la res
publico. Au revere d'un denier, il esl represente en magistral, vein de la
toge el assis sur la sella eurulis : toutefois, dans sa main droite, une statu-
ette de la Victoire rap|)elle la position de preeminence (pie lui conferenl
scs succes militaires (RIC 270). I.a meme Victoire figure au sonmiet <lu
bailment represente au revers du denier RIC 266. Si Ton accepte ['inter-
pretation traditionnelle f) qui reconnait dans eel edifice la Curia lulin.
U.K. Marl, cedee an British Museum en I9lti et restce inedite: voir H. Annv. N. IIah-
i.ini;. Two Important Sew Human Coins, dans .V(.'. lti.r>. 2(H)."). p. 17f>-17X, particuliere-
menl p. 175-176. La auteun ronstnlcid epic «frustralinglv. no provenance lor the coin
has come lo liidil ■>. cc ipii laissc done encore Olivette la question de l aid hellt ieile.
(.'ill On: iretablil les lois el les droils du people romain •>. scion que Ton considcrc
I'ahrevinlion I' li coinnie mi dalif on mi yeiiilir.
(32) Une elude Ires delaillee a cle consaeiee a eel annus en rapport avce la defini-
tion des noiivcaux pouvoir d'Oelave en 2.S-27 par J.W. RlCH, J.H.C. Willi wis. up. ctt.
[n. 29]. Voir aussi I'. Millaii. up. rit. |n. 11, p. 5-7; ('.. Botmk. S. Huhter, The Transi-
tion of Rome fmm Republic in Empire. An interpretation in Hit- Light of a Special Aureus
»/ Oetaelan, dans SM, 50/199. 2000, p. 11-12.
(3.'i) Voir cependanl les reserves cxprimces par H.\. (ichvai.. Arlium anil Auipistus.
't in' Politics anil Emotions ofCMl War. University of Michigan. IMS, p. (>l-(>2. et dans
noire article, op. rit. |n. ti|. p. lt>9. Ktal de la question nuance chez ('.. Mai.ac.rixi>.
Architcctura mimismatica. // rasa iliila ('.aria lulia. dans M. Caccamo I'.ai.tahiam).
l). Castrizio, M. Puolisi (cds). l.a tradiziont iconica come fonle attaint. II nolo delta
numismatica uegli siudi di iconografia. Atti del I incontro di Studio del Lexicon iconogra-
66
iMKKKK .\ssi:nm.\ki:ii
inauguree par Octave le 28 aout 28 av. J.-C, le sens qui se degage de
cette image i-st Ires similaire: en offranl aux Patres an siege digne de leur
autorite, llieritier de Cesar restaure pour ainsi dire I'ordre le plus vene-
rable (In systeme repulilicain. mais dans le ineine temps, place eelle res*
tauration sous le signe de sa Vietoire (").
Denier IMP CAKSAIi. ra :«l-27 av. J.-C. I "I [HIC 270| Denier IMP CAKSAH. 2M-27 av. J.-C. ('.'I [HIV. lit it. >
[Sumimmlka Ars Cltmica SAC AC. Auction P) iSimmmutisrht' BttUttoAttdt lurhstatl)
Comme le montre I'inauguratiori de la nouvelle curie, la restauration de
la res publico s'exprime egalement par la restauration materielle de \'Vrbs.
Le meme principe s'ohserve au niveau religieux, indissociable des institu-
tions politiques: se presenter comme le restaurateur de la Reptlblique
ini|)li(pie aussi de retahlir enlre la cite el les die*iix des relations obeissant
aux regies de rancienne religion el, en premier lieu, de rendre aux lieux
de culte la dignite et la magnificence qui leur convienl ("'). C'esl pour-
ipioi, des son retour a Home, le vainqueur des guerres civiles entame line
intense activite urbanistique. L'evenemenl majeur dans ce domaine est la
dedicace du temple d'Apollon I'alatin, mais elle s'accompagne d'un nom-
ine impressionnanl de restauralions. Dans les lies gestae, Auguste men-
phicum S'umismntitw (Mexsina, as Murzo 2003). Itcggio, 2004, p. 121-431. L'auteur
<-< ■ 111 -1 ■ 11. |>. 125. que «in atlesa <li il.ili archcologici pin certi. I'identificazioiie deU'ima-
gine monetale i on hi Curia augusteu rcsta amora quella piu probabile».
i^ili Octave avail place dans la curie on ante! consacre & la Vietoire. accompagnc de
la fanu'iise statue nmcnee cle Tarcnte; an plus tard a partir de 112 av. .J.-C. les sena-
I curs furent ten us d'offrir on sacrifice a la deesse avanl le debut des seances. I.a pre-
sence de la deesse a I'int&rieur mime de la curie etail pour I'ordre senatorial un rappel
ccuislanl dc la supremalic conferee an prinrrps par sa vietoire (voir T. I loi.se.ni:n, Vic-
toria Romana. A rchdologischc Untersuchungen tut Gtschichic and Westnari dcr rtitnischen
Siegetgdttin mm dm Anfdngtn bis turn Ende des •»'. .Ihs. n. dir., Mainz am Mhein, 19(>7,
p. 6-12). Le nom memc de la curie, curia luliii, liait ctroilcmcnl le scnai au DOUVeSU
maltre dc Home. Sur I'enjeu ideologique que constitue ('appropriation symbolique dc la
curie a la tin dc la Hcpuhliquc et sous le regime d'lmperalor Caesar, voir M. Uonni:-
pond-CoUDRY, PoUVOlT dtt mills. poUBOU tits imiujrs: OciaUt it In curia lulia. dans Klin,
77. 1995, p. .'Mi-KM.
(.!.")) Sui cette datation, cf. infra.
{Mi) Cf. .1. Schbid, op. cit. [n. 3J, p. 177: (Restoring the ra publico automatically
meant restoring its religious institutions and cull places, especially when they had been
neglected or even forgotten ».
monnayagk et idkologik
f>7
lionne pour la seule annee 28 av. J.-C. la restauraLion de pas moins de 82
temples: Duo et oc.Unjinla lempla drum in urbe consul sex flu ]m ex [auclo-
ri jtate senatus re.feci, nullo praetermisso, quod efo] tempore [refiei de.be-
ba/t ("). C'est la une nouvelle preuve de I'importance capitate que revel
aux yeux du Prince l'annee de son sixieme consulal, qui doit rester dans
les memoires comme celle de la restauration religieuse et politique de la
res publica. En outre, cette phrase des Res gestae, trahit le souei d'Auguste
de se presenter comme le seul a avoir endosse cette charge (nullo praeier-
misso), en passant sous silence les realisations d'autres imperalores vielo-
rieux (:!S).
Cette volonte de passer pour le seul restaurateur de la cite est signifi-
cative de la progressive transition vers le regime monarchique. An niveau
symbolique et ideologique, elle se traduit par un interet croissant pour la
figure de Romulus, particulierement dans les dernieres annees du regime
d'Imperator Caesar, dont nous savons (|u'il songea un temps a prendre le
nom du ronditor, pour finalement retenir celui d'Auguste (:19). Le rap-
prochement entre Octave et Romulus engendra sans doute des hesitations
et des discussions dont nous trouvons un echo dans les vers contempo-
rains d'Horace et de Virgile, qui donnent deux images contrastees du Ion-
da teur. Chez le premier, le meurtre de Remus est presente comme le
scelus (jui mene Rome a la ruinc des guerres civiles ("'), tandis que Virgile
rejette la faute originelle dans le lointain passe troyen ((ie.org., I, 501-502)
et chante l'harmonie qui regne entre les deux I'reres ("). Le Mantouan ne
se contente pas de passer sous silence le fratricide de Romulus mais pro-
pose subtilcment une assimilation entre le futur Auguste et Quirinus:
d'abord dans le celebre prooemium du III1' livre des Georgiqucs, oil les
exploits guerriers d'Octave sont assimiles a ceux de Quirinus vain-
(pieur (l2); puis dans la prediction de Jupiter au I1'1 chant de VKneide, qui
(37) /?<>.<> gestae, XX, 1: «Sous mon sixicmc consulal, jc rcstaurai dans la Villi', sur
proposition du Si'nal, quatn'-vinfjt-di'ux li'inpk's appaili-nanl, aux divinitos, sans omi't-
lio aucun di' ceux <jni dcvaicul i'lrc rcstaures a cctlt' cpoque» (texte etabli et traduil
par .1. Sc.ukid (CVV), Paris, 2007).
(38) Far exemple la restauration de la Regia par C. Domitius Calvinus, celle du tem-
ple de Diane sur I'Avi'nlin par L. Cornificius et celle du sanctuaire d'Apollon in Circo
par C. Sosius.
(39) Suet., Aug., VII, 4; Dio, I .III, Hi, 7-8. Sur fimilalion romuleeime d'Octave-
Aufiuste, voir .1. von UNC.riRN-STF.rnbf.iiO, Die Homulusnachfolge des Augustus, dans
W. Sr.Hui.i.er (i'd.), I'olitische Theorie und Praxis im Altertum, Darmstadt, 1998,
p. 166-182 et A. Delcourt, Lecture des Anliquites romaines de Deiujs d'Halicamasse.
Un historien entre deux mondes, Bruxelles, 200.r), p. 215-218 et 251-255.
(10) I lor., Ep., VII, 17-20.
(41) Vei'f'., Geary., II, 533: Remus el (rater ; Aen., I, 292-293: Remo cum [nitre Quiri-
nus j iura (hdiunl.
(12) Verg., Oe.org., Ill, 27: uirtorisque arma Quirini. Hien des aimees plus lard, une
stalue de « Quirinus vainqueur», charge des spolia opinia, sera erigee dans l'exedre sud
du Forum d'Augusle (de-die en 2 av. .!.-('..), lace a iMiee portant son pere el les Penates;
les deux heros incarnaient respeclivemi'iil la uirtus et la piiias. deux « vertus cardi-
68
imhrrk asshnmakkh
monlre, apres revocation de la divinisalion de Jules Cesar, Quirinus el
Remus donnant les lois ("). II n'est pas indifferent que le poete nomme
a chaque fois Quirinus et non Romulus: ee nom devail sonner, pour le
Diui filius, commc unc promesse d'apothcose future, annoncee aussi par
Horace a la meme epoque (voir infra).
Dans le cliinat «romuleen» de ces anne.es, on ne s'etonnera pas de voir
figurer au revers d'un denier IMP CAESAR (HIC 272) un personnage
logalus el capile uelalo menant un attelage de baud's: le jeune Cesar esl
ici presente dans l'attitude typique de foixiaTYjc;. La plupart des numis-
mates ont voulu voir dans ce type une allusion a la fondation de Nico-
polis, ce qui allait dans le sens de leur datation post-Aetium et expliquait
la presence d'Apollon au droit de la piece ("). II n'est certes pas exclu que
eelfe nionnaie commemore la fondalion de la «Ville de la victoire» ou, de
I'acon plus generale, l'aelivite d'Oclave eomme fondaleur de colonies ('■'),
mais I'absence de reference explicite et le caraetere symbolique de l'image
monetaire nous invitent a ne pas limiter Interpretation a cette seule pos-
sibilite. II est evident que cette monnaie participe a la construction de
l'image du futur Augustc corarac nouveau Romulus, rcfondatcur de
Rome ('"), un theme que Ton peut lire en filigrane aussi dans le debut
de l'oeuvre de Tite-Live (l7). La presence d'Apollon au droit de la piece
nales» de I'ideologie augusleenne (voir P. Zanker, op. cil. \n. 9], p. 201-200; M. Si>an-
na«ei., Kxemplaria prinripis. Unlersurhungen zu Knlstehung und Amslallung des Augu.s-
lusforums. Heidelberg, 1999).
(13) Verg., /1c;?., I, 292-293: enna Fides, el Vesta, Fiemo earn fralre Quirinus j iurtt
deibunt. Li) tormule est interessante a plus d'un titre: d'abord, I'expression iura dare
n'est pas sans rappeler la legende de Vaureus de 28 av. J.-C. (el. supra), mais surtoul,
I'assoeialion au pouvoir de noinulus el Remus devail evocpier direelemenl dans I'espril
des eontemporains le partage du eonsulal entre Oelave el Agrippa. (ielte analogie n'a
pas eehappe a Servius, qui nolo: ucra aulem hoe habet ratio, Quirinum Auguslum esse,
liemum uero pro Agrippa position qui [...] eum eo pariter traetrtuit (voir A. Delcoi-rt,
op. cil. |n. 39|, p. 247-218 el n. 31).
(44) Hypolhese proposee par K. Kraft, op. cil. [n. 7], p. 11-14, el suivie nolammenl
par I.V. Sutherland, Octavinn's (iold and Silver Coinage from c. 32 to 27 B.C., dans
NAC, 5, 197H, p. 129-157, particulierement p. 151; .I.-B. (iiaud, Catalogue des monnaies
de I'Umpire romain. 1. Auguste, Paris, 1976, 1988", p. 72; D.R. Sear, The History and
Coinage of the Unman Imperalors, 49-27 B.C., London, 1998, p. 258.
(15) Ainsi que le proposaient H. Mattingi.y, Coins of the Roman Empire in the Brit-
ish Museum. I. Augustus to Vilellius, London, 1923, p. cxxiv el C.H.V. Suieiehland,
Coinage in Boman Imperial Policy, .?/ B.C.-A.D. 6H, London, 1951, p. 30. R.A. (ii'r-
vai., op. cil. |n. 33], p. 59, reprend ee type d'interpretation: «It reflects Octavian's ae-
livities as the founder of colonies throughout the turbulent period of the Triumvirate».
(1(>) Cette interpretation avail etc proposee jadis par .1. Liegi.e, Die Munzprdgvng
Oclavians nach dem Siege von Aclium und die augusleische Kunsl, dans .IDA I, 5(i,
1911, p. 91-119, parfieuliereinenl p. 107-108.
(47) Kn partieulier dans les chapitres consaeres a la geste de C.amille, que Tite-Live
presente a plusieurs reprises commc le second fondaleur de Rome (V, 49, 7; VII, 1, 10;
cf. VI, 1, 3), un Irait qui ne figure pas dans la litteralure anterieure eonnue (cf. J. von
I'ncern-Sternbf.rc, Camillas, ein zwe.iler Romulus?, dans M. (jiiidrv, T. Spatii (eds),
UONNAYAQE ET IDEOLOGIE
69
ne doit pas elonncr dims ce eonlexle: I'avenemenl de fere nouvelle est en
effel place sous les auspices du dieu, qui recoil en 2cX aw .l.-C. un temple
sur le Palalin. la colline « romuleeiffie* par excellence.
Drnier IMP C.AKSAIl. 36-27 av. .U'.. {HIC 272)
{Tktilrr Mi. Aurliiin 31(111
Les dieux d'Imperator Caesar
S'il sera appele a jouer un role 1'ondamcutal dans Hdcologic religieuse
du Principal, Apollon n'esl toutefois pas la seule figure du pantheon dont
1'herilier de Cesar se reclame dans les annccs de Nauloque et d'Actium.
On observe au conlraire. durant cetle periode, une volonte manifeste de
la part d'Imperator Caesar de placer son action politique sous le patro-
nage de multiples divinites. De la meme facon qu'il rallie toute i'ltalie a
Sa cause a la veille de la campanile d'Actium (**), le Diui filiw rasscillMe
autOUT de lui les dieux de Home: Octave se rattache tci a Tideal du con-
sensus formule par le mentor de ses premiers pas sur la scene politique,
Ciceron, qui avait appele de ses voeux. conlre Antoine dcja, I'union des
homines et des dieux pour la sauvegarde de PEtal (**).
C'esl ainsi (pie le inonnayai>e des annees 'M\-27 av. .I.-C. met en scene
le jeune Cesar enloure des dilferenles divinites qui I'assistenl dans sa
Uinvention des grands hommes de in Rome anttaue Die Konstruktion dot gnfien M fin-
air .Minims, .\rirs tin C.olloque ilu Collegium Beatus Rhenanus. Augst in-is septembn
HUH). Paris. 2001. p. 2X!l-2!)7). I.a figure de C.amillc esl ennstruile |i;ir Tile-I.ive coiniiu-
iinr prefif>urnlioii <l".\iij»tistf, grace a un resenu d'analoyies Ires dense, el conslilue pour
ainsi dire un chalnofi entre Romulus el le princeps: cf. J. Heiaegouarc'h, Le principal
de Camille, dans REL. IX, 1970, p. 112-132; B, Mineo, Tite-Lioe w Fhistoirt de Raw
(Klincksicck. Kliulos et commcntnires. 107). Sofia, 20O(i, p. 2.'t2-2.'i7.
(IX) Comme le rappelle le ceiebre passage des Res gestae, XXV: lurautt in una uerba
tnta Italia sponte sun et mi- belli </»» nici ad Actium dueem depoposcil.
(I'.i) Voir ootammenl Phil., IV. 10: lam tnim nan solum homines, ted etiam thus im-
mattnUs ml rem publicum eonsetuandam arbUmt eonsensisse. /.../ sine tanius consensus
omnium tint inpulsu deorum esse nun potuit, ym'd est guod de uoumtate caclestium dubUare
possimus? (i Void, en effel. que non settlemenl les homines, mnis aussi les dieux ininmr-
lels. se soul aecordes. je le crois. pour la sauvegarde de I'Ktal. |...| Si un lei accord
universe! n'a pa se realise? sans instigation divine, qu'est-ce qui nous autoriae a donter
de la volonte des dieux celestes?*).
70
imehhe assenmaker
mission (50). Venus, bicn sur, est presente (R1C 250-251), ainsi que Mars
(RIG 274). Au rovers du denier RIC 250, la deesse figure avec les armes
dc Mars (un casque et un bouclicr orne d'une etoile): de facon subtile, la
typologie se fail ainsi l'eclio dcs liens qui unissent les deux amanls dc la
mylhologie greeque et les deux aneetres divins dc la nation romaine ('').
Quanl a la presence de l'ctoile, qui evoque immanquablenient le sidus
lulium, elle est un discret rappel a la fois de la divinisation de Cesar el
des rapports parliculiers dcs deux divinites avec le Diuus luliu.s el la
cause ccsarienne: e'est Venus, comme le chantera Virgile, qui accueille
son descendant au ciel (52), tandis que Mars est depuis Philippes le dieu
vengeur du meurlrc de Cesar (•''). Ccttc Venus qui tient les armes du dicu
de la guerre pcut aussi etre vue comme un appcl allegorique a la paix,
qui n'est pas sans evoquer le celebre prooemium du De rerum nalura, oil
Lucrece invite la dccssc a enlacer le belliqueux Mars pour qu'il renoncc a
ses belli [era moenera et accorde le calme de la paix aux Romains (''). De
(50) Le lien entre Octave el les divinites representees sur les monnaies est exprime
deja par la structure nieme des emissions, qui presenlenl des associations «en ehiasme»
entre types de droit et de revers: ainsi Octave est-il mis en etroite relation avec Pax,
Victoria et Venus. Ces associations lypologiques ont etc mises en evidence par
K. Kmai't, op. cil. [n. 7], p. 6-19 (voir noire article, op. cil. [n. 6], p. 161-162 et n. 5).
(51) Dans le meme esprit mythologique et genealogique, Venus aura sa place dans le
temple de Mars I'llor (cf. Ov., Trisl., II, 295-296). Sur l'union de Mars et Venus dans
I'ideologie et Part augusteens, voir R. Schilling, La religion romaine de Venus depuis
les origines jusqu'au lemps d'Augusle, Paris, 1951, p. 331-338; P. Zanker, op. eil. [n. 9],
p. 198-201.
(52) Verg., Am., I, 289-290: Hunc In olim eaelo spoliis Orienlis onusliim / aceipies
secura. Notons que ce passage pent aussi etre compris comme faisant reference a
Octave-Auguste (ainsi K. Kracceriiu, Which Julius (Caesar? On Aen. 1.286-90, dans
SO, 67, 1992, p. 103-112 et Id., Caesar Versus Caesar Again: A liephj, dans SO, 69,
1991, p. 83-93). I.'ambigu'ite de ces vers est certainement voulue par Virgile, qui pou-
vait ainsi, en I'iligrane, annoncer la future apotheose du princcps (cf. infra).
(53) C'est lors de la bataille de Philippes (42 av. J.-C.) que fut voue par Octave le
temple de Mars I'llor : Suet., Aug., XXIX, 2; Ov, Fast., V, 569. Mars sera aussi ho-
nore sur le site d'Actium, avec Neptune et Apollon (Suet., Aug., XVIII, 3).
(54) Lucr., I, 29-40. Cf. P. Zankkk, op. eil. [n. 9], p. 200: «Die Kntwaffnung des
Mars soli auf den l'Yieden hindeuten, der auf die gerechfen Kriege folgt». H. Schilling,
op. eil. |n. 511, p. 337-338, proposait une interpretation opposee du rapport entre Mars
el Venus, qui auraienl siibi une «contamination reciproque»: «Mars a pris un caractere
"julien" par sa mission d'V7/or parenlis patriae ; Venus, sans cesser d'etre (imetrix, a pris
un caractere plus militaire pour se rapprocher de Mars» (p. 337). L'auteur veul voir une
rupture entre la conception de Lucrece et «I'orlhodoxie romaine du temi)s d'Augusle»,
rehabilitant ainsi en quekjue sorte la Venus Vietrix dans la Ge.ne.trix. (.'importance du
theme de la vietoire dans la propagande des annees de Nauloque et d'Actium pourrait
auloriser ccttc lecture pour la Venus du denier GAKSAR DIVI V, mais il nous parait
difficilement concevable que YFri/r.ina ridens, / quam locus rircumuolat et Cupido, pour
reprendre les termes par lesquels Horace invoque la deesse (Carm. I, 2, 33-31; cf. infra),
ne preside pas avanl lout an return' d'une heureuse ere de paix.
monna vagi-: i:r idkoi.ocik
71
cclU' incoii. la Venus Genelrix, protectrice de I'heritier de Cesar, est pre-
sentee coniine garantc de hi paix amenee par son sfilst (").
Denier CAF.SAH DIVI F. av. .I.-C. [HIV. 25(l| Denier CAKSAH DIVI F. -«V-27 av. J.-C. («/(.' '251)
(Or. Bum I'rm Snrhf. Auction .'{72) [Sumismalim .Irs Claairn SAC AG. Auction ()(
Denier IMP CAKSAH. 3647 av. .I.-C. (ft/C 271)
llinrny A Mnsrh Girxumrr Mnn:h<inillung. Aurliun 112)
Aii lendemain dr Xauloque, deja, un autre (bindme divin» apparais-
sail dans le pantheon du vainqueur de Sextns Pompee. La vietoire,
remportee noil loin de la petite rite d'Arteinision, fut placet* sous le sii>ne
ile Diane el eonmiemoree par line emission d'aurci presentanl an droit le
Imsle de la deesse (HIC. 2~'.\; voir siijini) ("•). (".'est aussi en 'M\ av. .I.-C., a
son retour a Home, (|u'()elave voua un temple a Apollon sur line pro-
priete sillier sur le Palatin. avail etc I'rappee par la foudre (,T). L'erlat
de la devotion d'Augustr envers Apollon, devenu entre-teinps le dieu d'Ac-
(55) La proximite entre le l>iui filius el Venus est sonlignee dans In typologies Oc-
tave imperalor, an revers du denier HK. 251, porte la lanrc dc hi mcmc lacon que hi
deesse tienl le sceptre au revers du denier UK. 'J.">u (lis deux monnaies etant unies par
line correspondancc I vpoloi>icpie). \ hi menu' cporpic. le lien clroil qui unit Octave el
divine aleule est aussi evoque pur Virgile, qui montre le jeune Cesar ise cour......ant
Irs tempes du myrte ma tern el a {tinny., l. 28: dngats materna tempora mgrio).
(5(>) l.a celebration ile Xnuloipic donna-l-cllc lieu a la reeonslruction par Octave du
temple dc Diane in c.inn Flaminio, comme le roggere F. Coahelli, // lunpic di Diant
'in rirro Flaminio' e alruni problemi ronnrssi, dans DArch, 2. UMiX. p. 191-20!) '.' I.c tem-
ple dc Diane sur I'Avenlin I'llt en liiut ens rcslaurc sous Auyuslc par I.. Cornificius,
aniiral il'Octavc duranl la guerre dc Sicile (Suet., Any.. XXIX, 5).
(57) Veil.. II. 81, 3; Dio. XI.IX. 15. 5.
72
fikkhk assknmakkk
liuni, releguera la figure de Diane a un rang seeoiulaire. Toutcfois, l'as-
soeiation des deux divinites, y compris sous leurs «identifes astraleso Sol
et Luna, restera inconlestablement Ires pregnante sous le Principal en
tant (pie symbole d'eternite de I'empire: ainsi Horace invoquera-t-il au
premier chef Apollon et Diane dans le (Airmen Saeculare (/"'*). Le fait que.
Ies deux victoires fondatrices aient ete des le depart placees sous le signe
de Diane et Apollon (''') a certainenient contribue a donner aux deux
divinites ce role dans l'ideologie religieuse du nouveau regime.
Le monnayage d'Imperator Caesar fait encore inlervenir une autre
divinite appelee a prendre une place parlieuliere dans le pantheon augus-
teen: Mercure. II est represents, au revers d'un denier CAKSAH DIVI F
(RIC 257), assis sur un rocher et jouant de la lyre, instrument donf il est
I'inventeur (""). Dieu protecteur des commercants el des voyageurs, il est
naturellemenl invoque dans l'espoir de la prosperite et de la securite
nialerielle, ce cjni fait de lui le dieu pacifer par excellence Sa presence
sur celte monnaie n'Stonne done pas, puisque nous avons vu (ju'un theme
majeur de la propagande des annees de Nauloque et d'Aefium etail juste-
ment la fin des guerres civiles et le retablissement de la paix.
(58) Los deux divinites soul iiivoi[uees en ouverUire (1-1) et en cloture de riivmne
(75-70), dans une des strophes centrales (.'i.'S-3f>) et encore aux vers (il-7'2. I/architecture
du poeme tout enlier repose done sur la priere a Apollon et Diane (del)iiL-eenl.re-rin),
donl la iaveur s<aranlil la perennite de Itome (v. t>7-()8: ullerum in lustrum meliusquc
semper / proroijal (leuum; el'. M.C..J. Pi tman, Horace's Carmen Saeculare. Ritual Magic
and the Poet's Art, New I laven-London, 2000, p. 51 el 78). Sur la predominance
d'Apollon et Diane dans le (Airmen Saeculare, voir en dernier lieu S. Humans, Sot and
I.una in the Carmen Saeculare: An lconographie Perspective, dans M. Zimmkhman,
H. van i)kh I'aahdt (eds), Melamorphic Reflections. Essays presented to Pen Hijmans at
his 7-f' Pirlhdau, Leuven, 2001, p. 201-221 (avec bibliographic).
(59) La Diana Sieiliensis et 1'Apollo Aclius seront encore honores conjoinleinenl dans
des emissions d'mirei de Lyon (RIC. 170-173), a pa it if de 15-13 av. .I.-C. el pendant de
noud)reuses annees.
(DO) A ptopos des dillerentes propositions d'identiliration de eette figure, voir noire
article, op. cil. [n. fi|, |). 169, n. 17.
(61) Telle est, I'inlei'pi'elation Iradilionnelle de la nalure du dieu Mercure et de son
role dans l'ideologie du Principal augusteen (cf. <>. Wissowa, Religion und Kulliis der
Rdmer (Ilandbuch der klassischen Allerlumswissense halt), Miinchen, 19122, p. 93, n. 3
el p. 301-306; K. Latti:, Rdmisehe Religionsgeschielde (Handbueh der klassischen Alter-
tumswissensehafl), Miinchen, 1960, p. 162-163). Une nouvelle definition de la nature et
de la fonction du dieu a ele proposee par H. (>)MBiiT-b"ARNoux, Mercure romain. Le
culle public de Mercure et la fonction mercantile d Rome de la republique archaique d
I'epoque augusleenne (BKFAR, 238), Home, 1980. Selon l'auleur, la vocation premiere
du dieu est a finalite liberatoire et, purificaLoire: prenanl en charge la mere, il assume,
au niveau du sacre, la relation mercantile, contracluelle, entre le monde des dieux et
des homines, ce qui fail de lui un dieu pacifer, promoteur et garant des accords nego-
cies.
mowavaiii-: i:t ii>i-:<>i.<k;ik
7.'i
Denier CAESAR Divi V. mvii iv. .i.-c. <«/<; 257)
iSunusmalik l.im: Mimchm. Auction 91. l'hoto : l.uhke unci Wiedemann, SUUgMt)
Aii lenno ilc eel cxamen, on constate que le choix des divinites repre-
sentees dans le mounayugc d'Imperator Caesar n'a rien d'alcnloirc inais
csl an contraire dicte par une conception ideologique ties coherente. Les
emissions CAESAR DIVI F el IMP CAKSAH rcunisseut, si on les consi-
der de nianiere globale, les dilTercnts dieux dn « pantheon » d'Octave el se
font directement I'echo de la politique religieuse des annees de Nauloque
el d'Actium. On ne sera pas surpris de relrouver ees divinites dans un
poeme d'lloraee qui se presente justenient eoninie line syn these de I'ideo-
logie religious? a I'auhe du Principal. II s'agit de la deuxieme piece du
premier livre des Odes, contemporaine de la tnise en place du nouveau
regime dans les annees 28-27 av. .I.-C. ('-) el dont I'enjeu csl la restaura-
lion de la pax dciauin, rompue par I'assassinat de Cesar el les fineries
civiles (|ui dochirent Pome depuis. Apres avoir decrit les somhres presa-
ges qui s'abattent sur Pome (1-21). le nates s'interroge: qui des dieux Ju-
piter chargera-l-il d'expier le crime'.' (25-30). Cui dabit partis scelus
expiandi? (**). Pour accomplir cede mission, sont invoques d'ahord I'aiapir
Apollo, la riante Krycine (i. e. Venus), entouree de locus el C.upido, el
(1)2) I,a (late precise de hi ciiiii|>nsilinn de I'dde csl difficile a delenniner. inais il esl
assure qu'elle I'llt ecrile apres A r I i u m; iln (ail tie la Icinpclc qui 0UVT€ le poeme. on I'a
situee durant les hivers 30-29, 29-28 du 28-27 av. .!.-(!. (discussion die/ H.d.M. Nisi.i i.
M. Hubbabd, .1 Commmiarg on Horace: Odes. Hunk I. Oxford. li)7(), p. 17-19, qui pri-
vik'fiienl la date de 29-28 av. .l.-C).
(63) l.es commentateun s'interrogeni sur la nature de cc serins : scion A. La Penna,
Orazio <■ fideologia del principato, Torino, 1963 , p. 82 el R.G.M. Nisbet, M. Hubbard,
»/>. </'. [n, 62}, p. 17. il s'a^il ilcs guerres civiles en general, ma is les reminiscences des
GiorgiqutS ainsi que ('allusion Caesar is ullor (v. II) rcplonycnl le leeteur dans le passe,
an lendemain de I'assassinal dc Cesar, el lentenl d'elalilir line Continuity entre la situ-
oI ion el les sentiments de ee temps el de celui on I Ioraee edit. C'.f. 11.1'. syndikus, Die
Lgrik des limn:. Bine Interpretation tin- Oden. Hd. I. Erstes and zweUa Haiti (Impulse
del PorSChung, t>). Darmstadt. 1972. 2001'. p. .'18-11. ipii sitae la «(ieilichtsitualioii»
avanl Actium. an moment des guerres civiles eVoquees par le poeme; contra I). West,
Horace, Odes /. Carpe diem. Oxford. 1995, p. 10-15 et P.O.A.M. LVNB, Horace. Behind
the Public I'nrtrjl, New I la\en-London, 1995, p. 18. n. 21 (la dale drnmatiipir est pos-
lerieure a Allium).
71
piehrk assknmakkh
Mai's, auiior de la nation romaine (30-10). Puis le pocte se tourne vers
Me re lire:
Sine mulala iuuene.m [ifflira
ales in lerris imilaris, almae
f'ilitis Maiac, pattens uocari
Caesaris ullor.
Serus in caelum redeas diuque
laelus inlersis populo Quirini,
new te nostris uiliis iniquum
orior aura
tollal; hie maynos potius triurnphos,
hie ames did paler alque princcps,
neu sinas Medos equilare inullos
le dure, Caesar ("').
An deus uenias... : assimilations divines et promesses d'apotheose
lies Irois strophes finales de l'ode d'lloraee assimilent de maniere
explicate Octave a Mereure: pour vender la mort de Cesar et meltre fin
a la guerre civile, le dieu pacifer s'incarne en ce jeune homme providen-
fiel, ce iuuenis en qui Virgile deja remettait ses espoirs de paix ("•"'). Pre-
cisons d'emblee que ce processus d'« assimilation » n'est pas un fait cultuel,
impli(|uant unc divinisation d'Octave-Augusle. des son vivant: il ne faul
pas voir dans ce poeme d'lloraee on d'autres documents similaircs les pre-
mieres attestations du futur culte imperial (""). Appliquer a des figures
importantes de la scene politique un vocabulaire aux connotations reli-
gieuses, par exemple I'adjeclif diuiims, n'est pas une nouveaute a Home:
par ce proeede rhelorique, on soulignait l'eminence du person nage en
question en l'elevanl symboliquemenl dans la sphere divine. Ainsi Cice-
(61) I lor., (jirm., I, 2, 11-52: « On bien toi, si, changeant d'apparenee, dieu aile, tils
de la iioiiri'iciere Maia, tu prends sur lerre les traits d'un jeune hoinnio et acceptes
d'etre appele le vengeur de Cesar. Hetanle Ion retonr an del el pendant longtemps,
mele-toi avec joie an penple de Quiiinns; et qu'une brise trap promple ne I'eniporte
|>as, irrile par nos vices. Ici, plais-toi plulol a de grands triomphes, ici, plais-toi a etre
appele l'ere et Prince et ne perniets pas (pie les Medes cbevauehent impunement qnand
tu es noire chef, 6 Cesar».
(G5) Verg., Hue., I, 12; Georg., I, 500-501: hune saltern euerso iuuenem surcurere saecto j
ne prohibete.
((Hi) Sur le phenomene de «l'nssimilafion divine», voir P. Zankuh, op.cit. [n. 9|,
[). 52-61, qui parle de «Gol teridentilikalion», el .1. Poli.ini, Man or God. Divine Assi-
milation and Imitation in the Late Republic and Empire, dans K.A. Haaflacb,
M. Toiieh (eds). Interpretations of Augustas and his Principals Berkeley-Los Angeles,
1990, p. 334-3(53, qui etudie ce phenomene du point de vue iconogrnphique (principale-
nient dans les monnaies) el fail une distinction entre «assimilation» el «imitation»
(p. 335).
monnayagk kt idkoi.ogif.
ron, dans les Philippiqws, avait-il deja vante les «divines» qualites du
jeune Octave, qu'il prescntait conime envoye par les dieux (<;7). Dans I'ode
d'Horace, cependant, l'assimilation a Mereure n'est plus une simple figure
rhetorique mais prend line signification beaucoup plus precise et pre-
gnanle: dans un langage allegoriqne, le jeune Cesar est presente comme
accomplissant sur tcrrc la mission qui, au niveau divin, est reservee au
dieu pacifcr Mereure (''").
D'aucuns ont voulu voir dans cetfe assimilation une pure fiction poe-
lique nee de l'iniagination d'Horace, qui ne trouverait aucun echo dans le
contexte ideologique de l'epoque ('"'). Ce jugernenf liatif est contredit par
les liens etroits que Ton pent observer entre I'ode horatienne et les docu-
ments ol'ficiels que sont les emissions monetaires. Nous avons vu qu'Apol-
lon, Venus, Mars et Mereure, les dieux invoques par le poele, ont leur
place dans le monnayage d'Imperalor (Caesar. Cette correspondance con-
firm e que, loin d'etre un jeu litteraire gratuit, le poeme d'Horace reflete
fidelemenf l'ideologie religieuse developpee dans l'entourage du jeune Ce-
sar et prend pour ainsi dire valeur de «programme» (7I)). En outre, pour
ce qui est de l'assimilation d'Octave a Mereure, ce theme ideologique est
relaye aussi dans plusieurs documents ieonographiques, qui, jouant sur
rambign'ite de la representation, montrent — scion le point de vue —
Mereure sous les traits d'Octave ou ce dernier accompagne de l'attribut
mercurien, le caducee (71). Par ailleurs, le texte d'Horace nous invite a
investir le Mereure du denier CAESAH DIVI F d'une signification plus
(67) Lie., Phil., Ill, 3; V, 23 ; 13; XIII, 18-19. Sur I'usage que fait Ciceron d'un
langage religieux dans ses discours, a propos d'Octave et d'autres, voir notaminenl
(i. Aciiard, Pratique rhetorique el ideologic politique elans les discours « optimates» de
Ciceron (Mnemosyne suppl.), Leiden, 19X1, p. 1X1-1X3 el 39X, n. 7X.
(6X) Voir B. Combet-Farnocx, op. cil. [n. (il], p. 148-456, qui s'attache a inonlrer
que I'ode d'Horace est en ronformito avec la specificite de la vocation initiale du Mer-
eure romain.
(69) K. Fraknkki., Horace, Oxford, 1957, p. 217 el 218, n. 1; 11.P. Synimkijs, op. cil.
[n. 63], p. 52-51. Celle interpretation esl re fusee ii raison par A. La Penna, op. cil.
|n. 63|, p. 81-85. Plus nuanre.es sont les reserves exprimees par H.O.A.M. Lyne, op. cil.
[n. 63], p. 48, n. 25, qui rappelle le carartere eonvenlionnel d'une telle assimilation dans
la litterature panegyrique, depuis l'exeniple d'Alexandre. La coneordanee entre le lexle
et les documents ieonographiques revele loulefois une re.elle elaboration ideologique, qui
n'esl pas le soul fail du poele.
(70) La position meme du poeme dans Pensemble du recueil (dont il eonstitue en
quelque sorte la premiere piece, apres I'ode liminaire de dedieace a Mccone) confirme
son importance aux yenx d'Horace el cetfe valeur «programmalique».
(71) Les principaux documenls sont un relief de l'autel de Bologne, un stue decoranl
le plafond de la Villa de.lla Farnesina a Home et une gemme de l'aneienne collection
Malbourough; voir H.G.M. Nisbet, M. IIibbard, op. cil. [n. 02], p. 34-36 (qui mention-
nent le denier CAFSAB DIVI F); B. Combet-Faunoix, op. cil. |n. 61], p. 131-135. Sur
l'assimilation mereurienne dans la glyptique, voir (i. Sena C.hiesa, op. cil. |n. 10],
]>. 408-109 el 112-413. Sur des dupondii el des asses frappes vers 26-25 av. J.-C, un
caducee accompagne le portrait d'Auguste (cf. J. Poi.i.ini, op. cit. |n. 66], p. 350-351,
qui n'y voit pas une identification avec le dieu).
76
pikhkk assign maker
profondc: il est permis ()c croirc, en cffct, que cette representation evo-
quail dans l'esprit des contemporains les liens elroits que le jeune Cesar,
present au droit de la piece, entretenail avec le dicu pucifer.
Durant les annees qui precedent la prise par Octave du nom
d'Augusle, Horace n'est pas le seul poete de l'enlourage d'Iniperator (Cae-
sar a introduire le nouveau maitre de Home dans la sphere divine. Ainsi,
dans le prooemiurn du premier livrc des (ieorgiques (24-42), Virgile s'inter-
roge sur la place qu'occupera un jour Octave parmi les divinites: sera-t-il
un dieu de la terre, de la mer, ou du del? Par les reminiscences d'oeuvres
hellenistiques et la reprise de la technique litteraire de l'hymnique grec-
(jue — ainsi le choix offert entre plusieurs spheres d'inl'lucnce possibles —
le poele souligne les pouvoirs exceptionnels du fulur dieu, prcsente avec
tons les trails d'une divinite providenlielle (72). Notons (ju'il ne s'agit pas
dans ce texte d'une divinisation immediate, hie el mine, du souverain,
mais d'une promesse d'apolheose future (7i). On a depuis longtemps re-
leve, dans la litlerature de I'epoque augusleenne, les nombreux passages
qui, s'inscrivant dans la tradition des panegyriques hellenistiques, assimi-
laient le Prince a uric divinile particuliere ou, de maniere plus generale, le
presenlaienl sous des traits divins (71). La recurrence de ces assimilations
el du motif de Papolheose, dont les exempla mylhiques les plus frequents
sont Ilercule, Bacchus el naturellement Homulus-Quirinus (7'), esl revela-
trice du souci d'Augusle el de son entourage de preparer en quelque sorle
le terrain, sur le plan ideologique, au culle de I'empereur divinise — culte
(pui ne verra le jour qu'apres la morl du Prince (7li). La genese du theme
de l'apotheose du princeps, qui deviendra presque un lopos de la poesie
augusleenne, nous ramene aux annees de Naulocjue et d'Actium. Les
Georgiques et l'ode I, 2 d'Horace, composees dans une periode de grande
incertitude politique, nous font sentir le climat de ces annees, ou se nie-
lent le sombre souvenir de guerres fratricides et l'esperance de I'avene-
ment d'une ere nouvelle (77). Dans ce contexte, les premieres allusions au
(72) Foul' une analyse des antecedents litleraires hellonLstiqnes de ce passage, voir
L. Caimi.i, Vinmque adfedai Olympo: memoria ellenislira nelle (ieorgiche cli Virgilio,
Milano, 2001, p. 81-89.
(73) On nolera les future que le poete ernploie a propos du stalut divin du jeune
Cesar: .•>;';)/ habilura (24); quidquid eris (3(i).
(71) Voir notanirnent H. Ai.hkrt, Das Bild des Augustus uuf den [rulien lieiclispru-
gungrn. Studien zur Vergottlichung des erslcn I'rinzcps, Speyer, 1981, p. 12-95; K. Moi-
i.i'.h, (idtterallribute in Hirer Anwendung uuf Augustus. Kin Studie iiber die indirekle Krho-
hung des ersten Princeps in der Diehtung seiner Zeil, Idstein, 1985.
(75) Cf. D. I'ohtk, Quirinus, Augusle, Apotheose, dans VL, 132, 199.'!, p. 18-26;
.1. von I"nc.fun-Stf.rnbeiu;, op. cil. [n. 39], p. 181-182.
(76) Sur le culte imperial, voir en dernier lieu I. Gradei., Kmperur Worship and Ro-
man Religion, Oxford, 2002.
(77) On observe dans l'ode d'Horace de nombreuses reminiscences des (ieorgiques, en
partieulier du prooemiurn et du final du livre I. On notera parliculierement d'interes-
sants points de contact lexieaux dans les invocations au jeune Cesar: an deus immensi
MONNAYACK KT IDKOI.Odll-:
77
caractere divin du jeune Cesar ou a sa future apotheose prennent, duns hi
bouche des deux miles, des accents messianiques.
Los textes pootiques ne soul toutefois pas les seuls documents rappro-
chanl Imperator Caesar de la sphere divine. Des les lendemains de Nau-
loque, tin denier de la serie CAESAH DIVI F (HIC. 256; voir supra),
temoin de la recuperation du patronage de Neptune apres la del'aito du
Xeptunius tint, figured le vainqueur en heros neptunien, tenant I'aplustre
el le sceptre el posanl le pied sur un globe, symholc de souverainete nnn
pas seulemenl maritime, mais universelle ('*). II esl I'rappanl de constaler
qu'un document officiel lei qu'une emission monetaire pouvail diffuser
line image du jeune Cesar aussi proche de eelle eomposee par Virgile,
quand il evoque les possibilites de Inline apotheose d'Oetave:
An di'iis immen&i uenias maris ac lim nautae
numina sola eolant, tibi seruiat ultima Tluilc
teque sibi generum Telhys anal omnibus undis.
Verg., Gtorg., I. 29-31 (™).
I Inner CAESAR DIVI I'. SMI tv, .l.-C. (HIC 2.%. n-vers)
[Cabinet tfrs MtUOa 4t linurllrs. I'hiilo: J. van HeBNh)
uenias maris (Verg., Gtorg., I. 29, a propoa d'Oetave) t rapprocher de tandem uenias
precamur (Hor., Carm., I, 2. 90, formule d'invocation des differentes divinites, deal
Mcrcuic sous les Iniits d'Oetave). Le verbe UOCOri est applique dam Irs deux toxics a
Octavo, dans un sens religieux («olro invnqiic •): Wilis iiim nunc adsuesee xxocari (Verg.,
Gtorg., I. 12): patient uocari Catsaris ultor (Hor., ('.arm.. I. 2. 13-44). On trouve une
eoniparaison outre les assimilations divines du pruuemium des Georgiques el de I'ode I. 2
(fHoraee dans I'etude, a nien (Its e/Jards datec. de I). Pikthi sinski. Identifications ipi-
phanigues de la diviniti aoec Octavien Augusie dies Virgile W Horace, dans Eos, 65, 1 oTT.
p. io:(-ii6.
(78) Sur la propagande neptunienne de Sexlus Pompeo el sa recuperation par Oc-
tave, voir noire article, op, cil. pi. 6], p. 172-171. Octave n'esl pas le sen) a s'elro fail
repri'.scnter dans une altitude neptunienne apres la defaile de Sexlus Pompeo: an revers
de sesterces oniis en 36-35 av. J.-C. DOU1 Marc Antoine figurcnt deux personnafies sur
un cpiadriye d'hippocanipos. I'uisipi'ils sonl veins el ne portent pas d'altrihuts divins.
on considere generalement qu'il s'agit d'Anloine cl d'Octnvie. donl les portraits OCCU-
penl Ii' dniit de la piece, represenlcs cinnme le couple divin de Neptune el Amphitrite
(cf. .1. Pollim, op. cil. |n. tit)], p. 311-315). Cette tentative de recuperation de la propa-
gande neptunienne de la pari d'Anloine resla loulcfois sans lendeuiain.
(79) «Ou bien viendras-tu en dicu de la nier immense el les marins rcveroronl-ils la
seule puissance divine'.' Thule. la lerre dernicre. le sera-l-elle suuinise'.' Tliclys paicra-l-
elle de toutes ses iindes riionnetir de I'avoir DOUr gendre'.'». l.'insislance du poele sin le
caractere exelusif de la souverainete sur les men (lua ... numina sola) peat se lire
comme un echo de la propagande d'lmperator Caesar qui. a Tissue de Nanloipie. cntcn-
dail se presenter comme le sent mailre des mers (cf. I.. Cadili, op. cil. pi. 72|. p. SI,
n. ISO).
78
pierre as sen maker
Lcs images de heros nepUmicns juveniles vont aussi se multiplier dans
la glyptique de la periode triumvirale el du debut de 1'Empire (*"). Ainsi,
uue pale de verre eonservee au Kestner-Muscum de Hanovrc donnc a
voir une figure identique a eelle du denier CAESAR DIVI F («type
Latran»), a la difference (pie le jeune honinie ne pose pas le pied sur un
globe, mais sur line prone; la proxirnile avee le type monefaire rend tres
vraisemblable que cette representation, ainsi que d'autres similaires, soit
inspiree par I'imagerie officielle de la propagande d'Octave et nous invite
a y voir une representation du jeune Cesar en heros niarin (*'). Des
gennnes de la fin du iLM s. av. J.-C. montrenl ineme Mars et Mercure dans
eeffe position du « type Lalran» (fraditionnellement employee pour Nep-
tune), le pied pose sur une proue (X2). Ces representations peu communes
allcstent 1'importance du theme de la souverainete sur les mers dans la
glyptique de I'epoque, veritablement marquee par une vogue neptu-
niennc. Celle-ci s'exprime aussi dans un autre type iconographique, dont
I'exemple le plus cclebre est une gemnie de sardonyx, provenant
d'lIadrumetum et eonservee au Museum of Fine Arts de Roston: une fi-
gure juvenile, armee d'un trident, parcourt les flots sur un char fire par
des chevaux marins. Comme pour la pate de verre de Ilanovre, on eon-
sidere generalement que Ton a affaire ici a une representation d'Octave en
heros neptunien A 1'instar des types monetaires on des symboles de
(80) Alois que le rapprochement entre Octave et Neptune resle absent des monu-
meiils publics et relntivement secondaire dans la poesie, il est abondammenl reprcsenle
dans la glyptique, cc qui, selon C. Madehna-Lauteh, op. vil. |n. p. 119, s'explique
par le fait (pie «gerade im Ralmieii dieser Denkmalergaltung sowie auf Miinzcn der
verhcrrlichende Vergleich eines Seesiegers mil dem gotUichen Beherrscher der Meere
bereits auf lange and I'est elablierte 4'raditionen zuriickgreil'en konntei).
(81) Ainsi T. I Iolsc.iii:h, Drnkmdler..., op. ril. [n. 9|, ]). 98 (« Neptun mit den Ziigen
des jugendliehen Oetnvinn ») et K. Simon, dans L1MC, VII/1, Zurich-Mimehen, 1994,
s. i). I'oseidonjNepkums, p. 483-500, pat liculieremcnl p. 488, catalogue n" 01 («Oktavian-
Neptunus ini 4'ypus Latcraii»). La description de C. Madkbna-Laiter, op. cil. |n. 10|,
p. 107, rcste phis generale («jugendlieher Seeheld»); voir cependanl p. 455: « Obwohl
der junge Seeheld auf den (leinmcn und Glaspaslen keine cindeutigen Porlralziige aul-
weisl, bezog sicli mil Sicherheit cine grofic Anzahl der Steine auf Octavian und verherr-
lichte (lessen Krfolge bei den grol.ien Seeschlachten von Naulochos und Actiuni». La
representation d'un personnage neptunien imberbe de « type Latran» se relrouve en-
core, avec des variantes, sur un chalon de bague en sardonyx conserve a Vienne
(L/Mf n" (i2, i" s. ap. .!.-(',.: avec proue, aplustre et trident) el sur une gemine eonser-
vee a Munich (C. Madehna-Lai'tkh, op. cil. |n. 10], p. 467, catalogue n" 248: avee une
Vicloire). Sur le «type Latran», appele ainsi en reference a la statue colossale de Posei-
don eonservee au Musee du Latran, voir S. Boiim, Die Miinzcn der romisrhen Republik
und Hue Bildquellen, Mainz, 1997, p. 05-67.
(82) C. Madkkna-Lautkr, op. ril. |n. 1()|, p. 155 et 167-108, catalogue n" 250-251.
(8.'i) C,f. .1. (iaok. Acliaca, dans Melanges d' areheologie et d'hisloirc (Keole lrancaise de
Home), 53, 1930, p. 37-100, partieulierenienl p. 86; II.P. Lai'bsciiich, Motive der augus-
leisclien Rildpropaganda, dans .IDA I, 89, 1971, p. 212-259, particuliereinent p. 218-250;
T. I Ioi.sc.her, Denkmaler..., op. ril. [n. 9|, p. 97; C. Madehna-Lauteh, op. ril. [n. 10|,
p. 118-119; K. Simon, op. cil. |n. 811, p. 189, catalogue n" 09. t'ne gemnie de Ilanovre
monnayage et 1deologik
79
vicloire dans l'ieonographie, l'apparition de ces images dans la glyplique
esl consideree le plus souvenl comme une consequence d'Aclium I.a
rehabilitation de Nauloque connrie premiere «grande vicloire» d'lmpera-
tor Caesar, ainsi que la datation du denier CAESAR DIVI F dans la peri-
ode suivant la defaite de Sextus Pompee, nous invite eependanl a faire
remonter les premieres representations d'Octave en seigneur des mers an
lendemain de la vicloire sicilienne (S:>).
Ou Cesar dechaine le foudre aux bornes de l'empire
Le processus d'assimilation divine tel que nous l'avons det'ini plus haul
est encore a l'(euvre dans deux types monetaires de la serie IMP CAE-
SAR, dont l'interpretation fail l'objet de nombreuses discussions. Au droit
du denier RIG 270 figure le buste d'une herrne lauree, (pie Ton retrouve
representee en entier au revers du denier RIG 269. Sur les deux mon-
naies, la representation de la borne hermalque est accompagnee d'un fou-
dre, dont la presence a particulierement intrigue les numismates el donne
lieu a de nombreuses hypotheses quant a la nature de la divinile repre-
sentee (Sl!).
(LIMC n" 08, i" s. av. .I.-(',.), beauooup moins eonnue (]ui' cello de Hoslon, prescnto un
motif tout a fait semblahlc; si la faelure bcauconp plus grossierc dc cctlc picrrc interdil
toufc tentative d'identificalion des trails du personnage, l'etoile qui figure devant
l'attelnge itiarin cvoque en tout cas le sidus lulium et nous autorise a voir dans cc
document aussi mi echo de la propagandc du jeune Cesar (E. Simon, op. cit. [n. 81],
p. 189, ne classe toutefois pas cettc gemnie dans la rubrique «Oklavian-Neptunus mil
Gespann»).
(81) I I.P. Lacbscher, op. cit. |n. 83|, p. 248; T. Hoi.scniin, Denkmiiler..., op. cit.
|n. 9|, p. 97-98; C. Mai>krna-Lai>ti:k, op. cit. |n. 10|, p. 1 15-11 f> el 118-119. Cette der-
niere date la gemnie de Boston d'apres Actium mais elle met les representations du
«type La Iran» en rapport, deja avec Naulo(|uc (p. 455, cite supra, n. 81). Pour la refe-
rence a Nauloque dans la glyplique, voir aussi (1. Sena Ciiiesa, op. cit. |n. 10], p. 109
(cite supra, n. 12).
(85) Ainsi, rien n'empeche de voir dans I'ennenii pie Line par le quadrige de la gemme
de Boston Sextus Pompee plutot (pie Marc Antoine (ef. P. Zaxker. op. cit. |n. 9],
p. 102-103). II est evident, en tout cas, que les representations du jeune Cesar en maitre
des mers se mulliplieronl apres Actium; l'cxemple le plus celebrc en est le camee de
Vicime presenlant Auguste sur un quadrige tire par des tritons, dont I'un lien I. mi globe
surmonte du clipcus uirtutis, ce qui assure une datation poslcrieure a 27 av. .I.-C.
(80) Terminus (le foudre rappelanl que le dieu partage avec Jupiter le temple du
Capitole): II. Mattingly, op. cit. [n. 15], p. cxxm-cxxiv; K. Kraft, op. cit. |n. 7|,
p. 9-10; C.ll.V. Si'tiieri.and, op. cit. |n. 11|, p. 150. Jupiter-Terminus: II.A. Grckbek,
Coins of the Hainan Republic in the British Museum, London, 1910 (Oxford, 1970),
p. 14; J. Liegi.e, op. cit. [n. 10], p. 91-90 (scion qui les traits imberbes el juveniles en
ferment memo un «Veiovis-Terminus apollinien»); B. Albert, op. cit. |n. 74], p. 147-
118; D.B. Shah, op. cit. |n. 44], p. 258-260. Jupiter Feretrius (?): P. Zanker, op. cit.
|n. 9], p. 03-01. Veiovis; A. Ai.i-oi.di, Bodeunl Saturnia regna ///. ,/uppiler-Apollo
und Yeionis, dans Chiron, 2, 1972, p. 215-230, particulierement p. 225. Veiovis en
terme: J.-B. (hard, op. ril. |n. 44|, p. 08. .1. Poi.i.ini, op. ril. |n. 00|, p. 318-319, voil
so
PIERRE ASSENMAKEH
Denier IMP CAKSAH. r« 30-27 av. .).-€. (RtC 2711)
iSiimisnuiticu A/t t'.lassira \.\C. -Wi. Auclitm I')
Denier IMP CAKSAH. ra .'W-27 av. J.-C (/</(. J68)
iSumismatik l.nn: Mtwrhrn. Auction Ml.
Pholo: l.iibke uml Wiedemann. Stuttgart)
Quelle que soil ('identification retenue, il rcstc indeniable (|iic le visage
de fherme montre une ressemblance frappante avcc les portraits d'Octave
des autres monnaies: de toute evidence, le dieu de la borne emprunte les
traits de I'herilier de Cesar ("). Nous sonime d'avis qu'il lie taut pas
chercher a voir dans ees types monetaires la representation d'une divinitd
traditionnelle de la religion roniaine niais qu'il s'agit d'une figure amalga-
manl des attributs el des caracteristiques propres a diverses divinites —
ce qui n est pas une nouveaute dans I'iconographie monetaire roniaine ("*)—
et projetanl de facon syniboliquc les fonctions et les prerogatives de celles-d
SUr la personne d'lmperator Caesar.
Quels attributs divins trouve-t-on dans ees deux types nionelaires el a
quels dieux se referent-ils? La borne hermalque couronnee renvoie a Ter-
ininus. incarnation divine du concept de borne el de frontiere. qui sym-
dans l*herme ithyphallique une allusion au cultc du genius — en tanl que puissance
procren trice — d'Octave.
(87) Cf. reccnimcnl j. Pollini. op.ril. |n. ti<i|. p. 3 18-3 I!) et D.H. Si.ak. op. rit.
[n. 111. p. 258-260. interpretation rclusec par K. Kiiait, op.ril. |n. 7|, p. 8-0. La pra-
liipie du portrait dans une forme licrinnnpie esl deja allcslcc dans la sculpture roniaine
du i" s. av. J.-C. (cf. R. Neudecker, dans Dcr Nate Pettily, V. Stuttgart-Weimar,
1!)<»8. col. 122-12.5. .v. v. Mermen).
(88) On troiive deja dans le mnnnayagc repnlilicain des figures reunissant les attri-
buts de diverses divinites, ainsi snr mi denier de I.. [uHuj Bursio (KIW. 352), dale de .S.'i
av. J.-C.. oil esl representee an droit line tele imlierlie iminie des attributs d'Apolloo (la
eonninne de lanriers). de Merenre (des ailetles snr les tenipes) et de Neptune (le trident
derriere I'epaule). Mentioanons anssi les aombreuses teles imberbes, laurees on couron-
nccs de eliene el accnmpagnccs d'nn fondle qui ligut'en I dans le mnim.ivagc des annees
SO. interprelees eonmie des representations de Veiovis on d'Apollon iltltC 350A; 353;
351); ees types presentenl des points comnuins iconngraphiqucs avee la figure her-
mniipic de nos deux deniers. ipii est cgalemenl ind>erbe. couronnee de laurier el nc-
cnmpngnce du foudre. Cellc similitude a nmene A. Ai.foldi, op.ril. [n. 86], p. 22."). a
voir dans qos deniers line represenlalion de Veiovis: iApollinisch and juppilci halt /u-
glcich: dies ist Veiovis. hier Octavian in Apotheose als Anfiihrer der neiien Weltepoche
von (iluck mid l-'rieden •. Sous le regime d'lmperator Caesar et dnrant la period* BUgUa
leenne. la glvptiquc donne aussi a voir des exemples de representations inlialiiluelles de
certains dieux (Mars et Merenre). presentes dans la pose victoricuse Iradilionnellenient
lice a Neptune («type Lallan ■•) el accompanies d'une prone (et. supra).
MONNAYAGK KT 11) KOI ,()(il K
81
bolise la stabilite el la permanence de l'ernpire de Rome On a sou-
vent interprets la presence de ce dieu comme line allusion a la eampagne
d'Octave en Orient, cjui permit d'accroitre les frontieres du territoire
romain, et a la reorganisation de la region qui s'ensuivit ('"'). Meme sans
chcrchcr dans ccs types monetaires une allusion a un evenement politique
precis, le premier vers de la priere a Terminus qu'on peut lire au deu-
xieme livre des Fasles montre comment la reference a ce dieu pouvait
servir retaliation du general vainqueur: Tu populos urbesque el regna
ingentia finis ("'). Cependant, l'assimilation a Terminus ne met pas settle-
ment l'accent stir les succes militaires «exterieurs» d'Imperator Caesar
mais illustre attssi le retour de l'ordre a 1'interieur de l'ernpire. La suite
de la priere composee par Ovidc nous docttmente stir cette valence du
dieu dans l'ideologie religieuse augusteenne. Terminus est fineorruptible
gardien des territoires qui lui son! confies et, par la, un des garants de
la fides et de la Concorde entre les citoyens:
Onmis erit sine te liligiosus ager.
Nulla libi ambitio est, nulla corrumperis auro,
legilinui seruas credit a rura fide (r2).
Comment ne pas songer, a la lecture de ces vers, attx recenles proscrip-
tions et expropriations de la periode triumvirale? En suggerant l'assimi-
lation d'Octave au dieu Terminus, nos deux types monetaires presentent
Imperator Caesar comme le garant sur terre de la concordia et de la fides,
deux valeurs qui joueront un role essentiel durant le Principat augusteen.
On petit ainsi fa ire le lien entre les types de droit et de revers du denier
H1C 270. La reference a Terminus au droit est l'exact eorrespondant, au
niveau religieux et allegorique, du retour aux institutions et a la legalite
republicaines symbolise dans la representation d'Octave en magistral (cf.
supra): les deux images combinent la dimension de victoire et d'expan-
sion de l'ernpire (cf. la Victoriola du revers) avec l'expression du retour de
la Concorde et de l'ordre traditionncl a 1'interieur des frontieres.
(89) CI'. notamiiionl Liv., I, 55, 4-5.
(90) II. Mai'i inih.y, op. cit. [n. 15], p. cxxiv; K. Khai t, op. cit. [n. 7], p. 9-10;
C.1I.V. Suthkiu.ani), op. cit. |n. 1-11, p. 150; D.H. Sear, op. cit. |n.1l|, p. 258-2(iO.
Contra V. Zankkh, op. cit. [n. 9|, p. 63, qui siluo cos deux monnaies :'i la veille d'Ac-
I in in.
(91) ()v., Fast., II, 059: «Toi, In assignos les frontieres aux peuples el aux cites, ainsi
qu'aux royaumes ininieuses». Le Ion esl tres proclie de ees vers de Yirtale a la gloire
d'Octave (Gi'tmj., IV, 501-502): uiclorque untentis j per populos dot iura... («el vielorieux,
il donne les lois aux peuples consentanls»).
(92) ()v., Fast., II, 600-002: «Sans toi, toul champ sera objet de Utiles. Tu ne
eonnais aucune pnrlialite, ancun or ne pourra le eorronipre, lu gardes avec la bonne
foi du droit les campaniles qui te son! conI'iees».
82
PIUHRIi ASSENMAKHR
La reference a Terminus dans nos deux types monelaires ne doit pas
fa ire oublier la presence du foudre, qui renvoie immediafemenl a Jupiter.
Do fait, s'il peut contribuer a identifier fherme comme une representation
de Terminus, tjui partake avee Jupiter son temple sur le Capilole ("'), le
foudre n'en resfe pas moins un attribut pregnant, qui devait immanqua-
blement etablir, dans 1'espril de tout Romain, un lien direct avec le roi
des dieux (:"). Et puisque la figure qu'accompagne le foudre porte les
traits d'Octave, ces deux deniers IMP CAESAK etablissent une ctroite
relation entre celui-ci et le maitre de I'Olympe, tjui s'apparenle a une
assimilation divine. Pour s'en convaincre, il suffit de se rememorer ce pas-
sage de la sphragis qui clot le quatrieme livrc des Georyiques :
... Caesar dam mayniis ad itlium
fulminat Euphralen bello uictorque uolentis
per populns dal iura uiamque ad fecial Olympo (''■').
La redaction de la sphrayis peut etre datee de 30 av. J.-C, de la pe-
riode qui suit la prise d'Alexandrie, lorsque Imperator Caesar entame son
voyage dans les cites et royaumes d'Asie ef de Syrie (Euphralen) pour
definir leur statu! au sein de I'empire (per popuios dal iura) ('"''). Octave
est presente comme un second Alexandre — ainsi (pie I'indique l'epithete
maynus, dont Pompee, figure importante en Orient, avail fait son cogno-
men (!l7) —, mais surtout comme un nouveau Jupiter: le verbe fulminare
est ici employe pour la premiere fois avec un sujet personnel autre que
Jupiter ('"). Par ailleurs, I'absenee du dieu dans les invocations du prooe-
('W) Liv., I, 55, 2-1; ()v„ Fast.. II, CC7-676.
(91) CI'. P. Zankek, op. ril. [n. 9], p. « Das Blitzbiindel untor dem I Iermen-
schaft sioherfo jedenfalls einen Zusammenhung mil finer spezifischen JupiIl'riiidcnlifi-
kation ».
(95) Vcrg., Georg., IV, 5(>0-5(>2: « landis que le grand Cesar dechaine le foudre de la
guerre vers I'Kuphrate profond et que, vietorieux, il donne les lois aux peuples consen-
tanls el se frave une voie vers l'Olympe».
(9(1) Sui' la dalalion des (ieorgiipies, voir N. I Iobsfai.i., Ceoryics, dans In. (ed.), .4
Companion lo the Study of Virgil, Leiden, 1995, p. (>3-100, parliculieremcnt p. 63-(>5 el
9:5-9 I. Sur la reorganisation de I'Oienl: Dio, LI, 18, 1.
(97) L'iniitalion d'Alexandre n'est pas un theme majeur de la Selbstdarslellung d'Oc-
ta ve-Auguste, mais on constate que le Prince tourne les yeux vers la figure du grand
conqueranf pour rehausser le prestige de son action en Orient el en rapport avec le
probleme parthe (voir K.S. Giickn, op. rit. |n. 11|, p. (18-72).
(98) Cf. U.K. Thomas, Virgil, Georgics. Volume 2: Books II1-IV, Cambridge, 1988,
p. 210 et L. Cadili, op. cit. |n. 72], p. 31-30. Le fulminat peut el re inspire de Luer., Ill,
1031: Scipiadas belli fulmen, C.arthaginis horror. Virgile a eonnaissanee de eette expres-
sion lucretionne, qu'il imitera dans VF.neidc (VI, 842-843): geininvs, duo fulmina belli, /
Scipiadas, cladem Libgae. II n'est pus sans inferel de eonstater que dans les laudes Ita-
liue, au moment d'evoquer les Seipions (suivis aussitot d'Octave), Virgile n'utilise pas
I'expression «lulminante» (Georg., II, 170: Scipiadas duros bello et le, marime Caesar),
comme s'il reservait le foudre a Octave. L'allusion a Jupiter dans la sphragis est refusee
sans autre forme de proof's par B..A.B. Myxors, Virgil, (ieorgics, Oxford, 1990, p. 321.
MONNAYAC.K KT IDKOI.OGIK
83
mium intrigue, de meme (iue son role amhigu dans le roste de l'<x>uvre:
c'est 111 i qui met fin a l'age d'or et impose aux homines un labor improbw
et une dura egeslas (M). Tout se passe dans les Geori/iques comnie si le
mailre de l'Olympe cedait sa place a l'heritier de Cesar (""'). Les deux
deniers IMP CAESAR prouvent qu'il ne s'agit pas d'une fantaisie poe-
lique on d'une eonceplion personnelle pro pre a Virgile, mais que le poetc
fait echo a un theme ideologique tjui s'exprinie egalement dans un nion-
nayage offieiel (""). Inversement, les vers de Virgile eclairenl l'assoeiation
de Terminus et de Jupiter sur nos monnaies. Octave dechaine en ei'l'et le
foudre ad allum Euphraten, e'est-a-dire en direction de la plus lointaine
frontierc de l'Empire. Le foudre de la guerre ne frappe plus desormais
d'autres Roniains, mais defend, a la maniere de Terminus, les homes de
\'impe.rium Romanian.
La proximile avec le lexle de Virgile ainsi que l'analyse du message
ideologique propre a ees deux deniers de la serie IMP CAESAR nous
amenent a en situer la frappe entre 30 environ et 27 av. J.-C, c'esL-a-dire
durant la periodc couvrant faction d'linperator Caesar en Orient (1(l2) puis
a Rome. On notcra aussi la similitude entre le type de revers du denier
NIC 270 et celui du «nouvel aureus» de 28 av. J.-C. (cf. supra): les deux
monnaies s'inscrivent tres certainement dans le meme contexte historique
(99) Verg. Georg., I, 125-1-16. Sur la presence el l'absenee de Jupiter dans les Georgi-
gues, voir L. Cadili, op. cil. |n. 72|, p. 39-72.
(100) Cf. R.F. Thomas, op. cil. [n. 98]. Volume 1: Hooks 1-11, Cambridge, 1988,
p. 68; 7.'i et In., Virgil and the Augustan Heceplion, Cambridge, 2001, p. 40-51. La rela-
tion d'analogie entre .Jupiter et Octave dans les Georgiques a fait l'ohjet d'une etude
approfondie de I.. Cadii.i, op. cil. |n. 72|, p. .'VI-37 et 72-91. L'auleur met en evidence
les elements herites de la tradition didactique d'Hesiode et de celle de ['enkomion pra-
tique par Callimaquc, el inontre de quelle fa con Virgile inlegre cos antecedents lilte-
raires pour definir le futur statut divin d'Oelave, «analogo "terreno" e mediatore del
suo disegno [di Giove|» (p. 91).
(101) Le rapport entre le texte de Virgile et ees types monetaires a etc enlrevu par
L. Cadii.i, op. cil. [n. 72], p. 37, n. 100. Que Virgile se lasso feeho des pretentions
d'Oelave a I'assimilation avec .Jupiter ne signil'ie pas qu'il approuve entierenient cello
altitude. On ne pout qu'elre frappe, en offol, par le caractero ainbigu de certains eloges
d'Oelave dans los Georgigiws (cf. II, 172: imbellem auerlis Homanis arcibus Indum), dont
celui de la sphnigis : Vimitalio Iouis est un exemplum tradilionnel iVhybris el d'impielo
(on nolera quo le verbe udferlare, dans le sens de «clierclier a alloindre, avoir des vues
sur», pout ex[)i'imer une ambition impie); cf. A.S. IIoi.i.is, Octavian in the Fourth (ieor-
gic, dans CQ, n. s., 10, 1990, p. 305-308 of L. Cadii.i, op. cil. |n. 72|, p. 35. L'anibiguite
fondamenlale qui plane sur ce finale a bien efe mise en lumiere par C. Nai>i>a, Heading
after Aetium. Vergil's Georgios, Octavian and Home, University of Michigan, 2005,
p. 216-218.
(102) Sur ('importance de celte periode dans la genese du regime augiisteon, voir
F. Mii.i.ar, op. cil. |n. 1|, p. 8-9 et 19-30.
81
pikkhk assknmakkh
el ideologique de cos annees d'organisation du notivel empire el de la de-
finition des pouvoirs du I'ufiir princcps (ua).
*
* *
Au terme de cette etude des themes ideologiques vehicules dans les
emissions monetaires d'Imperator Caesar, on ne pent elre que I'rappe par
la coherence el la eontinuite de l'elaboralion ideologique dans ces annees
vifi-27 av. J.-C. L'exaltafion de la victoire el la celebration de la paix qui
en est le fruit sont deux motifs developpes apres Nauloque, repris et
amplifies apres Actium. Le theme de la restauration de la res publico est
aussi present des 3(5 av. J.-C. et sera au cocur de la politique du futur
Auguste apres son retour a Home en 29 av. J.-C. Le constat de cede
eontinuite nous amene a remettre en question certaines des «certitudes»
sur la base des<[uelles fut longlemps ecrite l'histoire du regne d'Auguste.
Ainsi la victoire d'Actium n'est-elle en realile ni un point de depart ni
une rupture, mais une etape — capitale et necessairc, ccrtes — dans
l'acheminement vers le Principat (",4). Corollairement, il est absolument
neeessaire, pour saisir dans toute sa complexity la paticnte progression
de l'heritier de Cesar, de reintroduire Nauloque comme point de repere.
Ces deux victoires-soeurs, a cinq ans d'intervalle, out joue un role sinii-
laire dans Telaboration du nouveau regime. Meconnailre la premiere con-
duit inevitablement a donner a la seconde un poids excessif, qui
desequilibre l'ensemble du discours historique.
Les annees de Nauloque et d'Actium sont aussi une epoque decisive
pour la reappropriation des grandes divinitcs du pantheon. La reference
a la sphere divine pour justifier ou magnifier une action politique n'est
bien sur pas une innovation d'Imperator Caesar: Sylla, Pompee et Cesar,
nolamment, l'avaient precede dans cette voie et il s'agil d'un procede ca-
racteristifiue de la propagande politique de l'epoque triiimvirale ('"•'). Mais
Imperator Caesar lui donne une amplitude beaucoup plus importante que
dans les propagandes de ses predecesseurs et de ses adversaires. Par le
nombre des divinites dont il revendiquc le patronage, il constitue autour
(K).'i) II est interessant de constater aussi quo la legende de Vaureus de 28 (LKGKS
KT IVHA V H HKSTITVI'r) n'esl pas sans rappeler eette expression du finale des Geor-
yiques : per populos did iura (Vcrg., Gcorg., IV, 562).
(101) Voir la stimulante mise en perspective proposee par P. Mahchhtti, Dans le
sillage d'Actium: quelques reflexions sur la construction ideoloijique du Principat, dans
L. van Yeiinsiii.ii (6d.), lmaginaires de guerre. L'histoire entre nu/the el realile. Aeles du
collogue, Loiwain-la-Neuve, .3-5 mai 2001 (Coll. Transversalites, 3), Louvain-la-Neuve,
s. d., p. 393-109.
(105) Voir a ee sujet l'article de synthese d'A. Ii.ickto, Forme di propaganda politico
Ira la fine della liepubblica e I'inizio del Principato, dans RSA, 35, 2005, p. 53-6(5, parti-
culierement p. 63-61.
monnayagk i'.t idkologik
85
de lui un veritable pantheon, qui forme le socle religieux de la «refonda-
tion» augusleenne. En outre, les assimilations a plusicurs dieux font
penetrer le Diui filius dans la sphere divine el eonferenl a son action
politique le caraetere d'une mission sacree: heros neptunien seigneur des
mers, le jeune Cesar remplit sur terre le role paeificateur de Mercure et,
brandit le foudre du maitre de l'Olympc. Ces assimilations, qui ne consti-
tuent pas un phenomene religieux au sens propre, impliquant une pratique
culfuelle, nimbent progressivement la personne d'linperator Caesar d'une
aura sacree, qui enveloppera aussi le nom d'Augustus dont il se pare en
27 av. J.-C.
Nous avons souligne a phisieurs reprises les nombreux points de con-
tact entre les cruvres des poetes, documents de la sphere privee, et les
emissions monetaires, expressions de la «propagande officielle» d'linpera-
tor Caesar. S'il rcste delicat de definir precisement la part qu'ont prise les
poetes a l'elaboration de l'ideologie du nouveau regime (""'), ces corres-
pondanc.es demontre.nl en lout cas la grande. coherence de celle-ci el sa
diffusion par des vecfeurs de natures tre.s diverses. Les monuments, les
frappes monetaires, les productions de la glyplique et de l'arlisanat (,l17)
vehiculaient a grande echelle et pour un large public des images qui trou-
vaient un echo sonore dans les vers raffines d'llorace ou dans certains
passages des Georgiques. Tandis que le Principat se pensait dans les
cercles de l'enlourage d'Impe.rator Caesar, la lilleraturc, les arts figures
el l'artisanat popularisaient les themes idcologiques fondateurs, ereanl
ainsi le consensus indispensable a la naissance du nouns ordo augusteen.
(1(16) Voir notamment J. Griffin, op. cil. [n. 2|, |). 311-319; I'. White, I'uels in the
New Milieu: Realigning, dans K. Gai.insky (od.), op. cil. [n. 2], p. 321-339, pai'tieulie-
rement p. 332-337. D'interessantes pistes do reflexion sur les rapports entre les images
monetaires el. les auivres de Virgile et surtout d'lloraee ehez (i. Hklloni, Mecenale e la
lemalica mone/ale. II circolo dei poeli si interesso aWarle e ni monunienla ?, dans USA,
20, 1996, p. 27-31.
(107) '1'. I Ioi.schkk, Denkmiiler..., op. cil. [n. 9], passim ; les productions de la glyp-
lique, des precicuses gemmos mux pates de verre reproduelibles en masse, touchaient un
Ires large public dans les differenies classes de la societe: voir ('.. Madkhna-I-ai-tkb,
np. cil. jn. 10], p. 150-151.